Soudan du Sud : des centaines de civils tués dans des affrontements communautaires

Des combats entre les populations Nuer et Murle ont éclaté le 16 mai 2020 dans l’Etat de Jonglei, faisant des centaines de morts et de blessés, et des milliers de déplacés. Trois travailleurs humanitaires ont aussi été tués.

Une femme et ses enfants, membres de l\'ethnie Murle dans un camp de réfugiés de la ville de Pibor, dans la province du Jonglei au Soudan du Sud, le 18 juillet 2013
Une femme et ses enfants, membres de l'ethnie Murle dans un camp de réfugiés de la ville de Pibor, dans la province du Jonglei au Soudan du Sud, le 18 juillet 2013 (ANDREEA CAMPEANU/ REUTERS)

Maisons détruites, femmes enlevées, bétail volé et hangars d’ONG pillés... Des violences ethniques entre Nuer et Murle, qui ont eu lieu autour de la ville de Pieri dans l’État de Jonglei au Soudan du Sud, ont fait des milliers de déplacés, a déclaré le 21 mai 2020 le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Trois humanitaires, dont un travaillant pour Médecins Sans Frontières, ont été tués. Pour sa part, Moses Majok Gatluak, un membre de la communauté Nuer, a déclaré à l'AFP que 211 personnes avaient été tuées et 300 autres blessées, sans que ce bilan puisse être vérifié de manière indépendante.

Des membres des ethnies Nuer et Murle se battent depuis février dans l'État du Jonglei pour l'accès au bétail ou à la nourriture. Ils ont laissé dans leur sillage des villes détruites et un nombre inconnu de morts et de blessés.

Soudan du Sud : un Etat qui n'en est pas un

Le représentant de l’ONU au Soudan du Sud fait le lien entre ces conflits et les gouverneurs qui n’ont toujours pas été nommés par le pouvoir. Un gouverneur "est un personnage qui unit les tribus. Il a l’autorité pour réconcilier et agir quand certains résistent ", explique David Shearer à RFI. Ce dernier relie aussi ces combats aux inondations récentes qui ont entraîné de lourdes pertes économiques.

Par ailleurs, en février, après des mois de négociations, le président Salva Kiir et son rival Riek Machar, redevenu vice-président, ont accepté de former un gouvernement d'union nationale, afin d'en finir avec une guerre civile qui a débuté en 2013 après l'indépendance du pays. Le conflit a fait, en six ans, plus de 380 000 morts et provoqué l'une des pires crises de réfugiés en Afrique. Mais depuis cette "réconciliation", les deux leaders se chamaillent sur les décisions à prendre. Leur rivalité tenace contribue à entretenir la guerre civile, aux dires des observateurs.

Le Covid-19 complique le travail des humanitaires 

Le CICR a averti que les restrictions liées au Covid-19 rendent plus difficiles l'évacuation des blessés de la guerre civile et la fourniture de soins chirurgicaux.

"Si nous constatons le même niveau de violence que nous avons vu en 2019, nous pouvons nous attendre à une plus grande perte de vies humaines et à des souffrances plus profondes, car le Covid-19 entrave notre capacité de réagir", a déclaré le chef de la délégation du CICR au Soudan du Sud, James Reynolds.