Ioulia Timochenko, le retour de la "dame aux tresses"

L'ex-Première ministre et opposante a été libérée, samedi, après deux ans de prison. Elle incarne désormais l'un des visages de l'avenir politique de l'Ukraine. Portrait.

L\'ancienne Première ministre ukrainienne, Ioulia Timochenko, arrive place de l\'Indépendance à Kiev, le 22 février 2014.
L'ancienne Première ministre ukrainienne, Ioulia Timochenko, arrive place de l'Indépendance à Kiev, le 22 février 2014. (LOUISA GOULIAMAKI / AFP)

"Les héros ne meurent pas." Et pour de nombreux opposants encore réunis sur la place Maïdan, à Kiev, Ioulia Timochenko est l'une d'eux. L'emblématique ex-Première ministre ukrainienne a fait son retour sur la scène politique, samedi 22 février, à la faveur de la destitution de Viktor Ianoukovitch.

Les traits tirés après plus de deux ans de prison, assise dans un fauteuil roulant, mais toujours aussi passionnée, elle a salué la mobilisation à Kiev. Son retour a été célébré par une foule en liesse, réunie sur la place de l'Indépendance, l'autre nom de Maïdan, dans le centre-ville de la capitale. Il faut dire que sa condamnation à sept ans de prison en 2011 est l'une des causes de l'actuelle crise en Ukraine

Mais qui est vraiment cette figure de l'opposition, pressentie pour devenir la prochaine présidente du pays ?

1Une ennemie de toujours de Ianoukovitch 

C'est en 2004 que Ioulia Timochenko se fait connaître en devenant "l'égérie de la Révolution orange". Née en 1960 à Dnipropetrovsk dans l'est russophone de l'Ukraine, elle incarne alors l'opposition au Premier ministre et candidat à la présidentielle de l'époque : Viktor Ianoukovitch. Pour parvenir à ses fins, elle "a créé le personnage qu'elle incarne", décrit le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung (traduit par Courrier International). Sa célèbre tresse blonde décolorée, relevée en couronne, aide à sa renommée internationale.

A cette époque, "elle est aux avant-postes, enflamme les foules par ses discours radicaux et bien balancé", rappelle Le Nouvel Observateur. Pour s'imposer dans un monde politique très masculin, cette femme d'affaires ayant fait fortune dans le gaz n'hésite pas à jouer de son physique. Sa connaissance avisée des "techniques modernes de communication comme [des] bonnes vieilles méthodes de la corruption" parachève le tableau et accélère son ascension. 

Aux côtés de Viktor Iouchtchenko, elle finit par chasser Ianoukovitch du pouvoir et devient Première ministre en 2004. Elle occupe ce poste à deux reprises. Mais lors de la présidentielle de 2010, Timochenko échoue à battre son ennemi de toujours. Cette revanche électorale ne suffit pas. En 2011, elle est jugée puis condamnée à sept ans de prison pour "abus de pouvoir". Elle est accusée d'avoir signé un contrat gazier très avantageux pour la Russie lorsqu'elle était Première ministre en 2009. 

2Une revenante en politique

Cette condamnation est vue comme une punition pour ses défenseurs, en premier lieu l'Union européenne qui appelle sans relâche à sa libération. Ioulia Timochenko elle-même dénonce un procès politique et nie les accusations portées à son encontre. 

Peu après son interpellation, Ioulia Timochenko entame une grève de la faim pour protester contre "les répressions politiques" en Ukraine. En vain. Malgré ses hernies discales, elle passe plus de deux ans en prison. En mai 2012, elle est transférée à l'hôpital-prison de Kharkiv, dans l'est du pays. Son emprisonnement la range encore un peu plus au rang d'icône. 

3Une oligarque controversée

Reste que "la dame de fer" n'est pas vraiment la poupée irréprochable qu'elle souhaite incarner. En 1996 déjà, Ioulia Timochenko a eu maille à partir avec la justice pour avoir importé frauduleusement du gaz russe en Ukraine. Elle dirige alors la compagnie de distribution d'hydrocarbures Système énergétiques unis d'Ukraine (SEUU), avec laquelle elle noue de nombreux contrats avec Gazprom, le géant du gaz russe. 

Ses détracteurs ne se privent pas de pointer ce parcours chaotique et ses problèmes judiciaires, note 20 Minutes.fr. Timochenko est également visée par des enquêtes sur sa proximité avec l'ancien premier ministre Pavlo Lazarenko, incarcéré aux Etats-Unis pour "escroquerie et blanchiment d'argent".

Son action à la tête du pays, à partir de 2004, ne permet pas de rattraper le coup. Pour de nombreux observateurs, son bilan se résume en 2010 à une paralysie politique, une "gabegie" et de la corruption, note Le Nouvel Obs. Son possible retour fait donc tiquer certains Ukrainiens. D'autant que cette figure de l'opposition appartient au sérail que beaucoup dénoncent. "Quelle différence entre elle et Ianoukovitch ? Aucune !", s'exclame ainsi une jeune manifestante dans ce reportage de France 2.