Soudan : le chef du Conseil souverain de transition est invité à Washington

Il s'agit de la première invitation officielle d'un haut responsable soudanais par les Etats-Unis depuis plus de 30 ans.

Le Conseil souverain de transition au Soudan est dirigé par le général Abdel Fattah al-Burhane depuis la destitution du président Omar el-Béchir en avril 2019 (photo prise le 31 octobre 2019 dans les faubourgs de Khartoum).
Le Conseil souverain de transition au Soudan est dirigé par le général Abdel Fattah al-Burhane depuis la destitution du président Omar el-Béchir en avril 2019 (photo prise le 31 octobre 2019 dans les faubourgs de Khartoum). (ASHRAF SHAZLY / AFP)

Parfois, une invitation officielle, c'est aussi simple qu'un coup de fil. Le Soudan a annoncé le 2 février 2020 que le chef de son Conseil souverain avait été convié à une visite officielle à Washington, lors d'une conversation téléphonique. Le général Abdel Fattah al-Burhane s'est en effet entretenu avec le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo, a indiqué le Conseil souverain, l'instance assurant la transition politique du Soudan, après la destitution du président Omar el-Béchir en avril 2019. Le général Burhane "a affirmé qu'il effectuera cette visite prochainement", selon un communiqué du Conseil souverain qui n'a pas fourni plus de détails. C'est la première fois depuis plus de 30 ans que Washington invite un haut responsable de ce pays d'Afrique de l'Est.

Le Soudan est toujours sur la liste noire des Etats-Unis

Les relations entre Washington et Khartoum se sont détériorées peu après l'arrivée au pouvoir de M. Béchir, lors d'un coup d'Etat soutenu par les islamistes en 1989. Depuis 1997, les Etats-Unis ont multiplié les sanctions économiques contre le Soudan, inscrit par ailleurs sur la liste noire américaine des "Etats soutenant le terrorisme" depuis 1993. Le fondateur d'Al-Qaïda, le Saoudien et commanditaire des attentats du 11-Septembre Oussama Ben Laden, a été accueilli à Khartoum entre 1992 et 1996.

Ces dernières années, toutefois, Washington a progressivement renoué avec Khartoum, saluant des progrès dans la lutte antiterroriste, jusqu'à lever en 2017 un embargo économique vieux de 20 ans. Les Etats-Unis ont aussi proposé la nomination d'un ambassadeur, mais ils ont maintenu le Soudan sur sa liste noire.

Un retrait du Soudan de la liste américaine pourrait prendre du temps, Washington voulant s'assurer auparavant que le régime Béchir est totalement démantelé. Des discussions en ce sens sont néanmoins en cours depuis la destitution de l'ex-dictateur, arrêté en avril 2019 par l'armée, sous la pression d'un mouvement de contestation populaire qui avait débuté quatre mois plus tôt. Ces derniers temps, plusieurs délégations et sénateurs américains ont d'ailleurs visité le Soudan.

"Passerions-nous à côté d'une occasion de le soutenir ?"

Depuis l'été 2019, le pays s'est doté du Conseil souverain, une instance à majorité civile appelée à superviser la transition politique, selon les termes d'un accord emporté de haute lutte, entre le Conseil militaire, qui avait succédé à M. Béchir, et les meneurs de la révolte. Ce qui représente un espoir de changement même si l'économie du Soudan est aujourd'hui en ruines, selon les termes d'Achim Steiner, haut responsable de l'ONU. Dans une interview à l'AFP, ce dernier engage la communauté internationale à "reconnaître à quel point ce mouvement est inhabituel et utile dans une région où abondent les nouvelles inquiétantes sur l'instabilité politique et l'extrémisme". Plus précisément, M. Steiner appelle le Congrès américain à accélérer le retrait du Soudan de sa liste noire. "Nous risquons d'oublier que le Soudan (...) a une histoire beaucoup plus porteuse d'espoir qu'elle ne l'a été depuis 30 ans. Passerions-nous à côté d'une occasion de le soutenir ?", a-t-il averti.