Maghreb : une opération séduction express de Sergueï Lavrov en faveur de la Syrie et la Libye

Le chef de la diplomatie russe a effectué une rapide tournée de charme en Algérie, au Maroc et en Tunisie. Son objectif : plaider pour une réintégration de la Syrie à la Ligue arabe et reprendre un peu la main sur le dossier libyen.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergei Lavrov achève sa tournée maghrébine de trois jours à Tunis par une conférence de presse, le 26 janvier 2019.
Le ministre russe des Affaires étrangères Sergei Lavrov achève sa tournée maghrébine de trois jours à Tunis par une conférence de presse, le 26 janvier 2019. (FETHI BELAID / AFP)

Sous couvert de resserrage des liens économiques avec les pays du Maghreb, Sergueï Lavrov a effectué du 23 au 26 janvier 2019 un voyage express à Alger, Rabat et Tunis. Un ordre "protocolaire" habilement établi en fonction de l’importance accordée aux relations déjà existantes, mais le message était chaque fois le même dans les trois capitales, selon Sputnikla très officielle agence russe.

La Syrie mérite de retrouver sa place à la Ligue arabe

Citant une source diplomatique maghrébine, Sputnik rapporte que "deux questions principales… ont constitué le moteur de sa visite. Il s’agit du retour de la Syrie au sein de la Ligue arabe et ensuite de la résolution de la crise libyenne sans ingérence."

La Syrie dévastée par une guerre de sept ans qui a fait plus de 500 000 morts, avait été suspendue de l’organisation panarabe en novembre 2011 en raison de la répression féroce menée par Bachar al-Assad contre une opposition au départ pacifique. "C’est un pays arabe soutenu par une large partie de la population et qui mérite de retrouver sa place dans la Ligue arabe", aurait plaidé le ministre russe en comité restreint auprès des responsables maghrébins, accréditant l’idée que la guerre est désormais derrière.

Un plaidoyer de pure formalité auprès de l’Algérie qui, selon Algérie patriotique, travaille déjà à une proposition de réintégration de la Syrie lors du 30e sommet arabe prévu en mars prochain à Tunis.

Le Maroc a de son côté amorcé le virage pour une réouverture des ambassades marocaine et syrienne. Dans un entretien avec la chaîne qatarie Al-Jazeera du 24 janvier 2019, le chef de la diplomatie marocaine Nasser Bourita a constaté "un changement de la situation sur le terrain, qu’il convient désormais de prendre en considération", a-t-il dit.

La Tunisie enfin, qui a répondu séance tenante à l’appel. "La Syrie est un Etat arabe important(…) et sa place naturelle est dans le giron arabe", a déclaré Khemaies Jhinaoui, le ministre tunisien des Affaires étrangères lors de sa conférence de presse avec Sergueï Lavrov. Tout comme son homologue marocain, il s’en remet désormais à une coordination de la décision avec la Ligue arabe.

La Libye soumise au "forcing occidental"

A propos de la Libye, deuxième volet de sa mission, le ministre russe s’est contenté d'indiquer les grandes lignes de la philosophie de Moscou sur le dossier. "Sergueï Lavrov a poussé pour que les différentes parties libyennes s'assoient à une même table pour résoudre leurs problèmes sans 'forcing occidental'. Dans ses entretiens avec les dirigeants maghrébins, il a particulièrement fustigé les forcings français et italien", écrit Sputnik.

En réponse au bon accueil de ses hôtes, Sergueï Lavrov n'est pas venu la besace vide. Il s’est félicité que les échanges entre la Russie et l’Algérie aient "dépassé les 4,5 milliards de dollars" et s’est engagé à "porter ce chiffre" à la hausse. Selon la publication algérienne en ligne TSA, il s’est également engagé à examiner les moyens d’assouplir le régime des visas. Un accord signé en février 2018 permettant aux détenteurs de passeports diplomatiques algériens de se rendre en Russie sans visa devrait d’ailleurs entrer en vigueur le mois prochain.

Au Maroc, sans démentir son soutien à la position algérienne sur le Sahara occidental, Sergueï Lavrov a prôné une "solution consensuelle", mais lâché une petite phrase qui ne pouvait que convenir au royaume. "Il n’y a pas de comparaison entre la question palestinienne et le conflit du Sahara", a-t-il déclaré lors de la conférence de presse conjointe avec son homologue marocain, Nasser Bourita, ajoutant "le seul dénominateur commun entre les deux questions est qu’elles n’ont que trop duré".

A l'attention de la Tunisie enfin, Lavrov a indiqué que Moscou avait proposé à Tunis de signer un programme de coopération économico-commerciale et technico-scientifique pour la période allant de 2019 à 2021. "Le premier ministre tunisien a promis de le faire", s’est félicité le ministre russe, selon Sputnik.