Zimbabwe : la mort de Robert Mugabe vue par la presse anglophone en Afrique et ailleurs

La disparition de l'ancien dictateur, annoncée le 6 septembre 2019, fait évidemment la une de la presse au Zimbabwe, mais aussi de la presse mondiale, notamment dans les pays de langue anglaise.

Robert Mugabe, alors président du Zimbabwe, entouré de militaires, à Harare le 27 juin 2007.
Robert Mugabe, alors président du Zimbabwe, entouré de militaires, à Harare le 27 juin 2007. (DESMOND KWANDE / AFP)

Au Zimbabwe

La presse en ligne zimbabwéenne, qui n'a apparemment pas toujours eu le temps de couvrir l'événement, cite souvent les propos d'Emmerson Mnangagwa, successeur de Robert Mugabe, qui a officiellement annoncé le décès de son prédécesseur. "Le commandant Mugabe était une icône de la libération, un panafricain qui a dédié sa vie à l'émancipation (...) de son peuple. Sa contribution à l'histoire de notre nation et de notre continent ne sera jamais oubliée. Que son âme repose en paix", a-t-il ajouté.

Le Herald publie un long article du président Mnangagwa, déjà publié dans un autre journal le 23 février 2015, et intitulé Le Robert Mugabe que je connaissais. Les deux hommes se côtoyaient depuis 47 ans et avaient mené ensemble la lutte pour l'indépendance. 

The Insider, qui évoque un "ancien et fougueux leader de guérilla", revient sur un tweet du leader de l'opposition, Nelson Chamisa.

("La vie est trop courte pour la gaspiller dans des combats qui n'en valent pas la peine, dans des rivalités et des querelles !")

"Chamisa fait une déclaration choquante en faisant l'hommage posthume de Mugabe"
, titre le journal. "Difficile de dire s'il faisait référence aux combats et aux querelles au niveau national ou à l'intérieur de son propre parti", le Mouvement national pour le changement démocratique, souligne The Insider. Selon qui l'opposant aurait cependant "choqué la plupart de ceux qui le suivent sur Twitter". La même source précise que Nelson Chamisa aurait "jusque là refusé de parler avec le président Emmerson Mnangagwa". Source qui ajoute que le message a été tweeté "peu de temps avant que ne tombe la nouvelle de la mort" de Robert Mugabe à Singapour. A se demander si l'affaire n'est pas un pétard mouillé et si le journal, visiblement favorable au régime en place, ne trouve pas le moindre prétexte pour salir le chef de l'opposition zimbabwéenne... Laquelle opposition a toujours été persécutée. 

Robert Mugabe embrasse Grace, son épouse, lors des célébrations du 33e anniversaire de l\'indépendance du pays à Harare le 18 avril 2013.
Robert Mugabe embrasse Grace, son épouse, lors des célébrations du 33e anniversaire de l'indépendance du pays à Harare le 18 avril 2013. (TSVANGIRAYI MUKWAZHI/AP/SIPA / AP)
Pour le reste, un site comme le New Zimbabwe se contente d'une photo et de quelques éléments sur la vie du défunt. Notamment qu'il "a gouverné le Zimbabwe d'une main de fer pendant presque 40 ans avant d'être renversé sans violence par un coup d'Etat militaire en novembre 2017"

En Afrique du Sud

En Afrique du Sud, les chauffeurs routiers étrangers, "Zimbabwéens, Congolais ou Zambiens sont persécutés sur les routes, car accusés de voler le travail des locaux", comme le rappelle RFI. Résultat : on compterait 200 morts depuis un an suite à ces attaques xénophobes contre ces malheureux conducteurs. Les relations ne sont donc pas au beau fixe entre Pretoria et les autorités de ces Etats. Le Mail&Guardian ne se prive pas de rappeler qu'au Zimbabwe, "la police tape sur les manifestants, alors que l'économie traverse une mauvaise passe".

En ce 6 septembre, le journal évoque bien évidemment aussi en une le décès de Robert Mugabe avec ce titre : Robert Gabriel Mugabe, 1924-2019 : une tragédie en trois actes. Chez l'ancien président, "tout n'était pas mauvais. La plupart du temps, c'était mauvais. Et les livres d'histoire, qu'il aimait lire le jugeront durement", écrit le Mail&Guardian. "Il fut, depuis ses débuts, une énigme : un mélange de contradictions qui l'ont fait avancer plutôt que l'abattre. C'était un anglophile qui haïssait la Grande-Bretagne ; un combattant de la liberté qui a refusé de donner les droits fondamentaux à son peuple ; le visionnaire panafricain devenu l'archétype du dictateur africain ; l'enseignant qui refusait d'apprendre de ses erreurs. Il était charmant et cruel. Il fut aimé, puis détesté."

