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Conférence de l'ONU sur les océans : l'article à lire pour comprendre pourquoi les océans sont essentiels dans la lutte contre le changement climatique

Article rédigé par Camille Adaoust
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 8 min
Des vagues secouent l'océan Atlantique sur la pointe de Penvins (Morbihan), le 16 septembre 2021. (DAVID HENROT / BIOSPHOTO / AFP)

A l'occasion de cette conférence qui s'est ouverte lundi à Lisbonne, franceinfo vous explique en quoi "l'océan est au cœur du climat depuis toujours".

Ce rendez-vous survient cinq mois après le One Ocean Summit, à Brest (Finistère), au cours duquel une trentaine d'Etats s'étaient engagés à protéger les océans. Repoussée depuis 2020 pour cause d'épidémie de Covid-19, une conférence de l'ONU sur les océans s'ouvre lundi 27 juin à Lisbonne (Portugal). Organisée conjointement par le Portugal et le Kenya, elle rassemblera pendant cinq jours des milliers de représentants de gouvernements, d'entreprises, d'institutions scientifiques et d'ONG en quête de solutions pour faire face à ce que le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, appelle "un état d'urgence des océans". 

A cette occasion, franceinfo détaille les liens étroits entre réchauffement climatique et océans.

Pourquoi les océans et le climat sont-ils liés ?

D'abord, l'océan et l'atmosphère échangent de la chaleur. "Le rayonnement solaire le chauffe. Des courants chauds transportent ensuite cette énergie vers d'autres endroits et renvoient la chaleur vers l'atmosphère", décrit Eric Guilyardi, chercheur au Laboratoire d'océanographie et du climat.

"Les océans sont ainsi un thermostat géant."

Eric Guilyardi, climatologue et océanographe

à franceinfo

Ensuite, à l'instar des forêts, les océans représentent un puits de carbone : lorsque ce dernier se trouve en excès dans l'atmosphère, les océans vont en absorber une partie et le stocker, dans les algues ou le phytoplancton, par exemple. "L'activité humaine émet à peu près 10 milliards de tonnes de carbone par an : 45% restent dans l'atmosphère et 25% à 30% sont absorbés par l'océan", détaille Eric Guilyardi.

Quel est l'impact de l'activité humaine sur les océans ?

Le réchauffement climatique provoqué par l'activité humaine n'est pas sans effet sur les océans. Ainsi la température des océans était plus élevée de 0,88°C entre 2011 et 2020 qu'entre 1850 et 1900, selon le dernier rapport (en anglais) du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec). "L'océan s'est réchauffé plus vite au cours du dernier siècle que depuis la fin de la dernière déglaciation, il y a 11 000 ans", écrivent-ils. Un réchauffement clairement visible en observant les anomalies dans la température moyenne annuelle des océans par rapport à la température normale :

Quelles sont les autres conséquences ?

Quand la température de l'eau augmente, celle-ci se dilate. Mélanie Becker, chercheuse au laboratoire Littoral, environnement et sociétés, illustre :

"Si vous sortez une bouteille d'eau du frigo en été et la posez sur une table au soleil, vous allez entendre des craquements, parce que le contenant se réchauffe et le volume se dilate."

Mélanie Becker, chercheuse

à franceinfo

A cette dilatation de l'eau, il faut ajouter la fonte des calottes polaires et des glaciers causée par le réchauffement de l'atmosphère. Résultat : si au cours du XXe siècle le niveau de la mer s'est élevé de 1,5 mm par an en moyenne sur Terre, "depuis les années 1990, ce taux a doublé jusqu'à 3,5 mm par an", alerte Mélanie Becker, précisant que cette hausse peut varier entre les régions. Selon le dernier rapport du Giec, la montée des eaux pourrait atteindre jusqu'à 1 mètre d'ici 2100 sans action ambitieuse pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre.

>> CARTE. Votre ville est-elle menacée par le réchauffement climatique ?

Cette élévation vient poser un enjeu majeur pour les populations côtières. "Aujourd'hui, 20% de la population mondiale vit à moins de 30 km des côtes et 10% vivent sur des terres de très basse altitude", explique Mélanie Becker, qui cite l'exemple du delta du Gange, au Bangladesh, où l'eau pourrait monter d'1,40 m. De même, en Indonésie, toute la côte nord de l'île de Java est en train de disparaître et les autorités prévoient de déménager la capitale Jakarta et ses 11 millions d'habitants. Dans le Pacifique, certaines des îles Salomon ont déjà été englouties.

C'est plutôt bien que les océans absorbent du CO2, non ?

"A priori c'est une bonne nouvelle, mais la part sombre c'est que ce CO2 absorbé a des conséquences sur la chimie de l'océan", nuance Laurent Bopp, chercheur au Laboratoire de météorologie dynamique. En effet, quand l'océan absorbe de CO2, il s'acidifie. Et ce changement de PH affecte les écosystèmes marins et notamment la capacité de certains organismes à construire leurs coquilles et squelettes. Le chercheur cite ainsi le corail, le zooplancton ou encore les ptéropodes.

Des coraux morts pris en photo dans la baie de Kimbe, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, en novembre 2017. (CHRISTOPH GERIGK / BIOSPHOTO / AFP)

"Dans les scénarios où les émissions de gaz à effet de serre continuent d'augmenter, on peut montrer que cette acidification de l'océan pourrait conduire à une chimie corrosive pour ces organismes calcifiant comme les coraux et conduirait à leur dissolution", poursuit Laurent Bopp. Son collègue Eric Guilyardi illustre le phénomène par une expérience "exagérée" : "Si on trempe un coquillage dans du vinaigre, qui est très acide, on voit le dégazage et sa dissolution à l'œil nu."

