Témoignage Guerre en Ukraine : "Mon cœur s'est arrêté quand on m'a dit de passer un contrôle supplémentaire", confie un Russe coincé à la frontière par les autorités

Depuis que Vladimir Poutine a annoncé une mobilisation partielle, de nombreux habitants tentent de quitter la Russie. Officiellement, le Kremlin affirme ne pas avoir fermé les frontières, mais dans les faits, de plus en plus d'hommes semblent être interdits de sortie du territoire.

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Radio France
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Des réservistes mobilisés lors d'une cérémonie de départ à Sébastopol en Crimée, le 27 septembre 2022. (STRINGER / AFP)

Nous l'appellerons Konstantin. Dimanche, ce chef d'entreprise moscovite de 32 ans s'apprêtait à embarquer avec femme et enfants dans un aéroport moscovite quand il a été arrêté au contrôle des passeports. La police lui a signifié qu'il ne pouvait pas quitter la Russie. Entre les lignes, le père de famille a compris qu'il était guidé vers une future mobilisation dans l'armée pour participer à la guerre en Ukraine

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"Mon cœur s'est arrêté au moment où on m'a dit que je devais passer un contrôle supplémentaire. On m'a appelé dans un bureau, on m'a demandé mon adresse, on m'a posé des questions sur mon travail et on m'a dit d'attendre...", se remémore-t-il.

"Quand je suis retourné au bureau, ils ont allumé la caméra et m'ont remis cet avis où est écrit que je peux obtenir toutes les explications de mon bureau d'enrôlement militaire. Mais vous comprenez bien que se présenter dans ce bureau d'enrôlement équivaut à ce que je parte à la guerre."

Konstantin, ressortissant russe

à franceinfo

Pendant que les autorités prorusses des régions ukrainiennes occupées annonçaient mardi la victoire du "oui" en faveur d'une annexion de ces territoires par la Russie, lors des "référendums" d'annexion organisés par Moscou, des milliers d'hommes continuaient de fuir le pays. Combien sont-ils à avoir quitté la Russie depuis l'annonce de la mobilisation par Vladimir Poutine ? Rien que le Kazakhstan annonçait mardi que 98 000 Russes avaient passé sa frontière depuis le 21 septembre. En Géorgie, près de 10 000 arrivées seraient décomptées tous les jours. Dans les aéroports, beaucoup tentent de prendre des avions vers la Turquie, l'Arménie, la Serbie.

"Quand tu as le choix entre la mort et la prison, il vaut mieux être en prison"

Si le Kremlin n'a pas officiellement fermé les frontières du pays, les interdictions de déplacements semblent se multiplier. Konstantin, qui a finalement été renvoyé chez lui, en est un exemple. Le Moscovite n'a pas d'expérience du combat, a juste fait son service militaire, mais se sait qu'il est mobilisable d'un jour à l'autre. Il a toujours été opposé au pouvoir en place et fera tout pour ne pas participer à cette guerre. "En ce qui me concerne, je peux dire que s'il m'arrivait de me faire attraper d'une manière ou d'une autre, je demanderai à aller en prison, atteste-t-il. Quand tu as le choix entre la mort et la prison, je pense qu'il vaut mieux être en prison. Surtout quand on ne soutient pas le meurtre, quand on ne soutient pas la guerre."

"Pour les objecteurs russes, les départs deviennent de plus en plus compliqués, les billets d'avion de plus en plus chers, les passages aux frontières terrestres de plus en plus longs."

Konstantin, ressortissant russe

à franceinfo

Face à la situation, ce père de familel regrette l'attitude de certains pays européens. "Je suis un opposant et il est très pénible de voir que certains pays de l'UE empêchent délibérément les personnes qui ne sont pas d'accord avec la guerre de partir d'ici. Parce que chaque personne qui n'est pas autorisée à entrer en Europe est potentiellement une personne qui sera forcée de tuer en Ukraine, regrette-t-il.Tous les Russes ne sont pas comme ceux qui se promènent avec des drapeaux avec la lettre Z [emblème des soutiens à l'offensive russe, NDLR]. Il y a beaucoup de personnes tout à fait convenables qui sont contre, mais qui doivent vivre dans ce système."

La Russie affirme qu'elle ne demandera pas l'extradition des hommes ayant fui le pays. Mais beaucoup, comme Konstantin, ne font plus confiance à leur gouvernement.

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