COP26 : l'UE et la France sont "apathiques" alors qu'elles devraient "montrer l'exemple et aligner des annonces", estime Greenpeace France

"Côté européen et côté français, on a une approche conservatrice qui n'est pas de nature à imprimer une dynamique positive dans ces négociations", dénonce Clément Sénéchal, porte-parole climat de Greenpeace France. 

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Emmanuel Macron est salué par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen à son arrivée au sommet climatique de l'ONU COP26 à Glasgow, le 1er novembre 2021.  (ALAIN JOCARD / AFP)

"Côté européen et côté français, on a une approche conservatrice, apathique" de la lutte contre le réchauffement climatique "qui n'est pas de nature à imprimer une dynamique positive" dans les négociations de la COP26, a estimé vendredi 5 novembre sur franceinfo Clément Sénéchal, porte-parole climat de l’ONG Greenpeace France, à la fin de la première semaine de la conférence. Selon lui, l'Union européenne et la France "devraient montrer l'exemple et aligner des annonces qui soient positives pour emmener les négociations vers le haut".

franceinfo : Est-ce que la COP26 est déjà un échec, comme l'a dénoncé la Suédoise Greta Thunberg ?

Clément Sénéchal : Non, il faudra attendre la fin de la deuxième semaine où les négociations vont entrer dans le dur. Cette semaine, on a eu quand même quelques signaux positifs sur le front des énergies fossiles, qui est le grand enjeu de cette COP. On attend une décision finale qui pointe un calendrier de sortie des émissions de gaz à effet de serre qui coïncide avec une sortie des énergies. Et on a eu plusieurs initiatives d'États qui s'engagent progressivement à sortir du pétrole, du charbon et du gaz. Après, dans le détail, on s'aperçoit que ces engagements ne sont pas assez robustes pour s'inscrire pleinement dans le respect des objectifs de l'accord de Paris. On a eu aussi une première semaine marquée par un invité spécial qui était le greenwashing. On a eu ces milliardaires qui sont venus, comme Jeff Bezos, le patron d'Amazon, verdir l'image de leur business en faisant un peu de charité climatique. Ce que l'on a besoin maintenant, c'est plutôt de décisions politiques fermes des États. Ce qui tire les négociations vers le haut, c'est la mobilisation sans faille de la jeunesse pour le climat. Il y a aussi la mobilisation des petits États insulaires qui sont les plus vulnérables et les plus exposés aux impacts du changement climatique. On a notamment eu un discours très remarqué de la première ministre de la Barbade, qui a rappelé que la différence entre limiter la hausse des températures à 1,5 degré ou à 2 degrés, c'est l'existence même de son territoire et la survie de ses populations. Après, on a les États-Unis qui essayent un petit peu de revenir aux avant-postes des négociations climatiques, ce qui est plutôt une bonne chose. Par contre, côté européen et côté français, on a une approche conservatrice, apathique et qui n'est pas de nature à imprimer une dynamique positive dans ces négociations jusqu'à présent.

Pourquoi dites-vous que l'UE et la France sont apathiques ?

Parce que l'Union européenne a décidé de se maintenir un petit peu en retrait de cet affrontement délétère entre la Chine et les États-Unis, considérant que c'était à eux, les deux plus gros pollueurs de la planète, de faire des efforts additionnels. Cela ne peut pas fonctionner dans un contexte de crise politique et diplomatique. Parce que l'accord de Paris a été signé il y a six ans. Les règles d'application ne sont toujours pas finalisées et les émissions de gaz à effet de serre continuent d'augmenter. Et quand on regarde ce qui est sur la table, on s'aperçoit qu'elles augmenteront d'au moins 16% en 2030, alors que l'ONU dit qu'à cet horizon il faudrait les baisser de moitié. On a un contexte qui est extrêmement tendu et qui nécessite que toutes les parties prenantes, y compris l'Union européenne, fassent amende honorable et mettent des nouvelles choses sur la table.

Est-ce que l'Europe a déjà fait des efforts, et est-ce qu'il faut regretter l'absence de la Chine de cette COP26 ?

On peut signaler l'absence de la Chine. On peut aussi signaler qu'Emmanuel Macron, président de la soi-disante championne du climat international, était absent lors des trois dernières COP. A un moment donné, il faut relativiser un petit peu tout ça. L'Union européenne cache des disparités entre États. Par exemple, le Danemark, la Suède, l'Espagne, ce sont des acteurs aujourd'hui qui ont un rôle positif dans la diplomatie climatique, qui font des efforts qui sont notoires. Quand on regarde la France, le panorama est très différent. Emmanuel Macron est venu à cette COP en étant une sorte de repris de justice climatique. L'État français a été condamné par deux fois par le Conseil d'État et par le tribunal administratif pour carence fautive dans la lutte contre le changement climatique. La réalité est composite au sein de l'Union européenne. C'est un bloc qui devrait montrer l'exemple et aligner des annonces qui soient positives pour emmener les négociations vers le haut.

Est-ce que c'est donc l'Union européenne qui devrait prendre les devants ?

L'Union européenne devrait prendre la main. Elle a des instruments à disposition. Elle a annoncé un green deal. Elle a adopté une loi climat qui a un objectif qui est plutôt ambitieux sur le papier, moins 55% d'émission de gaz à effet de serre en 2030. Après il y a des tensions au sein de l'Union européenne, notamment sur la question énergétique. Et c'est là que la France joue un jeu qui est parfaitement délétère. La France a déployé une diplomatie pro gaz depuis plusieurs années. Elle pousse aujourd'hui de manière forcenée pour que, dans la taxonomie verte, la nomenclature des futurs financements énergétiques, soient inclus le nucléaire et le gaz. Si bien qu'aujourd'hui, elle se retrouve à refuser de signer ce qui était peut l'initiative la plus intéressante de cette première semaine, c'est-à-dire la fin des financements internationaux pour les énergies fossiles, que des grands pollueurs comme le Canada ou les États-Unis ont signé. La France devrait aussi être un vecteur positif dans ces négociations internationales. Elle ne l'est plus, parce qu'elle a une diplomatie énergétique complètement hasardeuse au sein de l'Union européenne.

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