Ethiopie : le bilan économique très contrasté du Premier ministre Abiy Ahmed en ce jour de scrutin législatif

Les réformes économiques voulues par le prix Nobel de la paix sont freinées, notamment par le Covid et la guerre au Tigré.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, en campagne électorale à Jimma, le 16 juin 2021. (TIKSA NEGERI / REUTERS)

"Ethiopie : des élections, oui... mais tout reste à faire." Le titre de la tribune publiée sur le site de l'IRIS est sans appel. Et il est vrai qu'après trois années passées à la tête de l'Etat, le bilan d'Abiy Ahmed, prix Nobel de la paix 2019, est très contrasté. Il y a ceux, comme le Premier ministre, qui se félicitent que l'Ethiopie organise les premières élections pluralistes dans le pays, qualifiant le 21 juin 2021 de "jour historique". Et d'autres qui répondent qu'"il est historique pour des tas de mauvaises raisons. Une famine catastrophique menace le Tigré. Une guerre génocidaire est condamnée par le monde entier. Nettoyage éthnique, massacres et viols par milliers. L'annexion par l'Erythrée et le Soudan d'une grande partie du pays. En trois ans, vous avez conduit le pays au fond du gouffre", enrage un Ethiopien sur Twitter.

Rappelons également que les six millions d'habitants de la région du Tigré ne sont pas autorisés à voter en raison du conflit.

Une économie en panne

Et s'il est fort probable qu'Abiy Ahmed remporte les élections, ce sera l'arbre qui cache la forêt, tant tous les voyants sont au rouge sur le plan économique. L'inflation se maintient à un niveau élevé, autour de 13%, et touche notamment les produits alimentaires. Un léger mieux, certes, lorsque l'on sait que la hausse des prix a, durant une quinzaine d'années, atteint les 39% annuels.

Une inflation qui s'explique par une dette extérieure colossale qui a atteint 29 milliards de dollars en décembre dernier. Elle représente désormais le quart du PIB éthiopien et sa charge coûte chaque année deux milliards de dollars. Il faut régler en devises, alors que l'Ethiopie importe déjà beaucoup, y compris des produits alimentaires de base comme l'huile ou le sucre.

L'économie éthiopienne reste encore très étatiste, vestige de l'alignement avec l'URSS dans les années 70. Du coup, le secteur privé se plaint de ne pouvoir accéder aux financements, le marché bancaire étant asséché par les méga travaux : Grand barrage de la Renaissance, ligne ferroviaire avec Djibouti, etc. Des travaux qui ne sont pas tous du fait d’Abiy Ahmed, mais dont il doit assumer l'héritage.

Un sombre tableau

L'agence de presse Reuters dresse un tableau particulièrement sombre de l'économie éthiopienne. "Pour de nombreux investisseurs étrangers qui l'ont fêté en 2018 (Abiy Ahmed), les espoirs de percer l'un des derniers grands marchés inexploités du monde s'estompent, étouffés par la lenteur des réformes et la bureaucratie sclérosée".

20% de la population vit sous le seuil de pauvreté et dix millions sont sans emploi. Le revenu par habitant est de 850 dollars et l'objectif de le passer en 2022 à 1 125 dollars paraît inatteignable.

Le Premier ministre a expliqué que l'épidémie de Covid-19, mais aussi les divers conflits, ont freiné la mise en place des réformes nécessaires. Le Covid en effet a freiné la croissance, passée selon le FMI de 9% en 2019 à 6,1% en 2020 et à 2% prévus en 2021. La guerre au Tigré a conduit à la fermeture d'usines, suite parfois à des pillages.

Le spectre de la famine

Cette guerre n'a rien arrangé et désormais la menace de la famine refait son apparition. "La situation devrait empirer dans les mois à venir, non seulement dans le Tigré, mais aussi dans l'Afar et l'Amhara", a affirmé au Conseil de sécurité, le secrétaire général adjoint de l'ONU pour les Affaires humanitaires, Mark Lowcock. "Deux millions de personnes dans les régions du Tigré, de l'Afar et de l'Amhara sont sur le point de tomber à leur tour dans la famine", a ajouté Mark Lowcock.

Des habitants déplacés du Tigré attendent de recevoir une aide alimentaire dans une école de la  ville de Shire, le 15 mars 2021. (BAZ RATNER / X02483)

Une analyse contestée par Addis Abeba. "Nous sommes en désaccord catégorique avec cette évaluation" de l'ONU sur la famine, a déclaré l'ambassadeur éthiopien à l'ONU, Taye Atske Selassie Amde. L'ONU a rassemblé des données de façon "non transparente et inclusive", explique-t-il. Un déni qui s'expliquait par l'approche des élections. Un tel débat serait très embarrassant pour Abiy Ahmed, ternissant encore un peu plus son image. Celle d'un prix Nobel de la paix mué en chef de guerre.

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