L’Afrique du Sud de nouveau secouée par des troubles xénophobes

Depuis des jours, les troubles se multiplient dans le pays. Des pillages, ciblant des magasins tenus par des étrangers, ont lieu dans les grandes villes.

Le 2 septembre 2019, des émeutes ont éclaté à Turffontein, dans la banlieue de Johannesburg, en Afrique du Sud.
Le 2 septembre 2019, des émeutes ont éclaté à Turffontein, dans la banlieue de Johannesburg, en Afrique du Sud. (MICHELE SPATARI / AFP)

Au moins 70 personnes ont été arrêtées le 2 septembre 2019 dans le centre de Johannesburg, suite à des actes de pillage de magasins et à des incendies de bâtiments et de voitures. La veille, un vieux bâtiment du Central Business District avait pris feu, provoquant la mort d’au moins trois personnes.

D’autres arrestations ont eu lieu dans le township d’Alexandra, toujours à Johannesburg. C’est ici que se sont concentrées des scènes de pillages dans la nuit du 2 au 3 septembre.

Les incidents ont également touché la capitale Pretoria. Des boutiques ont été incendiées dans le quartier de Marabastad, où habitent de nombreux immigrants. Pour l’heure, la police poursuit son enquête et se refuse à qualifier les faits.

Pour le ministre de la Police, Bheki Cele, ces violences relevent davantage de la "criminalité" que de la "xénophobie". "La xénophobie sert d'excuse", a-t-il jugé après une tournée des quartiers affectés, rapporte l’AFP.

Tout le monde ne partage pas ce point de vue, à commencer par le ministre nigérian des Affaires étrangères, Geoffrey Onyeama. Selon lui, ces scènes de pillages sont dirigées contre des ressortissants nigerians, très nombreux en Afrique du Sud. Et le ministre accuse la police de ne pas faire grand-chose pour les protéger.

Le sentiment xénophobe est aussi attisé par les chauffeurs routiers. En grève, ils dénoncent l’emploi massif de conducteurs étrangers, moins bien payés, tandis qu’eux sont au chômage.


"Le peuple sud-africain a faim mais il reste à la maison, alors que des entreprises du pays préfèrent employer des étrangers payés moins cher", a déploré le 2 septembre auprès de l'AFP la représentante d'un syndicat de routiers, Sipho Zungu. Depuis plus d’un an, la colère gronde, mais un pallier a été franchi ces derniers temps. Plusieurs camions ont été incendiés dans l’Etat du Kwazulu-Natal (est) et la police a arrêté 20 personnes.

Le 1er septembre, les routiers ont entrepris une grève nationale. Des routes sont bloquées, notamment autour du Cap. Plus grave, plusieurs chauffeurs étrangers ont été agressés ces derniers mois. Selon l’ONG Human Rights Watch, des dizaines ont trouvé la mort.