Génocide au Rwanda : "Il faudra probablement vingt ans pour juger toutes les personnes contre lesquelles nous avons déposé plainte", déplore un Collectif

Philippe Hategekimana, un ancien gendarme rwandais naturalisé français, comparaît à partir de mercredi devant la cour d'assises de Paris. Il est accusé d'avoir participé aux massacres de civils tutsis en 1994.
Article rédigé par franceinfo
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Alain Gauthier, cofondateur du Collectif des parties civiles pour le Rwanda, invité de France Inter, mercredi 10 mai 2023. (Capture d'écran France Inter)

"Il faudra probablement encore plus de vingt ans pour arriver à juger tous les gens contre lesquels nous avons déposé plainte, et d'ici là beaucoup ne seront plus en vie", déplore mercredi 10 mai sur France Inter Alain Gauthier, cofondateur du Collectif des parties civiles pour le Rwanda, alors que doit s'ouvrir ce mercredi le procès d'un ancien gendarme rwandais soupçonné d'avoir participé aux massacres de civils tutsis en 1994. Philippe Hategekimana est jugé à la cour d'assises de Paris pour "génocide, crimes contre l'humanité et participation à une entente".

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Le collectif rappelle que 29 ans sont passés depuis le génocide des Tutsis, qui a fait plus de 800 000 morts, selon les Nations unies. Le cofondateur du CPCR considère que face au "temps [qui passe] beaucoup de [suspects] échapperont à la justice". "Ça devient compliqué d'avoir des témoignages, un nombre important de témoins sont décédés, d'autres ne veulent plus parler", explique Alain Gauthier. Il pointe du doigt non seulement "les lenteurs de la justice" mais également son "manque de moyens". "Très peu de juges d'instruction travaillent sur ces dossiers" et "la justice en France ne nous a jamais véritablement soutenus", accuse Alain Gauthier.

Philippe Hategekimana est devenu Philippe Manier

Depuis 2001, son collectif a déposé "une bonne trentaine de plaintes". "Toutes sont à l'instruction", "les juges ont décrété 4 ou 5 non-lieux", explique-t-il. Alain Gauthier juge important de continuer ce combat judiciaire contre ces suspects réfugiés, qu'il estime à "une centaine" sur le territoire français. "Ça permet d'écrire l'histoire du génocide", soutient Alain Gauthier. À travers ses plaintes, le Collectif des parties civiles pour le Rwanda veut lutter contre une forme de négationnisme : "Il y a des gens qui disent que [le génocide] n'a pas existé, ou qu'il y a aussi eu un génocide des Hutus de la part des Tutsi", dénonce-t-il.

Alain Gauthier attend donc beaucoup du procès qui doit s'ouvrir ce mercredi, car "à la fin émergera un verdict et donc une vérité judiciaire". C'est pour lui et son collectif "l'aboutissement d'une longue démarche". Alertés sur la présence de l'ancien militaire en France il y a quelques années, les membres du CPCR ont "dû [se] rendre à plusieurs reprises au Rwanda pour enquêter, recueillir des témoignages" avant de "les donner à [leurs] avocats et pouvoir déposer plainte". Naturalisé français sous le nom de Philippe Manier, Philippe Hategekimana "a refait sa vie", en passant sous silence son passé. "Il assurait la sécurité à l'université de Rennes II et personne ne soupçonnait [les faits dont il est accusé]", indique Alain Gauthier.

Des suspects qui "se refont une virginité" en France

Le Collectif des parties civiles pour le Rwanda reproche à Philippe Hategekimana "un nombre important de crimes" lorsqu'il était "gendarme de la brigade de Nyanza, dans le sud" du pays. "On lui reproche d'avoir installé les barrières pour contrôler l'identité des Tutsi", d'avoir "participé à des tueries très importantes sur certaines collines, en faisant intervenir ses gendarmes et en faisant installer des mortiers", affirme Alain Gauthier. Il précise que l'ancien adjudant-chef "nie absolument tout ce qui lui est reproché".

Alain Gauthier n'est pas surpris par cette ligne de défense. Il explique être habitué "à ce genre de personnage". Le cofondateur du CPCR précise que beaucoup de ces suspects "quand ils arrivent en France, se refont une virginité". "Ce sont de bons parents, de bons voisins voire de bons chrétiens et ça trompe le monde si bien que lorsqu'on révèle leur présence en France, on passe pour des dénonciateurs un peu trop légers", déplore-t-il.

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