Pour survivre, les populations pauvres du Malawi font la chasse aux souris

Le coronavirus a eu raison de l'économie déjà fragilisée par la sécheresse. La famine guette.

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France Télévisions
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Un homme vend des brochettes de souris le long de la route Lilongwe-Blantyre dans le district de Ntcheu, région orientale du Malawi, le 24 août 2020.  (- / AFP)

En raison de la sécheresse et des difficultés économiques liées au coronavirus, l'insécurité alimentaire pourrait affecter 44,8 millions de personnes (contre 41,2 en 2019) en Afrique australe (Zimbabwe, Zambie, Malawi) entre les prochains mois et 2021, selon le Programme alimentaire mondial (PAM).

Au Malawi, les mesures sanitaires de confinement prises pour enrayer la propagation du Covid-19 – plus de 5 400 cas et près de 170 morts – ont dûrement affecté une économie informelle et rurale. Se nourrir y est devenu un enjeu vital. Les plus pauvres font la chasse aux souris pour enrichir leur alimentation en protéines animales.

18 millions de personnes dans l'extrême pauvreté

Dans ce pays, où plus de la moitié des quelque 18 millions d'habitants survit sous le seuil de l'extrême pauvreté (moins de 1,90 dollar par jour), manger de la viande est devenu un luxe. Pour palier le manque de protéines, les populations menacées par la famine ont remis les souris au menu. Le rongeur, qui se nourrit de grains, de fruits ou d'herbe, est un mets populaire apprécié dans le centre rural du pays depuis toujours. Mais aujourd'hui, il est devenu essentiel. 

On l'utilise comme complément à notre régime quotidien et on la vend aux voyageurs pour en tirer un revenu. La variété la plus prisée est grise, à courte queue, et connue des gourmets sous le nom de 'kapuku'.

Un agriculteur

à l'AFP

Il est donc fréquent de voir des dizaines de vendeurs de brochettes du petit animal au bord de la route reliant Blantyre et Lilongwe, les deux principales villes du pays. 

Recommandée par les autorités sanitaires

Devant la gravité de la situation alimentaire, les autorités sanitaires recommandent même leur consommation depuis quelques mois. "C'est une source précieuse de protéines", insiste Sylvester Kathumba, nutritionniste en chef auprès du ministère de la Santé.

L'épidémie frappant notamment 'les gens à faible résistance immunitaire, nous encourageons un régime alimentaire riche'

Francis Nthalika, en charge de l'alimentation à l'antenne sanitaire du district de Balaka

à l'AFP

"D'habitude, on compte sur mon mari et son travail, déclare à l'AFP Yankho Chalera. Mais quand les temps sont durs, on compte sur les souris car on n'a plus les moyens de se payer de la viande." L'ECAM, une organisation patronale locale, a recensé selon l'AFP quelque 1 500 emplois détruits chaque jour dans le pays et estime que ce chiffre cumulé pourrait atteindre 680 000 fin 2020.

Les villes bientôt plus touchées que les campagnes

"Nous allons assister à une insécurité alimentaire que nous n'avons pas connue depuis plusieurs années" en Afrique australe, s'alarme Madame Castro, la directrice régionale du PAM. Dans les prochains mois, les villes vont être plus fortement touchées encore que les campagnes. "De nombreux pays demandent déjà au PAM et aux autres agences de l'ONU une aide pour leurs pauvres urbains, qui n'ont plus de revenus pour assurer un budget alimentaire minimal, ce qui n'était pas le cas avant", précise-t-elle.

Aujourd'hui encore, le Malawi attend le programme d'aide d'urgence aux plus pauvres promis par le gouvernement de Peter Mutharika, battu lors de l'élection de mai 2020, et qui n'a jamais été exécuté. Quant à son successeur Lazarus Chakwera, il travaille encore à son propre plan d'aide.

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