La tension entre la France et l’Italie monte d’un cran sur la Libye

Après les propos du vice-président du Conseil italien accusant la France d’appauvrir l’Afrique et de contribuer au départ des migrants, Paris a convoqué l'ambassadrice d'Italie en France et le ministre de l'Intérieur Salvini a fait de la surenchère. Il a estimé que la France "n’a pas intérêt à la stabilité en Libye".

Le ministre italien de l\'Intérieur Matteo Salvini (D), le président du Conseil Giuseppe Conte (C) et le ministre du Développement économique (G), présentent le nouveau droit économique à la suite d\'une réunion du cabinet au palais de Chigi, à Rome, le 17 janvier 2019.
Le ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini (D), le président du Conseil Giuseppe Conte (C) et le ministre du Développement économique (G), présentent le nouveau droit économique à la suite d'une réunion du cabinet au palais de Chigi, à Rome, le 17 janvier 2019. (CHRISTIAN MINELLI / NURPHOTO)

Tendues depuis l’arrivée au pouvoir en Italie de la coalition de la Ligue du Nord (extrême droite) et du Mouvement 5 étoiles (populiste), les relations entre Rome et Paris ont brusquement pris l'allure d’une crise ouverte sur le dossier libyen.

Une nouvelle provocation de Matteo Salvini

"En Libye, la France n'a pas intérêt à stabiliser la situation, probablement parce qu'elle a des intérêts qui sont contraires à ceux de l'Italie", a déclaré le 22 janvier 2019 Matteo Salvini à la chaîne de télévision Canale 5. Une nouvelle provocation de celui qui est également vice-président du Conseil italien. Il y a deux jours encore, tout en affichant son soutien au mouvement des gilets jaunes réclamant la démission d’Emmanuel Macron, il se disait prêt à venir à Paris rencontrer le président français, afin d'obtenir l’extradition d’activistes d’extrême gauche réfugiés en France, depuis les années 80.

Cette nouvelle déclaration de Salvini, sur la politique française en Libye, intervient au lendemain de celle de son alter ego, Luigi Di Maio, accusant la France de poursuivre sa colonisation du continent et d’aggraver la crise migratoire. "Il y a des dizaines de pays africains où la France imprime une monnaie, le franc des colonies, et avec cette monnaie, elle finance la dette publique française", a lancé celui qui détient aussi le portefeuille du Développement économique.

Di Maio demande à l'UE de sanctionner la France

"Si la France n’avait pas les colonies africaines, parce que c’est ainsi qu’il faut les appeler, elle serait la 15e puissance économique mondiale, alors qu’elle est parmi les premières grâce à ce qu’elle est en train de faire en Afrique", a-t-il ajouté. Luigi Di Maio s’est même tourné vers l’Union européenne qui "devrait sanctionner la France et tous les pays qui comme elle appauvrissent l’Afrique et font partir ces personnes, parce que la place des Africains est en Afrique, pas au fond de la méditerranée", a-t-il dit.

Une charge que la diplomatie française, jusque là désireuse de ne pas envenimer les relations, n’a pas laissé passer. L’ambassadrice d’Italie en France a été convoquée le 21 janvier 2019 au Quai d’Orsay. "Le directeur de cabinet de la ministre chargée des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, a convoqué l'ambassadrice d'Italie (Teresa Castaldo) à la suite des propos inacceptables et sans objet tenus par des autorités italiennes hier", a-t-on indiqué au cabinet de la ministre.

Salvini veut éviter de se faire voler la vedette

L’Elysée n’a pas souhaité faire de commentaire sur les propos de Matteo Salvini. Mais de source diplomatique française, citée par l’AFP, on juge que ces déclarations sont absolument fausses et sans fondement. La France s'emploie au contraire à stabiliser la Libye, empêcher la propagation du terrorisme et endiguer les flux migratoires, a-t-on souligné.

De même source, on note au passage que ce n'est pas la première fois que le ministre de l’Intérieur italien tient de tels propos et qu'il a sans doute voulu ainsi éviter de se faire voler la vedette par Luigi Di Maio.