Témoignages "Je n'ai pas appris à charger ma mitraillette" : à Taïwan, les réservistes ne sont pas préparés à une guerre avec la Chine

Pékin a mené pendant trois jours des manœuvres militaires autour de l'île, en représailles à la visite de la présidente taïwanaise aux États-Unis.
Article rédigé par Valérie Crova, Gilles Gallinaro
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Un navire passe devant l'île de Pingtan, le point le plus proche de Taïwan, dans la province chinoise du Fujian, le 8 avril 2023. (GREG BAKER / AFP)

Les exercices militaires de Pékin autour de Taïwan sont-ils vraiment terminés? Mardi 11 avril, au lendemain de la fin officielle des manœuvres, le ministère taïwanais de la Défense assure avoir détecté neuf navires de guerre chinois et 26 aéronefs autour de l'île.

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Les craintes d'un conflit ouvert sont donc toujours là, et les autorités de Taïwan l'ont bien compris. Elles vont rallonger le service militaire de quatre mois à un an à partir de 2024. Ce délai doit permettre de mieux former les réservistes, pour beaucoup loin d'être préparé à faire la guerre. 

Bob et Alan, deux soldats réservistes taïwanais. (GILLES GALLINARO / RADIO FRANCE)

Parmi ces réservistes, Yul-Yong, 25 ans, qui préfère se faire appeler Bob. Il ne garde pas un souvenir impérissable de son service militaire : "Pour être honnête, nous avons appris à nettoyer notre chambre. Je n'ai pas appris à charger ma mitraillette, pas une seule fois. Je ne savais pas comment mettre de balles dedans. Mon arme était usée et vieille. Utilisable, mais c'est tout."

"Ce n'est pas comme si on préparait vraiment les gens à la guerre"

Ce jeune homme ne se sent donc pas du tout prêt à affronter des soldats chinois, bien mieux entraînés et équipés que lui. "Pendant quatre mois, je n'ai rien appris, ajoute-t-il. Donc si on passe le service à un an, pour bien former les gens, je pense qu'ils pourraient se battre contre la Chine."

"Taïwan, c'est à nous, c'est notre pays. Notre maison !"

Bob

soldat réserviste

L'Armée taïwanaise compte actuellement 165 000 soldats et officiers militaires actifs. Leur formation va être aussi rallongée sur décision des autorités. Alan, 25 ans lui aussi, a également fait son service militaire il y a quatre ans. "En fait, il y a peu de soldats à Taïwan qui ont été impliqués dans un conflit, raconte-t-il. Il y a des missions confidentielles à l'étranger, des formations à l'étranger, mais ce n'est pas comme si cela préparait vraiment les gens à la guerre. C'est pourquoi le pouvoir change de stratégie." La future préparation au combat des soldats taïwanais sera calquée sur celle des soldats américains. Des Marines entraînent déjà des unités de l'armée de terre et de la marine taïwanaise.

Une population divisée

En ce qui concerne les habitants de Taïwan, les générations sont divisées sur l'attitude de la Chine. Les jeunes, eux, sont plus attachés à leur souveraineté. "Il n'y a pas de démocratie en Chine, assène Ela, une jeune maman qui vit de Taipei. Je veux que mon fils sache qu'il est Taïwanais et non Chinois. Parce qu'il est né ici et pas en Chine ! Ce pays si fermé d'esprit..." 

Le discours est différent chez les plus âgés, une génération plus conciliante à l'égard de Pékin : "Mon frère vit en Chine, ma sœur ici. On est une même famille. C'est juste le nom du pays qui change. On est tous Chinois", assure cet habitant de Taipei, qui ne reflète pas l'avis dominant dans la population. Une majorité des habitants de l'île se sent avant tout Taïwanaise. 

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