Corée du Nord : trois questions sur les nouveaux tirs d'essai de missiles réalisés par Pyongyang

Le pays a effectué des tirs d'essai d'un nouveau missile de croisière longue portée ce week-end. Washington dénonce des "menaces [pesant] sur ses voisins et la communauté internationale".

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Des photos non datées communiquées par l'agence de presse nord-coréenne KCNA le 13 novembre 2021 et présentées comme celles du missile testé les 11 et 12 septembre. (KCNA VIA KNS / AFP)

Une provocation de plus de la Corée du Nord. Le pays dirigé par Kim Jong-un a annoncé, lundi 13 septembre, avoir réalisé avec succès des tirs d'essai de nouveaux missiles de croisière. D'après l'agence de presse nord-coréenne KCNA, ces projectiles ont parcouru 1 500 km avant d'atteindre leur cible, inconnue à ce jour. En mars, déjà, les précédents tirs avaient été interprétés comme un signe de défi à l'égard de l'administration du président américain Joe Biden.

Plusieurs résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies interdisent pourtant à la Corée du Nord la poursuite de ses programmes d'armement nucléaire et de missiles balistiques. Fin août, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) avait fait état de "signes" démontrant que la Corée du Nord semblait avoir redémarré son réacteur produisant du plutonium dans un complexe nucléaire au nord de la capitale Pyongyang. Franceinfo revient sur ces nouveaux tirs nord-coréens.

1En quoi ces tirs sont-ils une menace ?

L'agence officielle nord-coréenne affirme que "l'efficacité de ce système d'armement a confirmé son excellence", célébrant une "arme de dissuasion" destinée à "contrer les manœuvres militaires des forces hostiles". Ces missiles de croisière longue portée, s'il est confirmé que le pays les possède, représenteraient une avancée technologique pour la Corée du Nord, selon les analystes.

Tels qu'ils sont décrits par l'agence KCNA, ces missiles sont "une menace considérable", s'inquiète Park Won-gon, spécialiste de la Corée du Nord à l'université pour femmes Ewha (Séoul, Corée du Sud), interrogé par l'AFP. "Si [la Corée du] Nord a suffisamment miniaturisé les têtes de ses missiles nucléaires, elles peuvent aussi être chargées sur des missiles de croisière", spécule-t-il, redoutant de nouveaux tests, à son sens "fort probables".

Jeffrey Lewis, du Middlebury Institute for International Studies (Middlebury, Etats-Unis), s'inquiète lui aussi d'un nouveau type de missile capable d'atteindre des cibles en Corée du Sud et au Japon : "C'est un nouveau système, fait pour passer sous les radars de défense antimissile."

2Ces essais sont-ils fréquents en Corée du Nord ?

Selon l'Initiative contre la menace nucléaire (Nuclear Threat Initiative, NTI), la Corée du Nord a lancé ses premiers missiles en avril 1984 (en anglais). Depuis, le pays a lancé 156 missiles. L'intensité des essais s'est amplifiée ces dernières années : pas moins de 83 ont été effectués par la Corée du Nord de janvier 2016 à mars 2021, selon la NTI.

Et ces tests provoquent des tensions au niveau international. En mai 2019, 70 pays avaient appelé la Corée du Nord à abandonner "toutes ses armes nucléaires, ses missiles balistiques et leurs programmes associés". Une annonce faite après un nouvel essai à longue portée. L'année 2019 a été faste pour l'armée nord-coréenne : 26 missiles ont été lancés. En 2018, après une rencontre historique entre Kim Jong-un et Donald Trump, la Corée du Nord s'était pourtant engagée à travailler à une "dénucléarisation complète" de la péninsule coréenne. Depuis l'échec du sommet de Hanoï, en février 2019, les pourparlers sur le nucléaire sont suspendus avec les Etats-Unis.

Les dernières manœuvres nord-coréennes interviennent après des exercices conjoints des armées sud-coréenne et américaine le mois dernier, note le professeur Park Won-gon. C'est également une réponse à l'annonce, il y a quelques jours, par la Corée du Sud d'un tir d'essai d'un missile mer-sol balistique stratégique de sa propre fabrication.

3Comment la communauté internationale réagit-elle à ces nouveaux tirs ?

Ces tirs ont de quoi inquiéter les autres pays. Pour le Pentagone, "cette activité souligne le développement continu par la Corée du Nord de son programme nucléaire et les menaces que cela fait peser sur ses voisins et la communauté internationale".

Pour le Japon, "très préoccupé", un missile d'une telle portée "présenterait une menace pour la paix et la sécurité du Japon, et de la région alentour".

L'armée sud-coréenne est habituellement la première source d'information concernant ces tirs : dans un premier temps, elle ne les a pas confirmés. Depuis, la Corée du Sud assure mener une "analyse détaillée, en coopération étroite avec le renseignement sud-coréen et américain".

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