Extinction d'espèces : "C'est grave parce que nous ne sommes rien sans la biodiversité" mais c'est encore "réversible", selon un scientifique

"On pourrait avoir autour de 10%, 15% peut-être 20% d'extinction d'espèces dans les décennies qui viennent", réagit ce mercredi sur franceinfo, Bruno David, scientifique, après la publication de l'étude d'une équipe de chercheurs.  

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Grenouille rainette aux yeux rouges, une espèce protégée et menacée, La Paz, le 25 juillet 2018. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

L'extinction d'espèces "est grave parce que nous ne sommes rien sans la biodiversité" mais c'est encore "réversible", a expliqué mercredi 12 janvier sur franceinfo Bruno David, président du Muséum national d'histoire naturelle (MNHN), après l'étude d'une équipe internationale de chercheurs qui indique que si l’on prend en compte les non-vertébrés pour mesurer le taux d’extinction des espèces, la situation est alarmante.

franceinfo : Habituellement on parle des animaux vertébrés quand on évoque l'extinction. Pourquoi ?

Bruno David : Parce que ce sont les animaux les plus faciles à observer donc la plupart des indicateurs, les plus anciens, portent sur les vertébrés. Tous les autres animaux sont plus discrets, on les voit moins bien, donc nos indicateurs sont plus récents mais on continue d'en construire et c'est ce qui nous permet de dessiner cette tendance.

Que montre cette étude ?

Cela nous dit que l'on pourrait avoir autour de 10%, 15% peut-être 20% d'extinction d'espèces dans les décennies qui viennent. On a des déclins d'abondance, c'est-à-dire qu'il y a de moins en moins d'individus au sein de certaines espèces et cela pourrait se terminer par des extinctions. Scientifiquement, il faut se demander comment on se positionne sur une tendance qui nous emmène vers une sixième extinction. Combien d'espèces pourraient s'éteindre ? Si on compare cela aux grandes crises du passé géologique de la Terre où 80% s'étaient éteintes on peut se dire que ce n'est pas si grave. Mais ce n'est pas ce que je dis parce qu'on va 100 à 1 000 fois plus vite sur cette trajectoire que jamais dans le passé géologique de la Terre. Donc peut-être que nous sommes au début d'une phase d'extinction mais on s'y engage très, très vite et cela veut dire qu'il faut réagir rapidement et maintenant.

A-t-on besoin de ces espèces ?

C'est grave parce que nous ne sommes rien sans la biodiversité. Nous ne digérons, nous ne mangeons, nous ne respirons que grâce à la biodiversité. Les services rendus par la biodiversité sont gigantesques et nous sommes une espèce parmi des millions d'autres espèces et nous ne sommes rien sans les autres.

Est-ce les activités humaines qui sont responsables de ces déclins ?

Oui, toutes les activités humaines qui peuvent se décliner en surexploitation des espaces sur les continents, l'exploitation des ressources, les pollutions, les déplacements d'espèces qui deviennent invasives et on rajoute à tout ça le changement climatique. On est face à quelque chose de multifactoriel même si c'est dû à nous, Homo sapiens. C'est un peu la même situation que dans les crises du passé géologique de la Terre où elles ont toutes été multifactorielles. Il y a un avantage et un inconvénient c'est que nous sommes à l'origine des problèmes, ce qui est embêtant, mais comme nous sommes à l'origine des problèmes nous sommes aussi à l'origine des solutions.

Peut-on vraiment améliorer les choses ?

C'est réversible tant que ça n'a pas dépassé un certain seuil. Ce seuil ne sera pas  atteint du jour au lendemain, cela se fera morceau par morceau jusqu'à ce que la Terre devienne plus difficilement habitable pour nous. Nos sociétés sont installées sur une planète relativement stable depuis des millénaires et elles sont adaptées à cette stabilité. Si nous déstabilisons ces systèmes ce sont nos sociétés qui vont souffrir en premier. Je ne suis pas inquiet pour l'avenir de la vie sur Terre mais pour l'avenir de notre société et l'avenir d'une espèce qui s'appelle Homo sapiens.

Quelles espèces ont disparu ?

Il y a des papillons qui ont disparu, des escargots, des petites bêtes marines, beaucoup d'organismes, d'espèces qui ont déjà disparu. Ce qui m'inquiète ce sont ces déclins d'abondance, c’est ce qui précède les extinctions. Si nous ne faisons rien cela se traduira par des extinctions. Pour empêcher une extinction il suffit de réduire la pression que l'on exerce sur les écosystèmes et la biodiversité. Transportons moins d'espèces, polluons moins, essayons de moins artificialiser les espaces sur les continents, prélevons moins de ressources dans l'océan, évitons trop de changement climatique et tout ira mieux. La solution la plus sage est donc de changer de comportement et on a une marge de progrès importante sans pour autant nous restreindre au-delà d'une certaine limite. Les progrès les plus importants on peut les faire dans les situations les pires parce que c'est là qu'il y a la marge la plus importante. Il est tout à fait temps parce que la biodiversité est résiliente, donc faisons lui confiance.

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