Coronavirus en Afrique : le déconfinement se heurte au non-respect des gestes barrières

On se défoule, on se relaxe. Le soulagement est général après l'annonce du déconfinement progressif dans plusieurs capitales africaines. Mais certains ont tendance à oublier que le virus n'est jamais loin.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Aucune mesure de distanciation physique n'est observée entre ces électeurs burundais qui font la queue devant un bureau de vote à Gitega, le 20 mai 2020. (EVRARD NGENDAKUMANA / X03697)

Après plusieurs semaines de sévères restrictions imposées par la crise du Covid-19, l'heure est au déconfinement progressif dans plusieurs capitales africaines. Depuis le 15 mai, les Ivoiriens sont de retour dans leurs "maquis", ces bars-restaurants très populaires à Abidjan. Il était grand temps. "Je suis contente. On se défoule, on se relaxe. On en avait besoin", confie une cliente à l'AFP. Le soulagement est général. Mais dans cette euphorie, certains ont du mal à respecter les mesures barrières mises en place par les autorités. De quoi susciter la peur de ceux qui restent lucides et qui reviennent dans ces lieux publics sur la pointe des pieds.

L'espacement des tables n'est pas respecté. Les gens ne portent pas de masques, sauf quand des policiers arrivent pour un contrôle

Un client dans un maquis d'Abidjan

à l'AFP

Au Cameroun, les débits de boisson, les restaurants et les lieux de loisirs sont de nouveaux accessibles. Les autorités ont même levé la mesure réduisant le nombre réglementaire de passagers dans les transports en commun, dans les bus et les taxis. A Douala, la capitale économique, les marchés sont bondés et rares sont les habitants qui portent des masques en public. Certains Camerounais dénoncent un relâchement inacceptable.

C'est le désordre total. Et les gens s'y sont habitués. Regardez dans les bars, les gens s'embrassent. Ils se parlent bouche-à-bouche. Il y a une véritable inculture, un manque d'éducation et d'encadrement

Un habitant de Douala

à TV5 Monde

Le même phénomène a été observé à Bangui, la capitale centrafricaine, où presque tous les bistrots ont rouvert leurs portes. De nombreux clients s'y sont agglutinés et des rassemblements ont repris de plus belle au mépris des mesures barrières contre le Covid-19.

Des mesures dérisoires dans les lieux de culte

Tout en procédant au déconfinement, les autorités africaines insistent pourtant sur le respect de certains gestes destinés à contenir l'épidémie toujours présente. Le port de masque est devenu obligatoire dans tous les lieux publics, tout comme les mesures de distanciation physiques. Des mesures devenues dérisoires dans les lieux de culte, dont les portes ont été rouvertes parfois sous la pression des fidèles et des chefs religieux.

C'est le cas au Niger où la capitale, Niamey, a été secouée en avril par des émeutes contre l'interdiction des prières collectives avant le début du ramadan. La réouverture des mosquées a été accueillie avec soulagement par les populations. Mais dans leur pratique religieuse, les fidèles ne se sentent pas obligés de se plier aux mesures barrières édictées par les autorités.

Il y a des mesures que nous ne pouvons pas respecter. Par exemple conserver plusieurs mètres entre deux personnes. Donc, ils n'ont qu'à laisser les musulmans prier dans leurs mosquées comme Allah et son prophète l'ont ordonné

Mamane Sani, un fidèle musulman nigérien

à la Deutsche Welle

Pas de distanciation physique pour les uns et pas question non plus de porter un masque pour les autres. Un fidèle s'en est expliqué au micro de l'antenne africaine de la radio allemande Deutsche Welle : "On ne peut pas porter de masque. On a confiance en Dieu. S'il a déjà prescrit que la maladie va te faire partir, nul ne peut échapper à sa volonté", tranche-t-il.

Les autorités nigérienne ont procédé à la désinfection des lieux de culte et distribué des kits de lavage des mains. En cas de déterioration de la situation, elles se réservent le droit de reconsidérer la décision d'ouverture des mosquées.

Des élections qui accentuent les risques sanitaires

La pandémie du coronavirus a poussé plusieurs pays africains à modifier leur calendrier électoral. Mais certains pays n'ont pas hésité à les organiser malgré les risques sanitaires. C'est le cas du Mali ou du Togo, dont le président, nouvellement réélu, a dû prêter serment devant des juges masqués et en l'absence d'invités de marque, tous confinés dans leurs pays. C'est le cas aussi du Bénin, où les électeurs se sont rendus aux urnes le 16 mai pour les municipales sans grand enthousiasme. Un scrutin observé par la plateforme des organisations de la société civile. Sa présidente, Fatoumata Batogo Zossou, redoute les conséquences du non-respect des mesures de distanciation physique observé lors de ce scrutin qui a favorisé "le brassage des populations".

Vigilance accrue pour la fin du ramadan

Alors que la fin du mois de jeûne du ramadan approche, plusieurs pays tentent d'anticiper les conséquences sanitaires des réjouissances de la fête musulmane du Fitr. C'est le cas en Algérie où le port du masque sanitaire est désormais obligatoire dans tous les espaces publics. Pendant les deux jours de la fête, prévue à partir du 23 mai, le couvre-feu sera allongé et la circulation interdite dans tout le pays, selon un communiqué du gouvernement.

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