Cinq informations à savoir sur la Guinée qui organise une présidentielle à l'issue incertaine

Ce pays d’Afrique de l’Ouest est marqué par des années de régime autoritaire et de dérives démocratiques. Son président sortant prétend à un troisième mandat, contraire à la Constitution.

Un supporter du président sortant Alpha Condé à Conakry, le 13 octobre 2020.
Un supporter du président sortant Alpha Condé à Conakry, le 13 octobre 2020. (JOHN WESSELS / AFP)

Plus de 5,4 millions d'électeurs sont appelés aux urnes le 18 octobre 2020 pour élire le prochain président de la République en Guinée. Le scrutin a lieu dans un climat de tensions après des mois de contestation contre la volonté d'Alpha Condé, au pouvoir depuis 2010, de briguer un nouveau mandat. A cette occasion, nous vous proposons d'en savoir plus sur ce pays d'Afrique de l'Ouest marqué par des années de violences politiques.

1La Guinée Conakry, un pays riche

La Guinée est très souvent appelée Guinée Conakry, du nom de sa capitale, pour la distinguer de son voisin lusophone la Guinée-Bissau et aussi de la Guinée équatoriale, où cette fois on parle espagnol. Située en Afrique de l'Ouest, ce pays francophone compte plus de 13 millions d’habitants.

La Guinée dispose de richesses naturelles immenses avec des réserves importantes de bauxite, d'or, de diamants, de fer, de manganèse… Des mines largement sous-exploitées et qui ne profitent pas à la population. Plus d'un Guinéen sur deux vit sous le seuil de pauvreté, avec moins d'un euro par jour, selon l'ONU. La Guinée a été durement éprouvée par l'épidémie d’Ebola qui l'a frappée entre 2014 et 2016.

Carte Guinée
Carte Guinée (FTV)

2Des décennies de régime autoritaire 

La Guinée est le premier pays d'Afrique subsaharienne à devenir indépendant vis-à-vis de la France en 1958. Depuis, l’histoire de la jeune République est jalonnée par des pouvoirs autocratiques, des manifestations et des répressions brutales restées  impunies. L'exemple récent le plus marquant est sans doute le massacre du stade de Conakry. Le 28 septembre 2009, plus de 150 personnes ont été tuées et des femmes violées lors d’un rassemblement pacifique contre la candidature à la présidentielle du chef de la junte, Moussa Dadis Camara, aujourd’hui en exil.

3Un pouvoir civil avec Alpha Condé 

Alpha Condé, 82 ans, est à la tête de la Guinée depuis 2010. L'ancien opposant historique, qui a connu l'exil et la prison est le premier président démocratiquement élu après des années de dictature militaire. "Le Professeur" promet modernisation et reconstruction. Après deux mandats et un bilan relativement positif, Alpha Condé oublie le principe de l’alternance démocratique. Le président sortant décide de modifier la Constitution pour rester au pouvoir. Cette pratique très répandue en Afrique provoque de fortes tensions, de grandes manifestations et une contestation violemment réprimée. Des dizaines de civils ont été tués, des centaines d’autres blessés et emprisonnés.

4Un duel entre deux candidats

L’opposition, qui avait boycotté le référendum constitutionnel et les législatives, ne voulait pas participer à une "mascarade électorale". Mais en septembre 2020, le chef de file de la coalition, Cellou Dalein Diallo, 68 ans, fait cavalier seul et se lance dans la course. L’ancien Premier ministre et chef de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) est le principal adversaire du président sortant. Les deux hommes se sont déjà affrontés lors des deux dernières élections et Cellou Dalein Diallo était arrivé en tête au premier tour en 2010. Dix ans plus tard, le scrutin ressemble à un duel même si dix autres candidats sont en lice. Parmi eux, deux femmes qui avaient travaillé avec Alpha Condé.

5L'appartenance ethnique en campagne ? 

La présidentielle de 2020 n'échappe pas aux tensions des deux précédentes, ternies elles aussi par la violence et le désaccord. Le scrutin a lieu après des mois de contestation et une campagne marquée par des discours de haine et de divisions ethniques. La communauté internationale s'est notamment alarmée des propos du président sortant Alpha Condé qui a mis en garde les électeurs malinkés contre la tentation de voter pour un autre candidat de cette communauté que lui.

Les Malinkés se reconnaissant majoritairement dans le parti de Condé, les Peuls dans celui de Diallo.  Les deux groupes représenteraient largement plus de la moitié de la population. Le facteur communautaire est sans doute important, mais il n'est pas pas déterminant dans cette élection. Interrogés par l'AFP, des Guinéens de Conakry s'inquiètent du déroulement du vote et plus encore de ses lendemains.