Reportage Guerre en Ukraine : "C’est une Toussaint tragique", se désolent les habitants d'Irpin sur les tombes de leurs proches

Dimanche était un jour particulier dans ce pays en guerre avec la "fête des morts", où la tradition veut que chacun se rende au cimetière. Une Toussaint ukrainienne pas comme les autres à Irpin, qui a connu l'horreur, et où des familles ont commencé à enterrer leurs morts.

Article rédigé par
Eric Audra et Mathilde Dehimi - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
Un homme passe devant une tombe dans le cimetière de Bucha en Ukraine, le 25 avril 2022. Photo d'illlustration. (SERGEI SUPINSKY / AFP)

Sacha se penche sur un monticule de terre à peine retourné dans le cimetière d'Irpin. La croix orthodoxe est décorée de branches de sapin et de fleurs artificielles. Son beau-père est mort le 19 mars. "Un obus a touché son appartement, raconte-t-il. Le souffle l’a projeté et il a chuté de sept étages." Sacha dépose alors un verre de vodka et des bonbons sur la tombe. Pour la Toussaint ukrainienne, on prie ainsi pour l’âme des morts. "Ici, il y a déjà la tombe de ma mère et de beaucoup d’amis, explique Sacha. Mais de voir toutes ses tombes nouvelles, on n’a jamais vu ça. C’est vraiment terrible. Je n’ai pas de mots."

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En Ukraine, la "fête des morts" a été célébrée dimanche 1er mai. Une Toussaint ukrainienne particulière à Irpin qui fait partie des villages martyrs. Les soldats russes sont partis le 28 mars, beaucoup de corps de civils tués par balle, dans des bombardements ou par des mines sont toujours à la morgue pour enquête et identification. Le maire estime à 300 le nombre de victimes civiles.

"On tremble désormais dès qu’il y a du silence car après, on craint toujours une explosion"

Autour de Sacha dans le cimetière, il y a des trous béants et des pelles. Les services funéraires débordés cherchent des renforts. Au bout d’une allée, Irina s’arrête. "C’est miné", s’écrit-elle tétanisée, mais le cimetière a bien été sécurisé. "Quelle tragédie, s'exclame Irina. C’est une Toussaint tragique, tous ces morts civils. Il faut absolument arrêter les actions militaires, trop d’innocents sont morts en vain."

Quelques tombes sont éventrées par des obus. Il y a du monde dans les allées, fleurs à la main. Evguenia, sa fille Larissa et sa petite-fille Alexandra ont passé trois semaines enfermées dans un abri. Elles sont encore traumatisées disent-elles mais elles n’aurait raté cette fête des morts pour rien au monde. "C’est la tradition orthodoxe du peuple ukrainien, explique Larissa. Chaque année, une semaine après Pâques, on doit rendre visite à nos proches défunts. Mais cette année, il y a moins de monde, beaucoup ont fui quand les soldats russes nous ont occupés, ils ne sont pas encore rentrés."

Sa mère, endimanchée, veut garder espoir. "Bientôt ici, il y aura de nouveau foule dans les allées, partout des voitures, des familles, comme avant, quand c’était normal et qu’il n’y avait pas la guerre, veut croire Evguenia. Là, il n’y avait vraiment pas grand monde, maintenant on va se rendre à l’Eglise pour prier." "Les Russes sont partis mais on a toujours peur", insiste Evguenia, "on tremble désormais dès qu’il y a du silence car après, on craint toujours une explosion."

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