: Reportage Guerre en Ukraine : "Si je pars, soit je suis mort, soit c'est la fin de la guerre", dans une cantine tenue par des soldats ukrainiens, la vie à l'arrière du front
Les représailles russes et ukrainiennes continuent de s'enchaîner, sur terre et dans les airs. Kiev a revendiqué une attaque de drones sur Mocou lundi 24 juillet, après un week-end sous tensions en Ukraine. Dimanche, une nouvelle attaque russe sur le port d'Odessa a fait au moins deux morts et plus d'une vingtaine de blessés.
Les soldats ukrainiens restent fortement mobilisés sur le front, mais pas que. Dans cette cantine, installée dans une petite salle communale, à Konstantinivka, dans l'est du pays, 130 soldats sont nourris chaque jour. Aujourd’hui, Valera est en cuisine et propose au menu : "Soupe de légumes, riz et viande, salade de surimi, infusion de fruits séchés."
"Ici, on ne manque de rien"
Mykola, lui, charge les lourdes marmites à l'arrière de sa camionnette. Ancien chauffeur routier, c'est lui qui fait l'aller-retour au front pour nourrir les soldats. "On les dépose à un endroit où eux, ils ont laissé les vides. On les récupère et on repart."
Le trajet fait 40 kilomètres et Mykola est systématiquement pris pour cible. "Bien sûr, tous les jours. Parfois, on descend de la camionnette en vitesse. On attend que les tirs cessent et on repart. Mais si ça ne tape pas trop fort, on ne s'arrête pas et on met les gaz."
Dans la salle de stockage, aux murs couverts de dessins d'enfants un peu délavés, il y a des tas de cartons, de bocaux, de boîtes de conserve et même des rations françaises. De la nourriture, de l'eau, du matériel, "ici, on ne manque de rien", explique Yvan.
"Les volontaires nous aident beaucoup avec des voitures, des pièces détachées. Mais on a aussi les moyens d'en acheter. On a un bon salaire. La Poste est à deux minutes. T'appelle la famille, tu leur demandes ce que tu veux. Le colis arrive, tu le prends."
"Si on a des armes, si on soigne bien les gars, d'après moi, dans un an, c'est fini."
Davidà franceinfo
À intervalles réguliers, des soldats poussent la porte du local pour manger ou discuter. David arrive du front, où il a participé à l'évacuation des blessés. "J'ai eu trois fois l'effet de souffle. Le dernier, c'était hier. Je suis sourd de l'oreille gauche."
Son unité est chargée de garder sa position face aux Russes. "Je ne partirai pas d'ici. Si je pars, soit je suis mort, soit c'est la fin de la guerre. Si on a des armes, si on soigne bien les gars, d'après moi, dans un an, c'est fini." Ce sera bien assez, car le prix à payer, ajoute David, "est déjà beaucoup trop élevé".
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