Quatre questions sur la situation à Hong Kong, où les manifestations massives contre le pouvoir ont repris

Le Parlement chinois a adopté jeudi un texte sur la "sécurité nationale" à Hong Kong, alors que manifestants battent le pavé dans la région depuis plusieurs jours, pour protester contre cette mesure jugée liberticide et que les Etats-Unis menacent de sanctions économiques.

Des manifestants à Hong Kong, le 24 mai 2020.
Des manifestants à Hong Kong, le 24 mai 2020. (ANTHONY WALLACE / AFP)

Adopté à la quasi-unanimité. Le Parlement chinois a approuvé, jeudi 28 mai, un texte controversé sur la "sécurité nationale" à Hong Kong, en réponse notamment aux manifestations monstres de l'opposition démocratique en 2019. Parapluie à la main pour se protéger lacrymogènes, des milliers de manifestants pro-démocratie ont protesté dans les rues de Hong Kong, ces derniers jours, contre cette disposition jugée liberticide. Pour l'heure, Pékin n'a pas l'intention de céder face aux manifestants, ni face aux pressions des autorités américaines qui menacent de révoquer les privilèges commerciaux accordés à l'ex-colonie britannique. 

Pourquoi la mobilisation a-t-elle repris ?

La mouvance pro-démocratie a multiplié les appels à protester contre une loi sur la sécurité déposée le 22 mai au Parlement chinois. Les protestataires dénoncent un passage en force de Pékin sur une question qui suscite depuis des années l'opposition des Hongkongais. Des milliers de militants ont ainsi répondu présents dimanche en début d'après-midi, pour protester contre le gouvernement dans le quartier commerçant de Causeway Bay. Mercredi, ils étaient de nouveau dans la rue, scandant des slogans pro-démocratie dans le quartier de Central.

Voilà des mois que le territoire semi-autonome n'avait plus été le théâtre de ce genre de confrontations. L'ex-colonie britannique a en effet connu, de juin à décembre 2019, sa pire crise politique depuis sa rétrocession à Pékin en 1997, avec des actions et des manifestations quasiment quotidiennes. Bien que confortée par le triomphe des candidats pro-démocratie (qui défendent notamment le régime spécial dont bénéficie Hong-Kong) aux scrutins locaux de novembre, cette mobilisation s'est arrêtée au début de l'année en raison des milliers d'arrestations effectuées par la police et, surtout, du fait des restrictions de rassemblement ordonnées pour lutter contre le Covid-19.

"Aujourd'hui, c'est un test avec beaucoup de personnes qui retournent manifester dans la rue, confie à franceinfo Vivien Wong, journaliste hongkongaise. On constate que les manifestants sont de plus en plus jeunes, parfois des adolescents de 14 ou 15 ans. Et ils n'ont pas peur d'être sacrifiés, d'être arrêtés, d'être emprisonnés." Difficile de savoir pour autant si les manifestations vont reprendre sur la durée. "Beaucoup de personnes ont été arrêtées et certaines pensent à quitter Hong Kong, donc elles ne se joignent pas au mouvement comme l'an dernier, constate Vivien Wong. L'année passée, les gens avaient toujours de l'espoir. Cette fois, ils sont vraiment pessimistes, même s'ils sont toujours déterminés."

Que contient le fameux texte de loi ?

Le texte vise à "empêcher, stopper et réprimer toute action qui menace gravement la sécurité nationale, comme le séparatisme, la subversion, la préparation ou la commission d'activités terroristes" à Hong Kong, en réponse aux manifestations monstres de 2019. L'article 23 de la "Loi fondamentale", qui sert depuis deux décennies de mini-Constitution au territoire semi-autonome, prévoit que la région se dote elle-même d'une loi sur la sécurité. Mais cette clause n'a jamais été appliquée, car une grande partie des Hongkongais y voient une menace pour leurs libertés. La dernière tentative de l'exécutif hongkongais de mise en œuvre de l'article 23, en 2003, avait échoué face à une mobilisation massive.

Les opposants au texte redoutent en particulier une clause qui permettrait aux policiers chinois de mener des enquêtes à Hong Kong avec leurs homologues hongkongais. Beaucoup y voient les prémices d'une répression de toute dissidence sur le territoire. "J'ai très peur, mais il faut manifester", a déclaré dimanche dans la foule Christy Chan, 23 ans. Vivien Wong indique ainsi que les téléchargements de VPN [qui permettent de créer un réseau privé virtuel et sécurisé sur son ordinateur] ont fortement augmenté après l'annonce de la loi. 

"Les gens pourront être poursuivis pour ce qu'ils disent ou écrivent contre le gouvernement", craint Vincent, un manifestant de 25 ans, en référence au projet de loi de Pékin. Beaucoup voient dans le passage en force de Pékin sur la question de la loi sur la sécurité nationale l'entorse la plus grave, à ce jour, à la semi-autonomie hongkongaise. "Avec cette loi, les gens sont de plus en plus énervés. On assiste à une escalade de la colère", ajoute Vivien Wong. "Les Hongkongais sont en colère car nous ne nous attendions pas à ce que cela arrive si vite et de façon si brutale", explique Vincent. 

