"On a beaucoup plus de liberté mais avant on avait une vie plus sûre" : 30 ans après la chute du Mur, ils regrettent la RDA

Depuis la réunification des inégalités perdurent, et des Allemands de l'ex-RDA admettent une certaine nostalgie. 

Vue de Berlin de Potsdamer Platz à Alexanderplatz. 
Vue de Berlin de Potsdamer Platz à Alexanderplatz.  (JOHN MACDOUGALL / AFP)

"C’était mieux avant". Ce refrain, vous l’entendez de plus en plus chez les anciens Allemands de l’Est alors que l'on célèbre samedi 9 novembre les 30 ans de la chute du mur de Berlin. Trois décennies après la réunification, certains expriment leur insatisfaction alors que des inégalités continuent. C'est notamment dans cette partie de l'Allemagne que le vote pour l'extrême-droite est élevé, avec un électeur sur quatre en moyenne. 

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La bascule soudaine a été un choc 

Klaus-Dieter Erber, 58 ans, nuance la nostalgie qu'il exprime. Il dit se sentir bien dans l’Allemagne d’aujourd’hui, mais seulement en partie. "On a beaucoup plus de liberté mais avant on avait une vie beaucoup plus sûre pour les enfants et les personnes âgées", explique-t-il. Pour des gens de sa génération qui ont connu les 40 années de la RDA avec ce système qui garantissait une prise en charge du berceau au cercueil et la garantie d’un travail, la bascule soudaine dans l’économie libérale a souvent été un choc. "C'est arrivé du jour au lendemain", se souvient-t-il. Klaus-Dieter pense notamment à son épouse, en recherche d’emploi depuis plus de vingt ans. "Après la chute du Mur, je suis devenue chômeuse, raconte Angela, 54 ans. Je n'ai toujours pas retrouvé de travail malgré une reconversion. Je ne servais plus à rien dans cette Allemagne". 

"J'appelle ça un protectorat"

Angela n’est pas un cas isolé, elle faisait partie des quatre millions de personnes employées dans les 8 000 entreprises publiques de RDA, toutes liquidées ou privatisées dans les quatre années qui ont suivi la réunification, raconte Eckhard Netzmann, un ancien patron : "Dans ces années-là, deux millions de personnes, souvent des jeunes, sont partis à l'Ouest. Et dans l'autre sens, on a eu l'arrivée de près d'un million d'Allemand de l'Ouest. Il y avait des politiques, des avocats ou encore des fonctionnaires. Moi, j'appelle ça un protectorat." Le mot est fort et certains Berlinois de l'ex-RDA vont même plus loin et parlent de "colonisation".

"La vie en RDA était parfois presque confortable", concède la Chancelière Angela Merkel qui vient, elle aussi, d'Allemagne de l'Est. Dans une interview samedi 9 novembre à la Süddeutsche Zeitung, elle invite les ostalgiques à "s’engager beaucoup plus" pour l’Allemagne d’aujourd’hui, au risque sinon, dit-elle, que "le processus de réunification dure plus d’un demi-siècle". 

30 ans après la chute du mur, d'anciens Allemands de l'Est regrettent la RDA - Le reportage de Ludovic Piedtenu
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