Soudan du Sud : espoirs de paix dans ce jeune pays ravagé par six années de guerre civile

Le président sud-soudanais Salva Kiir et le chef rebelle Riek Machar se sont mis d'accord pour former un gouvernement d'union nationale.

Le président du Sud-Soudan Salva Kiir (à gauche) et le leader de l\'opposition Riek Machar ont formé un gouvernement d\'union nationale après six années de guerre civile. Photo prise à Juba le 17 décembre 2019.
Le président du Sud-Soudan Salva Kiir (à gauche) et le leader de l'opposition Riek Machar ont formé un gouvernement d'union nationale après six années de guerre civile. Photo prise à Juba le 17 décembre 2019. (MAJAK KUANY / AFP)

En prêtant serment le 22 février 2020, le dirigeant rebelle du Soudan du Sud, Riek Machar, est redevenu à Juba premier vice-président, conformément à un accord de paix conclu en 2018. Ce qui relance les espoirs de paix dans ce jeune pays ravagé par la guerre depuis six ans. "Je veux vous assurer que, pour le peuple du Soudan du Sud, nous allons travailler ensemble pour mettre fin à sa souffrance", a déclaré M. Machar devant un parterre de diplomates.

"La formation de ce gouvernement nous donne espoir d'un nouvel élan vers la fin de la souffrance du peuple et une voie vers une paix durable", a affirmé le dirigeant rebelle. Il a donné l'accolade et serré la main de son rival de toujours, le président Salva Kiir, avec qui il va tenter de gouverner pour la troisième fois depuis l'indépendance du Soudan du Sud en 2011.

Une étape importante pour espérer mettre fin à six années de guerre civile et à une dramatique crise humanitaire. Sous pression internationale, le président Salva Kiir a confirmé que les deux frères ennemis s'étaient entendus pour de nouveau gouverner ensemble. M. Machar a déjà été vice-président par deux fois entre 2011 et 2013, puis brièvement en 2016.

La création d'une armée nationale unifiée et la proposition de M. Kiir de revenir à un système fédéral de 10 États, au lieu de 32, plus trois "zones administratives" (Ruweng, Pibor et Abyei), a contribué à débloquer la situation. M. Machar a d'abord rejeté cette concession du président, en contestant le statut proposé de Ruweng, une région essentielle pour la production de pétrole. Pour autant, cela n'a pas empêché l'accord sur le gouvernement. Les deux hommes "continueront à résoudre le problème" une fois le gouvernement formé, a précisé le 21 février à l'AFP Manawa Peter Gatkuoth, l'un des porte-parole de M. Machar.

Le président Kiir a appelé les quelque 190 000 personnes qui vivent toujours dans des camps placés sous protection de l'ONU dans tout le pays à rentrer chez elles, car une "nouvelle ère de paix est arrivée".

Une guerre civile fratricide

En décembre 2013, M. Kiir, de l'ethnie dinka, avait accusé M.Machar, membre de l'ethnie nuer, d'avoir fomenté un coup d'État à contre lui. Une accusation à l'origine du déclenchement de la guerre civile. En juillet 2016, une autre expérience de gouvernement d'union avait brusquement pris fin quand de violents combats avaient opposé leurs troupes à Juba, la capitale du jeune pays, indépendant depuis 2011.

La formation d'un gouvernement d'union nationale, annoncé le 22 février, était le point clé de l'accord de paix signé en 2018. Les deux précédentes tentatives pour former ce gouvernement n'avaient pas été respectées, des désaccords persistant sur la création d'une armée nationale unifiée, le nombre d'États régionaux et les garanties portant sur la sécurité de M. Machar.

Un pays à genoux mais riche en pétrole

Le conflit, marqué par des atrocités à caractère ethnique, dont des meurtres et des viols, a fait en six ans plus de 380 000 morts et provoqué une grave crise humanitaire. L'annonce de ce gouvernement d'union nationale fait suite à des mois de pression internationale, en particulier de Washington, qui s'est félicité le 20 février de "l'engagement fort pris par le Dr Machar".

Des experts ont mis en garde contre la formation d'un gouvernement d'union nationale sans que les problèmes en suspens aient été aplanis, estimant que cela mènerait une fois de plus au désastre.

Des soldats gouvernementaux et rebelles démobilisés (qui se sont longuement combattus) ont été rassemblés dans des casernes de fortune pour ébaucher une armée nationale censée compter à terme 83 000 hommes. Mais les dizaines de millions de dollars, requis pour leur installation et leur entraînement, n'ont pas été déboursés par le gouvernement. Des milliers de militaires sont donc cantonnés sans approvisionnement suffisant en eau et en nourriture.

Des élites prédatrices

Un rapport d'une commission des droits de l'Homme de l'ONU a mis en garde contre les défis qui attendent encore le pays, malgré la formation de ce nouveau gouvernement. Cette commission a étudié les violations des droits humains commises entre la date de la signature de l'accord de paix et décembre 2019. Elle a incriminé "des élites prédatrices et qui ne rendent aucun compte", accusant gouvernement et rebelles d'avoir "délibérément affamé" les habitants du pays.

Trois agences onusiennes et Juba ont parallèlement annoncé le 20 février que, malgré la légère baisse du nombre de personnes touchées par l'insécurité alimentaire, 6,5 millions de Sud-Soudanais, soit plus de la moitié de la population, pourraient se retrouver en situation de crise alimentaire aiguë d'ici la mi-2020. 

Les Etats-Unis donnent environ un milliard de dollars par an à Juba, essentiellement en aide humanitaire. "La communauté internationale fournit de la nourriture, des médicaments et tous les biens de première nécessité dont la responsabilité revient normalement aux gouvernements. En gros, ils ne font rien", avait dénoncé Tibor Nagy, chargé de l'Afrique au département d'Etat américain.