Reportage Guerre en Ukraine : "Notre ville a été rasée de la surface de la terre", témoignent des habitants qui ont réussi à fuir Marioupol

Alors que le Comité international de la Croix-Rouge espère que le convoi humanitaire pourra enfin s'approcher de Marioupol, certains habitants arrivent, par leurs propres moyens, à quitter la ville martyre. 

Article rédigé par
Marie-Pierre Vérot, Arthur Gerbault - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
Un passager est assis sur des sacs alors qu'un convoi de 30 bus transportant des évacués de Marioupol et Melitopol arrive au centre d'enregistrement de Zaporijié, le 1er avril 2022. (EMRE CAYLAK / AFP)

Ils viennent d’arriver de Marioupol et se réchauffent d’un gobelet de thé chaud. "Nous avons réussi", souffle Ivana, le visage pâle, emmitouflée dans sa doudoune. Elle reçoit comme d’autres civils une première aide à Zaporijié, après avoir réussi à fuir la ville occupée du sud-est de l'Ukraine. "On est vivants." Son mari serre leur petite fille. Il nous montre les trous que les éclats d’obus ont faits dans leurs vêtements quand une partie de leur appartement a été soufflée. "C'était le jour de mon anniversaire, à 4 heures du matin. Ils ont commencé à lâcher des bombes sur notre immeuble. Du 5 au 15 mars, c'était affreux, se remémore Ivana.  Ils ont lâché les bombes dans la cour, sur l'école maternelle. Notre appartement tremblait tout le temps. On habitait dans la salle de bains et le 15 mars un obus est tombé sur notre balcon, tout a été détruit." 

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Près de 150 000 civils restent encore pris au piège de Marioupol cette ville du sud de l’Ukraine pilonnée et assiégée par les forces russes depuis les premières heures de la guerre, il y a plus de cinq semaines. Le Comité international de la Croix-Rouge espère toujours mener à bien son opération d’évacuation par des corridors  humanitaires. Marioupol n’est plus et ce couple a tout perdu mais il y a pire, observe Deniz : "Des gens qui étaient paralysés ont brûlé vifs dans leur maison. Vous savez on enterre les gens dans les cours. Nous, on en a enterrés trois, c’est banal."

"On a vu des corps déchiquetés, personne ne pouvait les ramasser. Certains, on pouvait les recouvrir mais d’autres, on ne pouvait rien en faire. Ils étaient tellement déchiquetés, en 1 000 morceaux."

Deniz, un habitant qui a réussi à fuir Marioupol

à franceinfo

Le Comité international de la Croix-Rouge espère toujours, dimanche 3 avril, mener à bien son opération d’évacuation par des corridors humanitaires. Ivana et Deniz racontent que dans la ville, certains pillent les appartements pour faire du troc et avoir à manger et que les Russes ont voulu les amener de force jusqu'en Russie mais qu'ils ont réussi à leur échapper.

"Pas d’eau, plus d’électricité, pas de gaz"

Un peu plus loin, sur un banc, le regard perdu Élena et son mari. Eux aussi ont échappé à l’enfer de Marioupol. Ils y sont restés jusqu’au début d’avril. "Après c’est devenu insupportable, des tirs tout le temps, on vivait dans les sous-sols, explique-t-il. Pas d’eau, plus d’électricité, pas de gaz. On faisait du feu dans les cours pour se faire à manger comme les sauvages."  

La ville martyre de Marioupol et son port stratégique sont dans une situation humanitaire catastrophique. "Que voulez-vous que je vous dise de Marioupol, soupire  Élena. C’était une tellement belle ville, avec une mer tellement belle, les gens à la plage qui bronzent, qui se reposent, c’était vraiment une belle chose. Son mari secoue la tête : "Notre ville a été rasée de la surface de la terre."   

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