Aide au développement : le Royaume-Uni envisage de raboter son budget

Londres pourrait revoir ses engagements en matière d'aide au développement à cause de la pandémie liée au Covid-19 et de son buget Défense. 

Article rédigé par
Avec Agences - Falila Gbadamassi
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Des billets de livres sterlings dans un distributeur de la capitale britannique, Londres, le 22 octobre 2015. (NIKLAS HALLE'N / AFP)

De nouveaux arbitrages budgétaires liés au Covid-19 menacent les engagements du Royaume-Uni en matière d'aide au développement. Depuis des années, le pays est pourtant cité en exemple dans ce domaine. Le Royaume-Uni est le seul des pays du G7 à consacrer 0,7% de son Produit national brut (PNB) à l'aide au développement. Notamment parce que cet objectif des Nations unies, une résolution dont le 50e anniversaire a été célébré cette année, est devenu une obligation légale dans ce pays.

"C'est en partie le résultat des années de mobilisation de la société civile qui a forcé le gouvernement britannique à inscrire cet engagement dans la loi", confiait à franceinfo Afrique Robin Guittard, porte-parole d’Oxfam France. 

Une baisse de deux points

En annonçant un investissement supplémentaire de 24,1 milliards de livres sur quatre ans dans la Défense, sans égal depuis de 30 ans, le Premier ministre Boris Johnson a laissé entendre le 19 novembre qu'il pourrait tailler dans l'aide internationale pour préserver un budget déjà sous forte pression en raison des dépenses liées au nouveau coronavirus. Cette aide pourrait être réduite à 0,5% du PNB. Boris Johnson s'était pourtant engagé dans son programme électoral à la maintenir.  

Début septembre 2020, le chef de la diplomatie britannique avait même apporté un démenti à un article du journal The Times selon lequel la Grande-Bretagne cherchait à réaffecter des milliards issus de l'aide à la Défense et au renseignement. "Il y a beaucoup de rumeurs farfelues dans les médias", avait alors déclaré Dominic Raab. "Je ne vais pas préjuger de la révision intégrale des dépenses, mais nous sommes absolument déterminés à aider un milliard de pauvres et à nous assurer de relier nos actions avec nos objectifs les plus importants en matière de politique étrangère, à commencer par le changement climatique".

Une promesse que 185 associations et ONG ont de nouveau rappelée la semaine dernière à Boris Johnson dans une lettre ouverte. "Revenir sur votre engagement à maintenir l'objectif de 0,7% signalerait que nous sommes une nation désireuse d'équilibrer ses comptes sur le dos des personnes les plus marginalisées dans le monde, dont beaucoup doivent faire face à l'impact du Covid-19 en plus des difficultés existantes", affirment-elles, selon The Guardian.

Une mauvaise décision pour le "soft power" britannique 

"Prendre du recul par rapport à nos engagements internationaux n'est pas la solution et risque de nuire à la position du Royaume-Uni sur la scène internationale alors que nous définissons notre rôle dans le monde post-Brexit", insistent encore ces différentes organisations. Dans la même veine, Oxfam Grande-Bretagne notait dans un communiqué publié le 17 novembre que "la réduction de l'aide sape l'autorité morale (du Royaume-Uni) au moment où elle en a plus que jamais besoin parce qu'elle se prépare à accueillir (en 2021) le sommet du G7 et les négociations de l'ONU sur le changement climatique".

C'est également l'influence britannique qui préoccupe les anciens Premiers ministres britanniques David Cameron (2010-2016) et Tony Blair (1997-2007). Ils ont appelé Boris Johnson à préserver ce niveau d'aide dans une déclaration au journal The Telegraph. David Cameron (Parti conservateur) et Tony Blair (Parti travailliste) ont estimé que cette baisse de 0,2 point, évoquée pour combler les coûts liés à l'épidémie de Covid-19, mettrait en péril le "soft power" britannique. "Abandonner l'objectif de 0,7% serait une erreur morale, stratégique et politique, a dénoncé David Cameron. Nous devons tenir nos promesses envers les pays les plus pauvres et non les rompre", a-t-il ajouté.

Tony Blair a fait valoir, lui, que cette aide constituait une des plus "grandes réussites du soft power britannique" et qu'elle avait contribué à "réduire le nombre de morts dues à des maladies mortelles" en Afrique. "Ni le défi du climat, ni celui du Covid-19 ne peuvent être relevés sans l'Afrique, a-t-il ajouté. Ni ceux de l'extrémisme et de l'immigration incontrôlée. Changer (le niveau d'aide, NDLR) est une profonde erreur stratégique". L'ancien Premier ministre travailliste s'était engagé en 2005 à atteindre cet objectif des 0,7% fixé par l'ONU. Il l'a été pour la première fois sous la direction du conservateur David Cameron en 2013.

Les nouvelles priorités financières du Royaume-Uni devraient être connues le 25 novembre 2020.

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