L'article à lire pour comprendre le référendum sur le Brexit

Fâchés avec l'Union européenne, les sujets de Sa Majesté pourraient bien mettre les voiles, le 23 juin. C'est le moment de vous intéresser à ce scrutin.

Un homme installe un drapeau britannique avant l\'arrivée du Premier ministre David Cameron, le 16 février 2016, au Parlement européen, à Bruxelles (Belgique).
Un homme installe un drapeau britannique avant l'arrivée du Premier ministre David Cameron, le 16 février 2016, au Parlement européen, à Bruxelles (Belgique). (EMMANUEL DUNAND / AFP)

C'est la question qui agite tout un pays, voire un continent : "Le Royaume-Uni doit-il rester un membre de l'Union européenne ou quitter l'Union européenne ?" Les électeurs britanniques sont appelés aux urnes, jeudi 23 juin, pour décider de l'avenir européen de leur pays. Pour vous aider à y voir plus clair dans ce dossier, parfois aussi brumeux qu'un nuage de lait dans une "cup of tea", francetv info vous propose d'y aller pas à pas.

D'abord, ça veut dire quoi Brexit ?

Ne cherchez pas dans le dictionnaire. Il s'agit d'un néologisme issu d'une contraction des termes "British" et "exit", inventé pour désigner l'éventuelle sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Un petit rappel de géographie, au passage : par Royaume-Uni, on entend le "Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord", c'est-à-dire l'Etat composé de l'Angleterre, du pays de Galles, de l'Ecosse et de l'Irlande du Nord. 

Cela leur est venu comment, cette idée de référendum ?

C'est le fruit d'une longue histoire de désamour, aggravée par la crise économique en Europe. En 2013, le Premier ministre conservateur, David Cameron, sous la pression des eurosceptiques de son camp et face à la montée en puissance du parti anti-UE Ukip, a promis d'organiser, avant 2017, un référendum sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l'UE. A une condition : être réélu en 2015.

En 2014, Ukip fait très fort en s'imposant aux élections européennes, une victoire un peu plus révélatrice de la fracture entre les Britanniques et Bruxelles. En 2015, David Cameron remporte tout de même les élections législatives et, bien que partisan du maintien, il tient parole. Le référendum aura bien lieu.

Un Britannique tient un bulletin de vote reçu par voie postale, le 30 mai 2016, à Berlin (Allemagne).
Un Britannique tient un bulletin de vote reçu par voie postale, le 30 mai 2016, à Berlin (Allemagne). (ODD ANDERSEN / AFP)

Cameron prend un gros risque, non ?

En effet, lui qui voulait régler une question de politique interne risque de devenir le Premier ministre qui, contre son gré, a isolé son pays du reste du continent. Pour éviter que cela n'arrive et convaincre les électeurs, le conservateur a pris soin de négocier un accord avec les autres pays européens. Le texte garantit à Londres, en cas de maintien dans l'UE, des concessions en matière de souveraineté nationale, de monnaie et de limitation des aides sociales aux migrants européens.

Malgré cet accord et sa confiance en un Royaume-Uni "plus fort, plus en sécurité et plus prospère au sein d'une Union européenne réformée", David Cameron reste relativement isolé dans son camp. La campagne en faveur du Brexit est même dirigée par deux ténors de son propre parti : son ministre de la Justice, Michael Gove, et l'ancien maire de Londres, Boris Johnson. L'un d'eux pourrait d'ailleurs lui ravir la tête du parti conservateur après le scrutin en cas de victoire du "Leave".

Il y a donc un vrai risque de sortie de l'UE ?

Oui. Le camp du maintien dans l'UE a une légère avance dans les sondages, mais n'arrive pas à prendre le large. Le 6 juin, trois enquêtes d'opinion (ici, ici et ) ont même donné le camp du Brexit en tête, avec deux à cinq points d'avance.

Mais pourquoi veulent-ils partir ?

Très représentés chez les personnes âgées, peu éduquées et/ou proches du parti Ukip, les partisans du "Leave" accusent l'Europe de leur coûter, par semaine, 350 millions de livres (445 millions d'euros) en contribution au budget communautaire. Tant qu'à faire, ils préféreraient garder cette somme pour améliorer leurs écoles et surtout leur système de santé (NHS), qui est l'une de leurs principales préoccupations.

