Accusations, menaces, théories... La passe d'armes entre la Chine et les Etats-Unis sur le coronavirus en dix actes

Depuis des semaines, l'administration américaine accuse la Chine de ne pas avoir été transparente à propos de l'apparition du nouveau coronavirus fin 2019 à Wuhan et d'être ainsi à l'origine de la pandémie.

Le président chinois Xi Jinping et le président américain Donald Trump.
Le président chinois Xi Jinping et le président américain Donald Trump. (DAN KITWOOD / AFP)

"Clowns menteurs", "virus chinois", "rumeurs abracadabrantes"... Les Etats-Unis et la Chinedéjà à couteaux tirés depuis deux ans en raison de leur conflit commercial, multiplient les invectives, provocations et accusations depuis le début de la pandémie de Covid-19

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Après avoir salué la Chine pour sa gestion de la crise sanitaire, Donald Trump a rapidement accusé Pékin de manquer de transparence et d'avoir contribué à la propagation du virus. En représailles, Xi Jiping et son administration ont brandi la menace d'une "guerre froide". Franceinfo revient sur cinq mois de tensions.

1Donald Trump salue le "bon travail" de la Chine

Un mois après l'apparition d'un nouveau coronavirus en Chine, Donald Trump salue dans un premier temps la gestion de l'épidémie par Pékin. "La Chine travaille très dur pour combattre le coronavirus. Les Etats-Unis apprécient grandement leurs efforts et leur transparence. Tout va bien finir, écrit-il sur Twitter le 25 janvier. Au nom du peuple américain, je veux remercier le président Xi !"

Deux semaines plus tard, le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo indique que son pays est prêt à dépenser 100 millions de dollars pour aider la Chine et les autres pays touchés par le virus. 

Ils travaillent très dur et je pense qu'ils font un travail très professionnel.Donald Trumplors d'une conférence de presse

Le président américain loue "la force et la résilience de la Chine" et assure alors qu'elle "va faire un très bon travail." Les Etats-Unis demandent toutefois à Pékin d'accepter la venue d'experts américains pour identifier l'origine du virus.

2Les Etats-Unis demandent plus de "transparence" à la Chine

Début février, le bilan grimpe à plus de 1 360 morts en Chine. Les Etats-Unis prennent leurs distances par l'intermédiaire de Larry Kudlow, le principal conseiller économique de Donald Trump. "Nous sommes un peu déçus du manque de transparence de la part des Chinois. (...) Est-ce que le bureau politique [l'instance dirigeante du Parti communiste chinois] est vraiment honnête avec nous ?"

Il faut dire que Pékin n'a toujours pas accepté la venue d'une équipe d'experts, malgré le renouvellement de la demande américaine. Et dans le même temps, les autorités sanitaires de la province de Wuhan annoncent à la surprise générale un élargissement dans la comptabilisation des personnes atteintes du Covid-19.

Jusqu'alors, un test de dépistage était indispensable pour déclarer un malade comme un cas "confirmé". Dorénavant, les patients "diagnostiqués cliniquement" sont aussi comptabilisés. A ce moment-là, aux Etats-Unis, cinq cas de contamination sont confirmés.

3Pékin expulse des journalistes américains

La tension augmente brutalement après la publication dans le Wall Street Journal (en anglais) d'un éditorial très critique de la lenteur des autorités chinoises intitulé "La Chine est le véritable homme malade de l'Asie". Pékin dénonce un titre "empreint de discrimination raciale" et demande au journal de présenter ses excuses. En représailles, le gouvernement chinois annonce qu'il va expulser trois journalistes du Wall Street Journal. De son côté, Washington annonce modifier le statut de cinq médias publics chinois implantés aux Etats-Unis et les considère désormais comme des organes "de propagande".

4La Chine accuse l'armée américaine d'avoir importé le virus

Alors que l'OMS estime que la pandémie a démarré dans un marché d'animaux à Wuhan, un porte-parole de la diplomatie chinoise évoque, sans éléments concrets, l'hypothèse que l'armée américaine ait pu introduire le virus dans son pays. Il s'appuie sur une audition d'un responsable de la Santé américain le 12 mars dans laquelle il reconnaît qu'en raison d'un nombre insuffisant de dépistages, certaines victimes du Covid-19 n'ont pas pu être identifiées et que leur mort a pu être attribuée à la grippe saisonnière, relate Le Parisien

Le porte-parole du ministère des Affaires chinois en conclut que des contaminations ont pu avoir lieu aux Etats-Unis avant la Chine. "De quand date le patient zéro aux Etats-Unis ? Combien de personnes ont été infectées ? (…) Les Etats-Unis nous doivent une explication", écrit ce responsable sur Twitter. Selon lui, les Etats-Unis ont pu importer le virus en Chine via leurs militaires, lors des Jeux mondiaux militaires d'octobre 2019 à Wuhan, précise Libération. Washington dénonce des "rumeurs abracadabrantes".

