"Pourquoi les civils, pourquoi les enfants sont tués ?" : en Ukraine, la douleur des familles de Boutcha qui enterrent leurs proches

Dans les cimetières de Boutcha au nord-ouest de Kiev en Ukraine, des tombes sont creusées tous les jours. Des tragédies et des deuils impossibles pour ces familles.

Article rédigé par
Farida Nouar et Fabien Gosset - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Volodymir devant la tombe fraîchement creusée de son fils à Boutcha en Ukraine, le 30 avril 2022. Il a été touché par un éclat de roquette tirée par les Russes. (FARIDA NOUAR / RADIO FRANCE)

À la morgue de Boutcha en Ukraine, Lilia va bientôt pouvoir récupérer le corps de Yaroslav, 40 ans. Alors que les Russes sont dans la ville, son fils prend son vélo, il ne devait en avoir que pour quelques minutes. Il n’est jamais revenu.

"Des amis l’ont cherché pendant longtemps, raconte Lilia. Je n’avais pas de connexion, on n’avait pas d’internet. J’ai été évacuée à Kiev et là, des amis m’ont aidée : sur Facebook, partout, ou c’était possible, on l’a cherché pendant longtemps. Puis on m’a appelée : on l’avait retrouvé le 11 avril." C’est un homme qui le trouve près de la gare et l’enterre dans sa cour.  

"Il m’a raconté comment mon fils a été tué : des Russes ont tiré sur ses jambes, ensuite ils lui ont demandé de se mettre à genoux. Il a crié : ’J’ai mal, je ne peux pas’ et ils lui ont tiré dans la tête."

Lilia

à franceinfo

"J’ai une photo, je l’ai vu mort. Il est ici, à la morgue. Je pleure, poursuit Lilia. C’était un musicien, un guitariste. Il n’avait pas beaucoup de succès mais il avait du talent il était très gentil. Il m’aimait beaucoup. Ses amis ne me disent que de bonnes choses sur lui. Lui, il disait : ‘Je vivrais longtemps, jusqu’a 80 ans !’. J’ai un autre fils et c’est pour lui que je vis maintenant."  

Au cimetière de Boutcha, trois enterrements ont lieu en même temps. Une mère, une tante, un fils, celui de Volodymir. Il regarde les fossoyeurs creuser la tombe de son enfant. "Il a reçu un éclat de roquette dans la tête, explique-t-il. Je ne peux pas dire ce que je ressens. Je ne sais pas pourquoi les civils, pourquoi les enfants sont tués ?"   

"Qu’est-ce que je peux ressentir ? De la haine pour les soldats russes qui sont venus ? Leurs familles aussi enterrent un fils, un mari qui font la guerre."

Volodymir, un père qui enterre son fils

à franceinfo

"Il est impossible de l’accepter, s’exclame-t-il désespéré. Mais la vengeance c’est le mal aussi. J’aurais aimé que ça n’arrive jamais. Mais Dieu voit tout et il faut continuer à vivre. J’ai mes petits-enfants. Aujourd’hui, quand on a récupéré le corps à la morgue, il y a eu une alerte aérienne. Je voudrais juste que ça finisse le plus tôt possible."  

L’impossible deuil des familles de Boutcha - reportage de Farida Nouar et de Fabien Gosset.
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