L\'ancien président zimbabwéen Robert Mugabe lors d\'une conférence de presse à sa résidence privée à Harare le 29 juillet 2018, après son départ du pouvoir
L'ancien président zimbabwéen Robert Mugabe lors d'une conférence de presse à sa résidence privée à Harare le 29 juillet 2018, après son départ du pouvoir (REUTERS - SIPHIWE SIBEKO / X90069)
De son côté, le site timeslive publie une longue "bio" de l'ancien président. Et de citer un biographe, Martin Meredith, pour qui "sa vraie obsession n'était pas l'enrichissement personnel, mais le pouvoir". "Année après année, Mugabe a conservé son pouvoir par la violence et la répression", poursuit-il.

En Zambie

En Zambie, pays qui s'est débarrassé d'une dictature, un journal comme le Lusaka Times publie le communiqué du président Edgar Lungu réagissant au décès de Robert Mugabe. Celui-ci rend hommage au "père fondateur" du pays, "révolutionnaire intrépide (et) déterminé (...), qui a libéré son peuple de la colonisation idéologique". "La marque du pouvoir du camarade Mugabe fut (...) sa passion pour l'éducation, (...) moyen qui a permis à son peuple d'acquérir sa liberté". Pour autant, "le système scolaire au Zimbabwe, réputé comme l'un des meilleurs en Afrique il y a encore dix ans, est aujourd'hui à l'image du pays, en ruines", notait l'AFP en 2009.

"On a loué l'ancien président pour avoir élargi l'accès à la santé et à l'éducation pour la majorité noire, note de son côté le Lusaka Times. Mais ses dernières années ont été marquées par une violente répression contre ses opposants politiques et la ruine de l'économie zimbabwéenne." 

Au Royaume-Uni 

Le Zimbabwe, qui s'appelait initialement Rhodésie, a été colonisé par Londres et n'est devenu indépendant qu'en 1980.

Pour le Guardian (centre gauche), les dernières années au pouvoir de l'ancien dirigeant anticolonialiste "se caractérisent par une faillite financière, l'intimidation violente (des opposants) et une vicieuse lutte de pouvoir". Un article du correspondant du quotidien à Washington, David Smith, décrit comment "le despote intellectuel zimbabwéen (...) est devenu l'ange déchu de l'Afrique". "Ce personnage complexe, qui poursuivait impitoyablement les buts qu'il s'était fixés, laisse un héritage mitigé : un leader de l'indépendance qui a construit son pays, puis a contribué à le détruire", ajoute le journaliste.

De son côté, le Telegraph (conservateur) évoque "le tyran du Zimbabwe qui a présidé à la spoliation du pays autrefois présenté comme le 'joyau de l'Afrique'". Curieusement, le quotidien, qui a longtemps compté l'actuel Premier ministre britannique Boris Johnson parmi ses éditorialistes, estime que "la mort de Robert Mugabe soulève des questions embarrassantes sur l'échec du Vatican à faire face aux dictateurs"...

L\'ancien président Robert Mugabe sort d\'un bureau de vote à Harare lors des élections générales, le 30 juillet 2018. 
L'ancien président Robert Mugabe sort d'un bureau de vote à Harare lors des élections générales, le 30 juillet 2018.  (SIPHIWE SIBEKO / X90069)

Aux Etats-Unis

Washington entretenait de mauvaises relations avec le Zimbabwe et avait édicté une série de sanctions contre le régime Mugabe. 

Comme son confrère sud-africain Mail&Guardian, le New York Times note que Robert Mugabe est resté un personnage "impénétrable, certains diraient même paradoxal". "Lointain, calculateur, ascétique et cérébral, soi-disant révolutionnaire, inspiré par ce qu'il appelait 'la pensée marxiste-léniste-Mao Tsé Toung', il se donnait des airs d'érudit, hautain avec ses lunettes, vestige de ses premières années quand il était instituteur. Pour autant, sa soif de pouvoir était inextinguible."