5Donald Trump parle d'un "virus chinois"

La relation s'envenime à nouveau à la mi-mars lorsque Donald Trump revendique haut et fort la formule de "virus chinois". "Il est venu de Chine. Je pense que c'est une formule très exacte", martèle-t-il. "Je n'ai pas apprécié le fait que la Chine dise que notre armée leur avait transmis le virus. Notre armée n'a rien transmis à personne !" tonne Donald Trump.  Entre le 16 et le 30 mars, le président américain utilise ainsi l'expression "virus chinois" plus de 20 fois, selon The Conversation.

La formule fait bondir Pékin. "Nous sommes fortement indignés", réagit un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, y voyant une "stigmatisation" de son pays. L'agence de presse officielle Chine nouvelle dénonce l'utilisation d'expressions "racistes et xénophobes pour rejeter la responsabilité de l'épidémie sur d'autres pays".

6Xi Jinping téléphone à Donald Trump

La pandémie continue de progresser dans le monde. Face à la situation, le président chinois Xi Jinping fait un pas en avant et appelle les deux pays à "s'unir contre l'épidémie""La Chine est disposée à poursuivre son partage sans réserves d'informations et d'expériences avec les Etats-Unis", assure-t-il le 27 mars lors d'une conversation téléphonique avec Donald Trump.

Le président américain répond sur le même ton : "Je viens d'avoir une très bonne conversation avec le président chinois Xi", écrit-il sur Twitter. "Avons discuté en détail du coronavirus qui ravage de grandes parties de notre planète. La Chine a beaucoup souffert et a acquis une solide connaissance du virus. Nous travaillons en étroite collaboration. Beaucoup de respect."

7Donald Trump affirme que le virus a été créé à Wuhan

L'accalmie est de courte durée. Alors que les Etats-Unis enregistrent mi-avril plus de 35 000 morts du coronavirus, Donald Trump accuse à nouveau la Chine d'être "sciemment responsable" de l'épidémie et la menace de devoir faire face à des "conséquences". Il indique que son administration mène une enquête pour déterminer l'origine du virus.

Nous allons savoir. Vous allez savoir dans un avenir assez proche. Une chose terrible s'est produite – peut-être qu'ils ont fait une erreur (...) ou est-ce que quelqu'un a fait quelque chose volontairement ?Donald Trumplors d'un point-presse

Devant des journalistes, et sans apporter de preuves, il soutient la théorie selon laquelle le virus émane de l'Institut de virologie chinois à Wuhan"Je ne peux pas vous en parler. Je ne suis pas autorisé à vous en parler", dit-il. Le laboratoire concerné dément pourtant être à l'origine du virus. L'OMS rappelle que, selon tous les éléments disponibles, le Sars-CoV-2 est d'origine animale et qu'il ne s'agit pas d'une manipulation de laboratoire.

8Les Etats-Unis apportent leur soutien à Taïwan

Nouveau bras de fer début mai lorsque les Etats-Unis appellent le directeur général de l'OMS à "inviter Taïwan" – exclue de l'OMS en 2016 lors de l'arrivée au pouvoir de l'indépendantiste Tsai Ing-wen – à son assemblée annuelle les 18 et 19 mai, malgré l'opposition de la Chine. Dans la foulée, la mission américaine auprès de l'ONU publie une série de messages soulignant que "la réponse de Taïwan à la pandémie avait été un modèle pour le monde". La Chine dénonce alors une "violation sérieuse" de la "souveraineté et de l'intégrité territoriale de la Chine" et estime que le soutien américain "interfère gravement dans les affaires internes de la Chine" et rappelle que "Taïwan est une partie inaliénable de la Chine".

9Washington répète que le virus vient d'un laboratoire

Dans une interview à ABC News (en anglais), le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo affirme une nouvelle fois que le virus provient de l'Institut de virologie de Wuhan. L'ancien conseiller de Donald Trump, Steve Bannon, estime également que la Chine a commis un "Tchernobyl biologique" contre les Etats-Unis. Face à ces nouvelles accusations, Le Quotidien du peuple, organe officiel du Parti communiste chinois, les qualifient de "clowns menteurs" et qualifie Steve Bannon de "fossile vivant de la Guerre froide".

Un haut responsable de la Maison Blanche compare aussi la gestion de l'épidémie par la Chine à celle de la dissimulation par l'ex-URSS de l'explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl en 1986. "Nous verrons une émission spéciale de HBO à ce sujet dans dix ou quinze ans", affirme-t-il, en référence la série Tchernobyl sortie en 2019.

Ces soupçons sont de la "pure fabrication", rétorque la directrice de l'établissement à la télévision publique CGTN. "Comme tout le monde, nous ne savions même pas que le virus existait. Donc comment aurait-il pu s'échapper de notre laboratoire ?"

10Pékin menace les Etats-Unis d'une Guerre froide

Face à ces critiques répétées, la Chine déclare le 24 mai être "au bord d'une nouvelle Guerre froide" avec les Etats-Unis et prévient qu'elle est bien décidée à "répliquer" à ses détracteurs. "Outre la dévastation causée par le nouveau coronavirus, un virus politique se propage aux Etats-Unis", assène devant la presse le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi.

Nous riposterons à chaque insulte.Wang Yilors d'une conférence de presse

Dans une pique à peine voilée, il appelle les Etats-Unis à "cesser de perdre du temps et de gaspiller des vies précieuses", au moment où le pays s'apprête à franchir la barre des 100 000 morts.