Témoignages "C'est le système D" : camions-citernes, bouteilles, débit réduit... Victimes de la sécheresse, certaines communes affrontent déjà des pénuries d'eau potable

Dans de nombreuses régions, les réserves en eau potable sont insuffisantes. Malgré les restrictions de consommation décrétées, des habitants ont dû subir des coupures au robinet.

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Des bouteilles d'eau destinées à pallier une coupure d'eau du robinet, en juin 2022 à Villars-sur-Var (Alpes-Maritimes). (MAXPPP)

Lorsqu'ils ouvrent le robinet en ce samedi de juillet, les habitants du petit village d'Ollières, dans l'arrière-pays varois, découvrent une eau trouble et boueuse. Après la vérification du forage, le verdict tombe : la nappe phréatique est à sec. Plutôt que de prélever de l'eau claire, la pompe aspire le fond de la nappe, avec du sable et des sédiments. Le maire de la commune décide alors de couper l'alimentation en eau potable, et les habitants se retrouvent eux aussi à sec.

En urgence, un système de distribution d'eau potable est alors improvisé. "En trois heures, les 700 habitants ont été ravitaillés en bouteilles", raconte à franceinfo le maire, Arnaud Fauquet-Lemaitre. L'eau courante a fini par être rétablie le lendemain de l'incident, qui s'est produit le 16 juillet, grâce à un camion-citerne venu remplir les réservoirs depuis les communes voisines. Une eau aussitôt déclarée "impropre à la consommation", la boue de la veille ayant souillé le château d'eau et les canalisations. Dans les ruelles du village, une voix amplifiée par un mégaphone prévient les habitants : interdiction de boire l'eau du robinet. En attendant, élus, agents de la mairie et bénévoles continuent de se relayer pour distribuer les bouteilles. 

"Si on ne diminue pas notre consommation, on va se retrouver dans la même situation"

Dans cette commune, des restrictions ont été immédiatement décidées après la coupure survenue mi-juillet, comme l'interdiction de remplir sa piscine ou d'arroser son jardin. Il a fallu attendre 15 jours pour que la nappe phréatique se recharge, et l'eau potable a été rétablie le 29 juillet. Mais le maire reste inquiet : "Si on ne diminue pas notre consommation d'eau, dans une, deux ou trois semaines on va se retrouver dans la même situation." L'élu fait le lien entre ce que vit sa commune et le déficit de précipitations observé ces derniers mois. "Cet hiver, il n'a pas plu sur notre belle région et il n'a pas beaucoup neigé sur les Alpes", relate Arnaud Fauquet-Lemaitre. "On arrive facilement à 50% de déficit de pluviométrie en moyenne en région Provence-Alpes-Côte d'Azur", confirme Annick Mièvre, directrice de la délégation Paca-Corse de l'agence de l'eau, interrogée par France 3.

Dans le Var, Ollières est loin d'être la seule commune à pâtir de la sécheresse. A 60 km à vol d'oiseau, les habitants de Bargemon ont eux aussi été momentanément privés d'eau potable. Dans le village voisin de Seillans, la consommation d'eau a été limitée à 200 litres par jour et par personne. Et le phénomène ne se limite pas au sud de la France.

Des coupures d'eau qui se multiplient

Drôme, Finistère, Haute-Saône, Dordogne, Vosges... Un peu partout, des coupures d'eau ont été signalées. La France a fait face au mois de juillet le plus sec jamais enregistré, selon les données de Météo France. Depuis le 2 août, tous les départements de l'Hexagone sont concernés par des restrictions d'usage de l'eau. 

Dans la Creuse, jeudi 28 juillet, les habitants de Bord-Saint-Georges ont eu la surprise de ne voir qu'un simple filet d'eau couler du robinet. Des régions réputées pour leur climat arrosé, comme la Bretagne, font aussi face à des difficultés. A Brasparts, dans le Finistère, des coupures d'eau ont été constatées, comme le rapporte Ouest France. A Gérardmer, dans les Vosges, les autorités ont décidé de puiser directement de l'eau dans le lac qui borde la ville pour alimenter le réseau d'eau.

