Témoignage Guerre en Ukraine : "Je transmettais à l’armée ukrainienne une douzaine de coordonnées GPS chaque jour", raconte un résistant de Kherson

En Ukraine, la ville de Kherson a été libérée, il y a tout juste une semaine. Après près de neuf mois d'occupation russe, l’armée ukrainienne a pu récupérer la ville, aidée de l’intérieur, par une poignée de résistants.

Article rédigé par
Maurine Mercier - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
Un homme retire une affiche affirmant "Russes et Ukrainiens sont un peuple, un tout", le 14 novembre 2022 après la libération de la ville. (BULENT KILIC / AFP)

Lorsque l’armée russe s’empare de Kherson il y a près de neuf mois, lui et ses compagnons n’hésitent pas une seconde : "On s’est réunis dans mon sous-sol et on a commencé à réunir des bouteilles, du polystyrène, de l'essence". Durant des mois, ils vont traquer les collaborateurs et faire exploser les voitures de ces Ukrainiens qui font alliance avec les Russes.

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Son rôle à lui est plus précisément de rassembler les informations que les habitants lui envoient, les photos et les coordonnées GPS des bataillons de l’armée russe. Il les fait ensuite parvenir à l’armée ukrainienne. "On a vite compris qu’on n’arriverait à rien si on ne bombardait pas aussi leurs arsenaux, pour les priver de munitions. Au total, je transmettais à l’armée ukrainienne une douzaine de coordonnées GPS chaque jour, pendant six mois", s'enorgueillit-il.

Torturé et affamé

Le résistant témoigne anonymement parce que plusieurs de ses compagnons ont été arrêtés puis emmenés par les Russes dans leur retraite. Lui-même a été arrêté, détenu durant 75 jours puis libéré. Dans la ville libérée il y a une semaine, il nous emmène dans sa planque où les Russes "ont tout retourné. Ils nous ont volé la moitié de nos affaires", dit-il. Au mur, il reste des cartes de la ville mais tout le reste est à terre. Documents, matériel… Les tiroirs ont été vidés. Lorsque les Russes l’ont arrêté, ils ont aussi fouillé son appartement.

"Certains étaient sadiques et torturaient pour le plaisir."

Un résistant de Kherson

à franceinfo

"Nos cris, ils disaient, ‘c’est de la musique pour nos oreilles’, raconte-t-il. Ils m’ont matraqué, torturé avec de l’électricité. Ils prenaient du plaisir. Mais le plus dur, c’est quand ils m’ont privé de nourriture durant six jours."     

Au total, il estime que lui et ses compagnons ont permis de tuer "une centaine" d’ennemis. Mais "aucun" de ses propres mains. "Avec le recul, je me dis qu’on aurait pu encore faire plus, regrette-t-il. C'est juste que sur le moment, tu as peur, et, tu ne comprends pas tout ce qui se passe. Quand ils m’ont arrêté, c’est là que j’ai réalisé qu’ils étaient stupides et incompétents et que j’aurais pu en faire plus." S’il a été relâché, c’est par chance, estime-t-il. Et surtout parce qu’heureusement, selon lui, l’armée russe est défaillante. 

Portrait d'un résistant de Kherson par Maurine Mercier.
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