Adaptation au changement climatique : l'institut de l'économie pour le climat préconise d'investir 2,3 milliards d'euros chaque année en France

Cet institut s'est donné pour objectif de chiffrer les coûts de l'adaptation au changement climatique. Selon l'I4CE, les initiatives sont encore trop timides en France même si le savoir-faire est déjà-là.

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Radio France
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Des rues inondées à Bayonne, dans le sud-ouest de la France, le 10 décembre 2021. (GAIZKA IROZ / AFP)

Le retard de la France en matière d’adaptation au changement climatique est à nouveau pointé par l'Institut de l'économie pour le climat (I4CE). Dans un rapport publié jeudi 23 juin, cette ONG de référence estime qu’il faudrait investir au minimum 2,3 milliards d’euros par an pour lancer l'adaptation du pays aux inondations, aux canicules, ou aux incendies.

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I4CE s'est donné pour objectif de chiffrer les coûts de l'adaptation au changement climatique. Dans cette première publication, l'institut a dressé une liste de 18 décisions budgétaires qui peuvent être "prises dès à présent" pour anticiper les effets négatifs du changement climatique et prévenir ou minimiser les dommages que ces effets peuvent causer. Par exemple, "augmenter et maintenir dans la durée les moyens dont disposent les agences de l’eau pour leur action en faveur du grand cycle de l’eau et de la biodiversité", pour un montant de 300 millions par an ; "pérenniser une enveloppe annuelle de soutien à l’extension des bonnes pratiques d’adaptation en ville", pour 500 millions d'euros ; "prendre en charge le surcoût pour renforcer les exigences en matière de constructions durables et adaptés aux chaleurs futures dans la construction des bâtiments d'enseignement et de recherche", pour 500 millions.

La MJC de Romorantin entièrement repensée

Selon I4CE, la politique d'adaptation en France est encore trop timide. "On ne part pas de rien. Des actions sont engagées, mais qui restent largement insuffisantes face à l'ampleur des enjeux." Le savoir-faire est pourtant déjà là comme à Romorantin où une MJC a été entièrement repensée et reconstruite pour faire face au risque de crue.

Dans ce bâtiment, la petite cuisine au rez-de-chaussée est montée sur des vérins pour échapper au risque d'inondation. "En Floride, lors des alertes, indique l'architecte Éric Daniel Lacombe, ils ont des plateaux pour mettre tous leurs meubles et les monter à une hauteur sous plafond. Une fois l'alerte passée, ils redescendent tout, sans perdre grand chose." Cet exemple est assez symbolique. En premier lieu il a fallu redistribuer les espaces et notamment le rez-de-chaussée.

"Le rez-de-chaussée, on ne peut plus s'en servir, c'est le premier constat. L'accueil et l'administration, sont au premier étage. Il faut se dire qu'il y a des endroits qu'on va perdre et des endroits qu'on va gagner."

Éric Daniel Lacombe, architecte

à franceinfo

La MJC a aussi de drôles de portes qui pivotent pour laisser passer l'eau si elle monte de nouveau. "Les portes des rez-de-chaussée sont des portes qui s'ouvrent dans le sens du courant, reprend l'architecte. Cela m'a valu de terribles engueulades avec les menuisiers, en me disant 'mais monsieur l'architecte, vous vous trompez. Une porte, elle ouvre toujours vers l'intérieur ou toujours vers l'extérieur.'"

L'architecte Éric Daniel Lacombe devant la MJC de Romorantin  (ETIENNE MONIN / RADIO FRANCE)

En substance s'adapter ici, c'est faire avec le risque. D'ailleurs, devant le bâtiment, on voit de grands pontons métalliques avec un trait jaune qui montent par endroits à presque quatre mètres. "Le trait, c'est le niveau de l'eau quand elle est passée en 2016. On continue à garder une mémoire, non pas simplement avec un trait de crue mais avec un lieu entier." Il y a six ans, la crue avait détruit cette MJC. Elle est sur un bras de rivière, en zone inondable mais aussi en centre-ville. 

Le manque de culture du risque des assurances

"C'eut été idiot, inepte de raser cette MJC, estime Jeanny Lorgeoux, le maire de Romorantin. On ne rase pas un centre-ville qui est historique depuis des siècles." La rénovation a coûté presque 3 millions d'euros. Il a aussi fallu enlever le béton autour du bâtiment pour fluidifier le passage de l'eau en cas de besoin, et contourner le manque de culture du risque du côté des assurances. "Le drame des assurances, regrette Jeanny Lorgeoux, c'est que l'assurance vous dit : "Je suis prêt à mettre 80% , mais il faut le faire à l'identique. Comme il faut s'adapter, on ne peut pas le faire à l'identique." 

Pour se spécialiser dans l'adaptation, l'architecte Éric Daniel Lacombe s'est inspiré de ce qui se fait notamment déjà au Japon ou aux Pays-Bas. À Romorantin, il a conçu un quartier entièrement adapté aux risques de crues. 

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