La fin du sac plastique, est-ce si fantastique ?

Les sacs plastique gratuits à usage unique sont interdits à partir du 1er juillet.

Les sacs plastique sont interdits en caisse au 1er juillet 2016, puis seront bannis des rayons au 1er janvier 2017.
Les sacs plastique sont interdits en caisse au 1er juillet 2016, puis seront bannis des rayons au 1er janvier 2017. (MYCHELE DANIAU / AFP)
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Fini les sacs plastique à usage unique ! A quelques exceptions près (le problème de l'emballage du pain de mie en boulangerie n'est toujours pas réglé), ils sont interdits en France à partir du vendredi 1er juillet. Ainsi en a décidé la ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal, après avoir accordé un sursis de quelques mois aux commerçants. Mais s'agit-il d'une si bonne nouvelle pour l'environnement ?

Oui, parce que c'est bon pour les poissons

Plus de 150 millions de tonnes de déchets en plastique flottent déjà sur les océans, avec des conséquences dramatiques. Selon une étude de chercheurs de l'université d'Uppsala (Suède) publiée par la revue américaine Science le 3 juin, les particules de plastique sont désastreuses pour la faune aquatique. Pour ces chercheurs, qui ont étudié en laboratoire le développement d'œufs et de larves de perches, des poissons d'eau douce, "les spécimens exposés aux microplastiques sont moins actifs, plus vulnérables aux prédateurs et se développent moins bien, préférant manger des microplastiques plutôt que leur alimentation naturelle". Leur comportement est modifié et leur mortalité augmente. Les scientifiques ont depuis mené des expériences similaires sur d'autres espèces de poissons, avec des résultats similaires.

Et la situation s'aggrave : si rien n'est fait, "il y aura plus de plastique dans l'océan que de poisson en 2050" (en nombre de tonnes), estime une étude (PDF en anglais) réalisée par la fondation Ellen MacArthur, citée par Le Figaro en janvier dernier.

Oui, mais cela masque une partie du problème… 

Supprimer les sacs plastique à usage unique est donc une bonne nouvelle pour la planète. Un mouvement amorcé depuis plus d'une décennie, qui a déjà porté ses fruits : "Leclerc a supprimé les sacs plastique à usage unique en 1996, et les autres enseignes ont suivi à partir de 2003. Le volume de sacs de caisse a été réduit de plus de 90%, passant de 10 milliards par an à 500 millions fin 2015", soulignent Les Echos.

Mais d'autres sources de pollution plastique empirent. Selon Les Echos, "les industriels utilisent en effet de façon croissante des plastiques non recyclables" (pour les bouteilles de lait, par exemple). Or il n'existe actuellement aucune obligation en France "pour prendre en compte le recyclage dans l'écoconception", affirme au quotidien économique Yann Vincent, chargé du recyclage chez Suez.

… et le plastique sera sans doute remplacé par du papier, qui est énergivore

Même les sacs plastique utilisés pour emballer fruits, légumes, viande ou poisson devront être supprimés d'ici le 1er janvier 2017. Par quoi seront-ils remplacés ? Soit par des sacs plastique compostables, en partie composés avec des matières d'origine végétale (amidon de maïs ou de pomme de terre), soit par du papier.

Or c'est cette deuxième option qui sera vraisemblablement choisie le plus souvent, pour des raisons de coût. Pierre Fayard, président de l'Association française des fabricants de films et de sacs plastique, déclare aux Echos : "En moyenne, le coût est de 5 euros les 1 000 sacs de plastique classique, contre 15 euros pour l'équivalent en papier et 25 euros pour le plastique compostable à domicile."

Il ajoute dans La Croix qu'"il est donc très probable que les commerçants choisiront plutôt de les remplacer par des sacs en papier qui, eux, ne sont pas produits en France". Avec quel gain pour l'environnement ? Pas optimal, pour le chercheur à l'Ifremer François Galgani, également cité dans La Croix, car "la fabrication du papier est très énergivore".