Ukraine : quatre questions sur l'accord de sortie de crise signé par l'opposition et le président

Le document prévoit une élection présidentielle anticipée, une révision de la Constitution et la formation d'un gouvernement d'union nationale. Mais cela sera-t-il suffisant pour mettre fin au conflit qui déchire le pays ?

Un épouvantail fait d\'oripeaux de manifestants au sommet d\'une barricade, le 21 février 2014 à Kiev (Ukraine).
Un épouvantail fait d'oripeaux de manifestants au sommet d'une barricade, le 21 février 2014 à Kiev (Ukraine). (BULENT KILIC / AFP)

La crise politique en Ukraine touche-t-elle à sa fin ? Après une semaine de violences sans précédent depuis l'indépendance ukrainienne en 1991, le président Viktor Ianoukovitch et les responsables de l'opposition ont signé un accord de sortie de crise, vendredi 21 février, au palais présidentiel de Kiev, en présence des médiateurs européens. Un compromis qui soulève tout de même plusieurs questions.

EVN

Que contient cet accord ?

Après une flambée de violence, après une journée et une nuit entière de négociations, sous la houlette d'émissaires européens, après une menace de sanctions de la part de l'Union européenne alors que son pays est au bord de la faillite, le président Ianoukovitch a consenti des concessions majeures à l'opposition, qui occupe depuis trois mois, jour pour jour, la place Maïdan au cœur de la capitale.

L'accord prévoit ainsi une élection présidentielle anticipée, une révision de la Constitution, afin de réduire les pouvoirs présidentiels et d'augmenter ceux du Parlement dans l'esprit de la Constitution de 2004, et la formation d'un gouvernement d'union nationale. 

Comment a-t-il été conclu ?

Dans la matinée, le président a d'abord annoncé le lancement d'une procédure en vue d'une "présidentielle anticipée". Il a également promis un "processus de retour à la Constitution de 2004", qui réduirait les pouvoirs présidentiels au profit du gouvernement et du Parlement, ainsi que la formation d'un "gouvernement d'unité nationale". Il répondait ainsi à des revendications majeures de l'opposition.

L'opposition, représentée par le "Conseil du Maïdan", a alors donné son feu vert à l'accord. A une condition : que l'actuel ministre de l'Intérieur Vitali Zakhartchenko ne fasse pas partie du prochain gouvernement et que le procureur général Viktor Pshonka ne conserve pas ses fonctions. Ces deux hommes sont mis en cause pour leur rôle dans la répression policière et judiciaire contre les manifestants en Ukraine.

Les trois principaux leaders de l'opposition ukrainienne, Vitali Klitschko, Arseni Iatseniouk et Oleg Tiagnibok, ont enfin signé l'accord. 

Cet accord est-il suffisant pour mettre fin à la crise ?

Cet accord "est un compromis nécessaire pour lancer l'indispensable dialogue politique", a jugé le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy. "Il est désormais de la responsabilité de toutes les parties d'être courageuses et de passer des paroles aux actes", a-t-il ajouté. François Hollande a, lui aussi, appelé à la mise en œuvre de l'accord "dans les meilleurs délais"

Premier gage donné par l'Ukraine : quelques heures après la conclusion de cet accord, le Parlement a voté le retour à la Constitution de 2004, limitant ainsi les pouvoirs du président.

Pour autant, les concessions de Viktor Ianoukovitch pourraient ne pas être considérées comme suffisantes par ses opposants, après les violences qui ont fait près de 80 morts depuis mardi, un niveau de violence inédit pour ce jeune pays issu de l'ex-URSS.

Le président ukrainien n'a en effet pas accédé à la principale exigence des manifestants occupant le centre de Kiev : sa démission. Il n'a pas non plus clairement précisé si ces annonces étaient le produit de la médiation européenne. Et le communiqué présidentiel ne donne aucun calendrier pour la tenue d'une élection anticipée. La prochaine présidentielle était théoriquement programmée en mars 2015.

Autre élément préoccupant : si les ministres des Affaires étrangères allemand Franz-Walter Steinmeier et polonais Radoslaw Sikorski, ont signé l'accord, le représentant du puissant et influent allié russe, lui, s'est abstenu. 

Sera-t-il accepté par les manifestants ?

Sur l'emblématique place Maïdan, où entre 25 000 et 30 000 personnes étaient toujours rassemblées vendredi sous le soleil, les manifestants ne semblaient pas prêts à lâcher du lest, même si l'atmosphère était nettement moins tendue que la veille.

"Les gens disent qu'ils ne quitteront pas Maïdan tant que Ianoukovitch ne sera pas parti", a déclaré un des manifestants. "Des élections en décembre ne suffisent pas, il faut qu'il parte maintenant. Sinon il pourrait finir comme Kadhafi ou Ceausescu", a-t-il ajouté, évoquant les "crimes" commis selon lui par le président. "Je ne crois pas qu'il s'agisse de la décision de Ianoukovitch, cela lui a été imposé par les Européens. On ne peut pas lui faire confiance : il dit une chose et en fait une autre", a-t-il conclu.

"La mise à l'écart immédiate de Ianoukovitch et les poursuites contre lui pour meurtres massifs de civils doivent être la seule exigence du peuple, de l'opposition et de la communauté internationale", a également lâché l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko, dans une déclaration publiée sur le site de son parti. "Faire des concessions ne suffit pas", prévient un autre opposant. "On ne partira pas sans le renouvellement de tous les dirigeants", ajoute un autre, interrogé par France 2.