Quels sont les risques pour la biodiversité ?

Le changement climatique affecte de deux autres manières les espèces. La température se réchauffant à la surface va provoquer "une stratification de l'océan". C'est-à-dire que les couches de surface et de profondeur vont moins communiquer entre elles et "les flux d'éléments nutritifs remontant des profondeurs [où chute la matière organique consommée en surface] vers la surface seront moindre", dessine Laurent Bopp. Et le chercheur d'ajouter : 

"Lorsque l'océan est plus chaud, les gaz y sont moins solubles et il absorbe moins d'oxygène."

Laurent Bopp, climatologue et océanographe

à franceinfo

Ces zones sous-oxygénées pourraient ainsi réduire les zones d'habitats de certaines espèces, "comme les thons tropicaux, qui ont besoin de beaucoup d'oxygène", cite Laurent Bopp. En cascade, "ces risques pèsent sur toute la chaîne alimentaire", conclut-il. 

Les espèces sont, de plus, sous le feu d'autres menaces comme la surpêche ou la pollution au plastique ou autres pollutions d'origine humaine. Au total dans les océans, la liste rouge (en anglais) de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) fait état de 5 espèces éteintes, 194 espèces en danger critique, 323 en danger et 767 vulnérables. 

Comment peut-on protéger les océans ?

Les aires marines protégées constituent aujourd'hui le principal outil pour protéger l'océan. "Au niveau mondial, elles recouvrent environ 8% des eaux côtières et marines. C'est variable entre les pays : la France revendique 30% de ses eaux protégées par le dispositif", décrit Joachim Claudet, chercheur au Centre de recherche insulaire et observatoire de l'environnement (Criobe). Il cite l'exemple de la réserve naturelle marine de Cerbère-Banyuls, dans les Pyrénées-Orientales, où "les études montrent que la protection est efficace"

Une rascasse rouge est prise en photo dans la réserve naturelle marine de Cerbère-Banyuls (Pyrénées-Orientiales), le 30 janvier 2014. (MURIEL DUHAU / BIOSPHOTO / AFP)

Ces aires marines excluent toutefois les zones en haute mer, qui sont au-delà des juridictions nationales. Le sujet est au cœur de négociations en ce moment à l'ONU (en anglais), avec le traité sur la biodiversité marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale. "Il vise à coordonner les efforts de conservation et d'usage durable de la biodiversité en haute mer", explique Joachim Claudet, qui précise que les négociations sont proches de leur terme. 

Ces mesures sont-elles suffisantes ?

Les aires marines protégées ne sont pas toujours efficaces. "Il y en a un très grand nombre de formes, avec toute une panoplie de règles possibles", regrette Joachim Claudet. De zones intégralement protégées où les usages qui présentent une menace sont simplement interdits à d'autres où aucune réglementation contraignante n'est en place, la protection n'est pas égale partout.

"60% de la Méditerranée française est en aire marine protégée. On peut se poser des questions sur l'efficacité de la protection. Si elle l'était réellement, la Méditerranée aurait sans doute un autre aspect..."

Joachim Claudet, chercheur

à franceinfo

Les impacts des activités humaines sont toujours visibles "dans une écrasante majorité des aires marines protégées", élargit-il. Le chercheur attend donc du One Ocean Summit de la "clarté" sur les mesures de protection : "Jusqu'à présent, on a cherché la quantité, arrivant à un nombre astronomique d'aires marines protégées. Maintenant on demande de la qualité, avec des écosystèmes réellement protégés. Car pour augmenter leur résilience face au changement climatique, il faut que les pressions humaines y soient limitées."

Par ailleurs, tous les chercheurs interrogés défendent une plus forte prise en compte de l'océan dans la lutte contre le changement climatique. "Ce n'est pas suffisant aujourd'hui. Il en va de notre sécurité alimentaire, de la disparition d'écosystèmes, de la redistribution des espèces. Il y a une quantité de phénomènes liés à la dynamique des océans et le spectre d'impacts est très large", souligne Mélanie Becker. S'il se réjouit que le sujet soit mieux considéré "depuis la COP21", Eric Guilyardi acquiesce : "Pour les scientifiques, l'océan est au cœur du climat depuis toujours."

Je n'ai pas eu le temps de tout lire, vous pouvez me faire un résumé ?

Le changement climatique n'affecte pas que les continents. L'océan est également touché de différentes manières. S'il absorbe une partie du CO2 que nous émettons, l'océan en subit aussi les conséquences : par réaction chimique, il s'acidifie, menaçant des écosystèmes peu viables dans un milieu trop corrosif. Tout comme l'atmosphère, la température de l'eau se réchauffe elle aussi. Et lorsque l'eau se réchauffe, elle se dilate. C'est l'une des causes principales de l'élévation du niveau de la mer, qui menace 20% de la population mondiale. Face à ces risques, des outils de protection ont été mis en place. Les aires marines protégées tentent de préserver ces milieux des pressions humaines, mais elles sont souvent peu efficaces, selon les chercheurs. Ils attendent donc de la communauté internationale, notamment lors du One Ocean Summit, des actions concrètes pour préserver ce rouage essentiel du système climatique.

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