L'ETA se dissout et met fin à toute activité politique

L'organisation séparatiste basque annonce sa dissolution et la fin de son activité politique après des décennies d'attentats, dans un communiqué publié par plusieurs médias espagnols.

Lors d\'un rassemblement pour saluer le désarmement de l\'ETA, à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), le 8 avril 2017.
Lors d'un rassemblement pour saluer le désarmement de l'ETA, à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), le 8 avril 2017. (MAXPPP)

C'est un point final pour la dernière insurrection armée d'Europe occidentale qui a fait plus de 800 morts et des milliers de blessés pendant des décennies. L'organisation séparatiste basque ETA annonce, jeudi 3 mai, sa dissolution et la fin de toute activité politique. Dans une "déclaration finale" distribuée à la presse, l'organisation clandestine dit avoir "démantelé l'ensemble de ses structures" et "mettre fin à toute activité politique". 

Fondée en 1959 pendant la dictature de Francisco Franco, l'ETA a fait au moins 829 morts dans une campagne d'assassinats et d'attentats à la bombe en Espagne et en France, au nom de l'indépendance de "Euskal Herria", le Pays basque espagnol et français et la Navarre. Décimée par les arrestations de ses chefs, rejetée par la population, l'organisation classée comme terroriste par l'Union européenne avait déjà renoncé à la violence en 2011 et livré ses armes l'année dernière.

Elle avait franchi un pas supplémentaire dans une lettre datée du 16 avril – publiée mercredi 2 mai dans la presse espagnole – annonçant avoir "dissous complètement toutes ses structures". La lettre était destinée aux personnalités qui l'ont encouragée à renoncer à la violence, comme l'ancien secrétaire général de l'ONU Kofi Annan ou l'ex-chef du Sinn Fein irlandais, Gerry Adams, selon un membre du gouvernement régional basque.

"L'ETA n'aurait jamais dû exister"

L'annonce de la dissolution devait être suivie vendredi d'une "conférence internationale" à Cambo-les-Bains, au Pays basque français, où sont attendus Gerry Adams et des représentants de plusieurs partis espagnols qui seraient ainsi garants de la bonne foi de l'ETA. "L'ETA devait [cette dissolution] à la société basque et à l'ensemble de l'humanité", a déclaré jeudi le président de la région basque, le nationaliste basque Iñigo Urkullu dans une interview au journal  El País (en espagnol). Elle n'aurait jamais dû exister."

Beaucoup de victimes de l'ETA ne sont pas prêtes à pardonner le sang versé pendant les années de plomb. Dans une conférence de presse à Saint-Sébastien, la ville basque qui a connu le plus d'attentats, le Collectif des victimes du terrorisme a exigé que l'ETA condamne la terreur et cesse de rendre des hommages publics à ses militants quand ils sortent de prison. Il attend aussi qu'elle fasse la lumière sur 358 crimes encore inexpliqués.

L'Espagne avait mal accueilli un message diffusé le 20 avril où la faction armée regrettait "les torts causés" mais ne demandait pardon qu'aux seules victimes qui n'étaient pas liées au "conflit", laissant entendre que les autres, comme les policiers, étaient des cibles légitimes.

Quel sort pour les prisonniers de l'ETA

Le gouvernement espagnol a jusqu'à présent refusé toute contrepartie à la dissolution d'ETA. "Quoi qu'elle fasse, l'ETA ne trouvera aucune faille et pas d'impunité pour ses crimes", a déclaré jeudi le chef du gouvernement Mariano Rajoy.

Nous ne lui devons rien et nous n'avons à lui être reconnaissants de rien.Mariano Rajoy, chef du gouvernement espagnol

Toutefois, la coalition séparatiste EH Bildu, deuxième parti au parlement basque demande, comme le Parti nationaliste basque d'Iñigo Urkullu, que les quelque 300 prisonniers de l'ETA qui purgent leur peine en Espagne et en France puisse être incarcérés plus près de leurs familles.