Erythrée : l’ONU lève ses sanctions, après l’accord de paix avec l’Ethiopie

Le Conseil de sécurité de l'ONU a voté le 14 novembre 2018 la levée des sanctions contre l'Erythrée, après un accord de paix historique avec l'Ethiopie et un réchauffement de ses relations avec Djibouti. Une mesure qui laisse augurer de changements positifs dans la Corne de l'Afrique.

Le président érythréen Isaias Afwerki (G), le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed (C) et le président somalien Mohamed Abdullahi Mohamed (D) coupent ensemble le ruban lors de l\'inauguration de l\'hôpital Tibebe Ghion à Bahir Dar, dans le nord de l\'Ethiopie, le 10 novembre 2018. 
Le président érythréen Isaias Afwerki (G), le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed (C) et le président somalien Mohamed Abdullahi Mohamed (D) coupent ensemble le ruban lors de l'inauguration de l'hôpital Tibebe Ghion à Bahir Dar, dans le nord de l'Ethiopie, le 10 novembre 2018.  (EDUARDO SOTERAS/AFP)
Les diplomates avaient indiqué s'attendre à ce que soit adoptée à l'unanimité le projet de résolution britannique appelant à lever l'embargo sur les armes, les interdictions de voyage, les gels d'avoirs et autres sanctions visant l'Erythrée. C'est désormais une réalité.

Pas de preuves du soutien de l'Erythrée aux shebab
Ce pays de l'est de l'Afrique était en effet depuis 2009 sous le coup de sanctions du Conseil de sécurité pour son soutien présumé aux djihadistes en Somalie. Une accusation que le gouvernement érythréen a toujours niée.
 
Le texte de la résolution reconnaît que les observateurs de l'ONU «n'ont pas trouvé de preuves formelles que l'Erythrée soutienne les shebab» somaliens.
 
L'Erythrée a signé avec l'Ethiopie, le 9 juillet 2018, un accord de paix qui a mis fin à deux décennies d'hostilités et conduit à un apaisement de ses relations avec Djibouti.
 
A la demande de Paris, un rapport sera présenté tous les six mois au Conseil de sécurité sur les efforts consentis par l'Erythrée pour se rapprocher de Djibouti, où la France, les Etats-Unis et la Chine disposent de bases militaires.
 
L'ambassadeur éthiopien à l'ONU Taye Atske Selassie a réagi favorablement à ce vote. Il estime que la levée des sanctions va «ouvrir de nombreuses possibilités à l'Erythrée», attirer les investisseurs étrangers et replacer le pays dans le concert international.

Des sanctions «injustifiées» selon Asmara 
«La décision nous donnera un élan pour nous pencher sur ce que l'avenir peut offrir aux gens de la région, tout en nous envoyant un message afin que nous œuvrions à régler les problèmes et défis actuels», a confié à l'AFP le diplomate éthiopien.
 
Le ministre des Affaires étrangères de l'Erythrée, Osman Mohammed Saleh, avait demandé en septembre, à la tribune de l'Assemblée générale annuelle de l'ONU, la levée de sanctions «injustifiées» qui «ont provoqué des dommages considérables à l'économie du pays et à sa population».
 
Ancienne province de l'Ethiopie, l'Erythrée a déclaré son indépendance en 1993 après avoir chassé les troupes éthiopiennes de son territoire deux ans plus tôt.
 
Les deux pays se sont livré entre 1998 et 2000 une guerre qui a fait quelque 80.000 morts, en raison notamment d'un conflit frontalier.
 
Les relations sont ensuite restées particulièrement tendues, l'Ethiopie refusant de céder un territoire disputé malgré le jugement d'une commission indépendante internationale soutenue par l'ONU en 2002, favorable à l'Erythrée.