Biodiversité : Emmanuel Macron a-t-il recyclé ses annonces en matière d'environnement ?

Le chef de l'Etat a annoncé lundi une série d’actions pour protéger la biodiversité en réponse au rapport alarmant des experts de l’ONU.

Emmanuel Macron après sa rencontre avec des experts de l\'IPBES, dans la cour de l\'Elysée, lundi 6 mai. 
Emmanuel Macron après sa rencontre avec des experts de l'IPBES, dans la cour de l'Elysée, lundi 6 mai.  (LUDOVIC MARIN / AFP)
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Emmanuel Macron a reçu à l'Elysée, dans la soirée du lundi 6 mai, les experts de l'IPBES, auteurs d'un rapport alarmant sur la biodiversité. "La biodiversité est un sujet aussi important que le changement climatique et nous ne pouvons gagner cette bataille qu'en œuvrant sur tous les leviers", a déclaré le président de la République. Il a annoncé dans la foulée, une série de mesures pour protéger la biodiversité, lutter contre le gaspillage alimentaire ou encore pour limiter l'utilisation du plastique. Pourtant, l'écologie, grande absente de sa conférence de presse du 25 avril, est souvent considérée par ses détracteurs comme le parent pauvre de la politique menée par Emmanuel Macron. Lundi soir, le chef de l'Etat s'est livré à un exercice de communication. Entre mesures recyclées, véritables nouveautés et oublis, franceinfo fait le tri parmi les annonces dévoilées.

Ce qui est déjà en cours

Recycler 100% du plastique en 2025. Emmanuel Macron a à nouveau affirmé vouloir atteindre cet objectif déjà été annoncé en août 20118 par la secrétaire d'Etat Brune Poirson en août 2018. En février 2019, un pacte signé par le gouvernement avec la grande distribution contient aussi la promesse de "prendre des mesures pour éliminer les autres emballages problématiques d'ici 2025" et les signataires s'engagent à atteindre d'ici 2022 60% d'emballages plastique recyclés (contre 26% aujourd'hui). Cet objectif doit également figurer dans la future loi sur l'économie circulaire qui sera présentée "dans les semaines à venir", d'après le président.

Réduire le recours aux produits phytosanitaires. Le chef de l'Etat a évoqué deux axes concernant les modes de production. S'il a rappelé son objectif de diminuer de 50% l'utilisation de produits phytosanitaires d'ici 2025, ce dernier avait déjà été formulé dans les plans Ecophyto de 2007 et Ecophyto II+ de novembre 2018. Un engagement confirmé par le gouvernement dans le cadre de la création du comité d'orientation stratégique et de suivi (COS) du plan national de réduction des produits phytosanitaires en avril 2019.

Lutter contre le gaspillage alimentaire. A ce sujet, le président n'a pas annoncé de mesures concrètes mais il a appelé à "responsabiliser davantage les consommateurs, les restaurateurs et les distributeurs". Une loi datant de début 2016 interdit aux grandes surfaces de plus de 400 m2 de jeter de la nourriture. Sur Facebook, en novembre 2017, Emmanuel Macron avait d'ailleurs demandé "aux supermarchés de respecter la loi en donnant aux associations ce qui est en trop"Chaque année, 10 millions de tonnes de nourriture sont jetées aux ordures, rappelle Le Monde.

Statuer sur le projet de mine d'or en Guyane. Emmanuel Macron est aussi revenu sur le projet baptisé "Montagne d'orpiloté par un consortium russo-canadien. "L'état du projet ne le rend pas compatible avec une ambition écologique et en matière de biodiversité, a affirmé le président de la République. Il y aura une évaluation complète pour le prochain conseil de défense [au mois de juin] sur ce sujet et une décision formelle et définitive sera prise." Le 1er février, le chef de l'Etat avait déjà jugé que le projet n'était "pas au meilleur niveau" en matière de respect de l'environnement.

Ce qui est nouveau 

Parmi les mesures annoncées hier, l'extension des aires maritimes et terrestres protégées est la seule action réellement nouvelle que propose le président de la République. Aujourd'hui, les parcs et les réserves naturelles représentent 21% des terres et 22% de l'aire marine. "D'ici 2022, nous porterons à 30% la part de nos aires marines et terrestres protégées, dont un tiers d'aires protégées en pleine naturalité", a déclaré Emmanuel Macron. Mais "la plupart de ces espaces ne disposent pas d'un véritable plan de gestion conséquent, ni des moyens de le faire respecter", analyse Le Monde"Il ne faut pas que ce soit des aires protégées de papier" sans moyens suffisants, abonde Arnaud Gauffier, de WWF, interrogé par l'AFP.

Ce qu'il a oublié de dire

Certains points du discours d'Emmanuel Macron restent flous. Le chef de l'Etat a par exemple affirmé qu'il souhaitait "compléter" le plan pour la biodiversité présenté à l'été 2018 par Nicolas Hulot. Il a aussi annoncé une "revue des aides fiscales et budgétaires" pour les mettre en conformité avec ces objectifs, sans plus de précisions. 

Le président de la République "n'a engagé aucune mesure concrète", a regretté Yannick Jadot sur BFMTV, déplorant qu'Emmanuel Macron n'ait pas annoncé l'arrêt du projet de mine d'or en Guyane, des importations d'huile de palme de la raffinerie Total de La Mède (Bouches-du-Rhône), des "projets autoroutiers" et du projet de complexe Europacity au nord de Paris.