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Reportage "On attend, on monte la garde" : dans les tranchées du sud-est de l'Ukraine, les soldats "déterminés" à contrer une offensive russe

L'Ukraine se prépare à un assaut majeur sur son flanc est, où l'armée russe concentre désormais ses forces. Franceinfo s'est rendu en lisière de la partie occupée, dans une zone jugée stratégique par l'armée ukrainienne pour empêcher la conquête du Donbass.

Article rédigé par franceinfo - Marie-Pierre Vérot et Arthur Gerbault
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
Struna, Stalker et Sanytch, qui commande le secteur, dans le sud-est de l'Ukraine, le 5 avril 2022 (MARIE-PIERRE VEROT / RADIO FRANCE)

Il a fallu traverser une ville désertée du sud-est de l'Ukraine, au sud de Zaporijia. Les façades portent les traces des bombardements et tirs d’artillerie. Dans les champs, des trous ont été laissés par les obus. La voie nous est ouverte par le commandant local. À la sortie du village, rien n’indique la position ukrainienne. Si ce n’est ce soldat, talkie-walkie à la main, qui vient nous chercher. Nous descendons avec lui dans la tranchée. Une bâche pour s’abriter de la pluie, un sac de pommes de terre, des lits de camps derrière une autre bâche... "C'est notre position. On habite ici, c'est notre maison", explique Struna, regard perçant sous son bonnet kaki.

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"Tous les jours, ils tirent de plus en plus près et de plus en plus précis, poursuit Struna. On attend, on monte la garde, on veille. On écoute, on regarde... Ça nous démange. Il faut les battre ! Les battre et les chasser, au moins jusqu'à nos frontières ! On n'a pas besoin de leur terre, ils sont libres de vivre comme ils veulent mais nous, nous devons récupérer nos terres." Stalker émerge de la tranchée. C’est lui qui commande l’unité. Ses hommes se positionnent en hauteur, aux aguets. Nous sommes en lisière de la zone occupée, jeudi 7 avril, où l'armée de Vladimir Poutine concentre désormais ses forces. "Ils essaient de faire une percée ici, explique Stalker. Ils veulent couper le Donbass du reste de l’Ukraine et se créer un corridor pour s'assurer une liaison ferroviaire." Et les tirs s’intensifient : "Ils sont en train d'améliorer leur système, poursuit Stalker. Cela signifie des tirs réguliers avec différents calibres, des missiles Grad, de l'artillerie lourde calibre 152, des chars."

"Ils lancent des bombes à phosphore, quand elles explosent c’est comme des guirlandes lumineuses. Ce n'est pas très agréable..."

Stalker, chef d'unité ukrainien

à franceinfo

Des concentrations de troupes ennemies leur ont été signalées pas très loin par des habitants locaux qui les renseignent à leurs risques et périls : "Ce qu’ils nous racontent, dit Stalker, c’est qu’ils alignent les gens contre le mur. Ils les mettent en joue et menacent de les tuer. Ils prennent leurs téléphones, ils les accusent de guider nos frappes et d'être nos informateurs."

Des soldats ukrainiens au bord d'une tranchée dans le sud-est de l'Ukraine le 5 avril 2022 (MARIE-PIERRE VEROT / RADIO FRANCE)

Lui vient de Berdiasnk, sous occupation russe, avec son cortège d’exactions. "Il y a des cas où les jeunes filles disparaissent, tout simplement, raconte-t-il. Personne ne sait où elles sont. Il y a beaucoup de disparitions (…) et on ne sait même pas où les chercher. Le pillage bat son plein. Dans les villages, si quelqu'un ne leur plaît pas, ils le tuent et puis c'est tout. Voilà ce que les habitants nous racontent quand ils arrivent à avoir de la connexion pour nous appeler." Stalker a du mal à cacher sa détestation des Russes. "Je ne sais pas comment ça va se passer mais nous sommes déterminés à les faire partir, insiste Stalker. Le plus vite sera le mieux. Je ne voudrais pas que notre pays entier devienne comme le Donbass. Nous, nous souhaitons être en Europe."

Alors que nous parlons à ce chef d'unité, ses hommes s’impatientent, il faut partir. Un dernier message. "Il nous faut des armes ! plaide Stalker. Le plus urgent, ce sont des moyens de protection, des véhicules légers pour être mobiles, et surtout des armements modernes. Des missiles antichar NLAW, des Javelin, des sol-air Stinger... On en a, mais pas en quantités suffisantes. Le commandement général s'occupe de l’approvisionnement, bien sûr, mais personne ne sait quand ça va arriver sur le terrain. Nous en avons vraiment besoin." Le chef de la diplomatie ukrainienne a lui-même demandé une nouvelle fois jeudi à l'Otan – dont l'Ukraine ne fait pas partie – de lui fournir rapidement toutes les armes nécessaires pour contrer l'avancée de l'armée russe.

Dans les tranchées du sud-est de l'Ukraine, les soldats "déterminés" à contrer une offensive russe - le reportage de Marie-Pierre Vérot et Arthur Gerbault

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