Irlande du Nord : on vous explique la situation explosive dans la province britannique après le Brexit

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Une voiture incendiée à Belfast, en Irlande du Nord (Royaume-Uni), le 9 avril 2021. (HASAN ESEN / ANADOLU AGENCY / AFP)

Plusieurs dizaines de policiers ont été blessés dans des émeutes principalement provoquées par des unionistes, sur fond de discorde avec le gouvernement britannique. 

L'Irlande du Nord face à une nouvelle flambée de violences. Depuis le début du mois d'avril, des émeutes ont émaillé la province britannique, faisant des dizaines de blessés. Si la mort du prince Philip, vendredi 9 avril, semble avoir provisoirement calmé la situation, les manifestants prévoient de descendre à nouveau dans la rue dans les jours à venir. En ligne de mire : les conséquences très concrètes du Brexit dans cette province britannique enclavée en Irlande, et le sentiment d'avoir été trahi par Londres. Franceinfo revient sur ces violences.

Plusieurs jours d'émeutes violentes

L'Irlande du Nord est confrontée à des violences qui n'a pas eu de précédent "depuis plusieurs années", selon la police. Les graves émeutes ont été déclenchées le 29 mars à Londonderry (ou Derry) par des unionistes, à majorité protestante, partisans d'une union totale avec le Royaume-Uni. Au départ, elles ont opposé ces émeutiers unionistes à la police. Mais, depuis quelques jours, elles opposent aussi, dans certaines villes, des unionistes à des républicains à majorité catholique, partisans de la réunification avec la république d'Irlande. Les violences ont notamment gagné un quartier unioniste de Belfast et ses environs pendant le week-end de Pâques.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, dans un quartier ouest de Belfast, la police anti-émeutes, prise en étau entre les deux camps, a été visée par des cocktails Molotov et des pavés alors qu'elle tentait d'empêcher des centaines de manifestants républicains de se diriger vers les unionistes. Ils ont été repoussés par un canon à eau, utilisé pour la première fois depuis plusieurs années.

Ces violences, impliquant de nombreux adolescents, ont fait d'importants dégâts matériels et ont blessé jusqu'ici plus de 70 policiers. Elles font aussi resurgir le spectre des "Troubles" et leurs 3 500 morts, qui ont opposé durant trois décennies sanglantes républicains et unionistes.

Les conséquences du Brexit pointées du doigt

Derrière ces émeutes se cachent les conséquences du Brexit, venu fragiliser le délicat équilibre entre communautés dans la province, avec l'introduction des contrôles douaniers entre le Royaume-Uni et l'Union européenne. Les rayons vides de supermarchés en Irlande du Nord ont agi comme une étincelle.

Car afin d'éviter le retour d'une frontière physique entre la province britannique et la République d'Irlande, membre de l'Union européenne, ces contrôles se tiennent désormais dans les ports nord-irlandais, comme si la frontière entre l'Union européenne et le Royaume-Uni était située en mer d'Irlande. Ces nouvelles dispositions perturbent les échanges commerciaux et sont dénoncées par les unionistes comme une frontière entre l'Irlande du Nord et la Grande-Bretagne, et une trahison de la part de Londres. Des tags "Non à la frontière maritime irlandaise" ont été inscrits sur les murs de nombreuses villes, relève la BBC (en anglais).

"Tout le monde a le sentiment que l’Irlande du Nord est toujours mise de côté."

une habitante d'Irlande du Nord

à franceinfo

Beaucoup pointent du doigt la responsabilité de Boris Johnson, qui a défendu une rupture radicale avec l'Union européenne, laissant peu de place au compromis après son arrivée à Downing Street en juillet 2019. Lors d'un débat d'urgence jeudi à l'Assemblée d'Irlande du Nord, la ministre de la Justice nord-irlandaise, la centriste Naomi Long, a dénoncé les promesses non tenues du gouvernement britannique.

Côté unioniste, le traitement différencié de l'Irlande du Nord au sein du Royaume-Uni nourrit un profond ressentiment, qui s'ajoute aux tensions communautaires existantes. "La paix a toujours été fragile en Irlande du Nord. Il y a eu beaucoup d'avancées ces dernières années, mais on sent que les tensions sont toujours là. Ça bout et on sait que ça peut déborder à n'importe quel moment", analyse Fabrice Mourlon, maître de conférences à Paris-XIII et spécialiste de l'Irlande du Nord sur France 24.

Un apaisement (provisoire) après la mort du prince Philip

Les violences en Irlande du Nord se sont en partie calmées vendredi 9 avril, après l'annonce de la mort du prince Philip, époux de la reine Elizabeth II. Des manifestations et des marches qui avaient été prévues dans des quartiers unionistes de la capitale, Belfast, ont été annulées après l'annonce du décès. "Les manifestations ont été reportées par respect pour la Reine et la famille royale", pouvait-on lire sur des affiches placardées dans les quartiers unionistes de la ville.

Dans la soirée, les rues de Belfast étaient beaucoup moins fréquentées que les jours précédents, quand des affrontements ont opposé la police anti-émeute à une foule tentant d'approcher des quartiers unionistes. Des escarmouches ont toutefois eu lieu dans une enclave unioniste, mais elles ont été moins violentes que la veille.

Cette trêve pourrait être de courte durée. Le texte des affiches précisait que "l'opposition" aux termes du Brexit "et à toutes les injustices" va reprendre "après une période de deuil". Un homme vivant dans un quartier unioniste a également montré à l'AFP un message qui circulait et appelait à "une intensification des manifestations après le week-end".

Les gouvernements britannique et irlandais appellent au calme

Face à cette escalade de la violence, le gouvernement britannique, qui a dépêché sur place le ministre de l'Irlande du Nord, Brandon Lewis, a réitéré son appel au calme, resté jusqu'ici lettre morte. "La violence n'a aucun rôle à jouer pour résoudre les problèmes", a insisté vendredi le ministre des Transports, Grant Shapps, sur Sky News, estimant la situation "très inquiétante".

La veille, les Premiers ministres britannique et irlandais avaient déjà appelé au "dialogue", joignant leurs voix à celles des dirigeants d'Irlande du Nord, unionistes comme républicains, pour condamner ces violences "inacceptables"

Enfin, le Premier ministre irlandais, Michael Martin, a mis en garde samedi contre une "spirale" menaçant la paix en Irlande du Nord. Ce jour marque aussi le 23e anniversaire de l'accord du Vendredi Saint de 1998 qui a mis fin aux troubles, qui ont opposé durant trois décennies républicains et unionistes.

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