Nous ne sommes pas naïfs. Les choses ne feront qu'empirer.Vincent, manifestant hongkongaisà l'AFP

Sans surprise, les quelque 3 000 députés de l'Assemblée nationale populaire de Chine ont adopté la mesure, jeudi 28 mai, à la quasi-unanimité. Ce vote donne mandat au comité permanent de l'Assemblée nationale populaire pour rédiger un projet de loi qui sera incorporé dans la mini-constitution de Hong Kong, contournant ainsi le vote du Conseil législatif local.

En vertu du principe "Un pays, deux systèmes" qui avait présidé à sa rétrocession par Londres en 1997, Hong Kong jouit d'une très large autonomie par rapport au reste de la Chine, dirigée par le PCC. Les Hongkongais bénéficient ainsi de la liberté d'expression, de la liberté de la presse et d'une justice indépendante. Des droits inconnus en Chine continentale. Ce modèle est censé durer jusqu'en 2047, mais nombre de Hongkongais dénoncent depuis des années des ingérences de plus en plus grandes de Pékin. 

Comment réagissent les autorités ?

La police hongkongaise avait averti qu'elle interviendrait contre tout rassemblement illégal, en vertu notamment des restrictions imposées contre l'épidémie de Covid-19 qui interdisent de se réunir en public à plus de huit personnes. Dimanche, alors que le nombre de manifestants enflait dans les quartiers de Causeway Bay et Wanchai, la police de Hong Kong a effectivement eu recours aux gaz lacrymogènes et aux gaz poivrés pour tenter de disperser la foule, avec l'aide de canons à eau, selon des journalistes de l'AFP. Mercredi, les forces de l'ordre ont de nouvau dispersé, par des tirs de gaz poivré, une petite centaine de manifestants pro-démocratie.

"La police est partout", a constaté de son côté Vivien Wong. Certains protestataires ont jeté des projectiles sur les forces de l'ordre, érigé des barricades de fortune et utilisé les parapluies pour se protéger des lacrymogènes. La police a annoncé avoir procédé mercredi à plus de 300 arrestations pour rassemblement illégal.

Des manifestants sont arrêtés par la police dans le quartier de Causeway Bay, à Hong Kong, le 24 mai 2020.
Des manifestants sont arrêtés par la police dans le quartier de Causeway Bay, à Hong Kong, le 24 mai 2020. (ISAAC LAWRENCE / AFP)

La loi sur la sécurité nationale à Hong Kong devra s'appliquer "sans le moindre délai", a averti de son côté le ministre des Affaires étrangères chinois, Wang Yi, dimanche. "Les actes violents et terroristes continuent à monter et des forces étrangères se sont profondément et illégalement ingérées dans les affaires de Hong Kong", a-t-il estimé, dénonçant "une grave menace pour la prospérité à long terme" du territoire chinois.

Pourquoi Washington menace de sanctions économiques?

L'avenir du grand centre financier asiatique suscite aussi l'inquiétude dans le reste du monde, particulièrement aux Etats-Unis, où, sans attendre le vote du Parlement chinois, l'administration Trump a ouvert la voie à des sanctions économiques contre Hong Kong. Les Etats-Unis offrent en effet à l'ex-colonie britannique des avantages en matière d’échanges commerciaux, explique Courrier International. Mais l'administration de Donald Trump pourrait mettre fin à ce statut commercial préférentiel.

Pour l'instant, celui-ci implique notamment l'exemption de visas, le régime de change fixe entre les dollars hongkongais et américain, mais aussi des lois favorables aux entreprises, notamment un système fiscal accommodant et une protection juridique qui n'existerait pas en Chine. La perte de ce statut conféré par Washington compromettrait le rôle du territoire comme carrefour financier et commercial de la région, et pénaliserait ainsi la Chine, rapporte encore Courrier International. Le ministère chinois des Affaires étrangères a d'ailleurs qualifié jeudi cette révocation de "barbare" et "déraisonnable".

Pour l'instant, les Etats-Unis n'ont pas encore mis ces menaces à exécution. Et pour cause, Washington aurait également beaucoup à y perdre : ses échanges commerciaux avec Hong Kong représentaient 66 milliards de dollars en 2018, illustre CNBC (en anglais). L'administration américaine avait par ailleurs demandé mercredi une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU sur Hong Kong, refusée par la Chine.

Cette intervention américaine est une nouvelle illustration du bras de fer engagé entre la Chine et les Etats-Unis depuis ces dernières semaines. L'administration américaine accuse notamment Pékin de ne pas avoir été transparente à propos de l'apparition du nouveau coronavirus fin 2019 à Wuhan et d'être ainsi à l'origine de la pandémie.