Depuis fin mai, les habitants du Bouchet-Saint-Nicolas (Haute-Loire) vivent, eux, au rythme des coupures d'eau. Pourtant, ce petit village au cœur du Massif central n'avait jusqu'à présent pas vraiment l'habitude de manquer d'eau. Dès la fin mai, l'un des forages du village s'est retrouvé à sec. "Je ne pensais jamais que ça arriverait si tôt, on a été très surpris", témoigne la maire, Josette Arnaud. "Les ressources d'eau potable baissent du fait de la faible pluviométrie et d'un enneigement hivernal quasi nul sur le Massif central", précise le directeur du syndicat de gestion des eaux du Velay, Frédéric Giraud.  

Dans un hôtel, des clients sans chasses d'eau

Au cours du seul mois de juin, le village a subi au moins six coupures de plusieurs heures, d'après la maire. Des coupures dues à des fuites de canalisations... provoquées par le manque d'eau. Dans les tuyaux, l'eau et l'air se rencontrent, créant des "coups de béliers" qui les font rompre.    

Ces interruptions à répétition compliquent la vie des habitants, des hôteliers et des touristes. En juin, l'auberge du Couvige s'est adaptée tant bien que mal à la situation. "C'est le système D, raconte le gérant, Fabien Rochedy. On fait du café à la Cristaline, on repousse la vaisselle au lendemain." Certains matins, le responsable, qui est aussi conseiller municipal, a dû apporter des bouteilles d'eau dans les chambres, pour que les clients puissent se laver les dents. 

Mi-juin, une coupure d'eau s'est prolongée sur plus de 24 heures, et là l'adaptation n'a plus été possible. "On ne pouvait pas laisser nos hôtes pendant 24 heures sans prendre de douche sous cette chaleur, ou sans chasse d'eau dans les toilettes", explique Fabien Rochedy, qui a dû envoyer ses clients dans d'autres hôtels des alentours. 

Pour faire face à cette situation, un laitier, missionné par la mairie, fait des allers-retours dans son camion-citerne. Il va chercher de l'eau dans les villages voisins et remplit le réservoir du village. A raison de six remplissages de 12 000 litres d'eau chacun, trois fois par semaine, il permet à la commune de tenir. Depuis le 25 juin, aucun nouvel incident n'a été recensé. 

Privés d'eau de 18 heures à 2 heures du matin

Afin d'éviter les coupures surprises, certains élus prennent les devants pour réduire la consommation de leurs administrés. Dans la commune de Molières-sur-Cèze (Gard), l'arrêté "crise" en vigueur depuis le 27 juillet, soit le plus haut niveau de restrictions sur l'usage de l'eau, n'a pas suffi. La maire de ce village de 1 200 habitants, voyant les ressources en eau diminuer dangereusement, a préféré anticiper la panne sèche.

A son initiative, l'eau a été coupée de 18 heures à 2 heures du matin vendredi, le dernier week-end de juillet. "C'était soit ça, soit la coupure totale et le ravitaillement avec les camions-citernes", se justifie Florence Bouis à franceinfo. D'autant que l'été, la consommation en eau augmente encore avec l'arrivée des touristes. La commune n'a pas eu à réitérer une mesure aussi drastique, mais depuis lundi le débit a dû être réduit pour continuer à économiser l'eau. 

"Globalement, les habitants comprennent et font des efforts", estime la maire de Molières-sur-Cèze. A l'image de Maëva Williame, une mère de famille qui n'a pas rempli sa piscine cette année. "On ne peut pas se permettre de râler, la situation est catastrophique, s'il faut abandonner la piscine définitivement on le fera", assure la jeune femme de 27 ans, qui dit espérer la pluie tous les matins. 

D'autres sont moins compréhensifs. Dans les rues de Molières-sur-Cèze, certains riverains lavent encore leurs voitures, malgré les restrictions. Dernièrement, la maire a surpris un habitant qui faisait du béton, ce qui nécessite beaucoup d'eau. "Jusque-là, on a privilégié la pédagogie, mais vu la situation, il y a un risque de verbalisation", prévient l'élue. Depuis le début de l'été, l'Office français de la biodiversité a réalisé plus de 4 000 contrôles de respect des restrictions sur l'usage de l'eau.

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