L\'un des responsables de la campagne \"Vote Leave\", Boris Johnson, pose lors d\'une visite dans une entreprise de construction, le 12 mai 2016, à Christchurch (Royaume-Uni).
L'un des responsables de la campagne "Vote Leave", Boris Johnson, pose lors d'une visite dans une entreprise de construction, le 12 mai 2016, à Christchurch (Royaume-Uni). (DARREN STAPLES / REUTERS)

En quittant l'Union européenne, le Royaume-Uni retrouverait aussi le contrôle de ses frontières. L'idée d'en finir avec la libre-circulation au sein de l'UE réjouit de nombreux Britanniques, qui accusent les immigrés d'Europe de l'Est de tirer les salaires à la baisse, les loyers à la hausse et de rallonger les files d'attente dans les hôpitaux.

Que leur répondent ceux qui veulent rester ?

A défaut de vraiment faire vibrer une corde europhile outre-Manche, les défenseurs du "Remain" jouent sur le "saut dans le vide" que représenterait un départ. Ils brandissent une palanquée d'études économiques affirmant qu'un Brexit ferait grimper l'inflation et le chômage, ralentirait fortement la croissance, amputerait chaque foyer de 4 300 livres (5 500 euros) de revenu annuel ou encore renchérirait le prix d'une semaine de vacances en famille en Europe de 230 livres (295 euros).

En force chez les jeunes, les urbains, les travaillistes et les diplômés de l'enseignement supérieur, les partisans du statu quo mettent aussi en avant les conséquences sur l'influence mondiale du Royaume-Uni, sur la vie des retraités britanniques en Espagne ou encore sur le niveau du championnat de foot anglais.

Et les gens y comprennent quelque chose ?

C'est compliqué, car les campagnes des deux camps tournent parfois à la propagande. A la fin mai, des parlementaires conservateurs et travaillistes sont même intervenus pour dénoncer certains arguments brandis par les opposants et partisans du Brexit. Ils ont jugé "hautement fallacieux" le chiffre de 350 millions de livres que coûterait l'adhésion à l'UE chaque semaine, qui est plutôt de 150 millions, voire 117 millions de livres. Exagération également du côté des partisans du maintien, notamment sur le chiffre de 4 300 livres de revenus en moins par an et par foyer, lié à une sortie de l'UE.

Le Premier ministre britannique, David Cameron, s\'exprime lors d\'un meeting en faveur du maintien du Royaume-Uni au sein de l\'UE, le 14 mai 2016, dans une école de Witney (Royaume-Uni).
Le Premier ministre britannique, David Cameron, s'exprime lors d'un meeting en faveur du maintien du Royaume-Uni au sein de l'UE, le 14 mai 2016, dans une école de Witney (Royaume-Uni). (EDDIE KEOGH / REUTERS)

Que se passera-t-il en cas de Brexit ?

Peu de certitudes en la matière, car aucun Etat n'a jamais quitté l'UE. Dans les heures suivant l'annonce des résultats, le Royaume-Uni pourra lancer la procédure lui permettant de larguer les amarres. Débuteront alors de longues négociations avec Bruxelles, qui devraient plusieurs années, le temps de discuter de la future relation entre le Royaume-Uni et l'UE.

Pour le reste, mystère : David Cameron démissionnera-t-il ? D'autres pays seront-ils tentés d'imiter le Royaume-Uni ? L'Ecosse ou l'Irlande du Nord, toutes deux europhiles, tenteront-elles de quitter le Royaume-Uni pour revenir dans le giron européen ?

"My bad", j'ai eu la flemme de tout lire. Vous me faites un résumé ?

Le 23 juin, de 7 heures à 22 heures, les Britanniques voteront pour décider de quitter ou de rester dans l'Union européenne. La campagne pour le maintien est menée par le Premier ministre conservateur, David Cameron, qui est à l'origine du référendum et qui se retrouve opposé à des cadors de son propre parti. La population est tiraillée entre la tentation de retrouver plus de souveraineté, notamment en terme de budget et de frontières, et le risque de causer un ralentissement économique durant les prochaines années. Les urnes rendront leur verdict au petit matin du 24 juin.