Quatre choses à savoir sur le groupe paramilitaire russe Wagner et ses missions opaques en Afrique

Cette société privée qui emploie des mercenaires notamment sur le continent africain est un instrument géopolitique au service de Moscou.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Des soldats de la force internationale Minusca et des agents de sécurité russes déployés devant un bureau de vote à Bangui, le 27 décembre 2020, pour assurer la sécurité du président Faustin Archange Touadera.  (NACER TALEL / ANADOLU AGENCY)

La présence de mercenaires de la société privée Wagner au Mali "serait incompatible avec la présence internationale et européenne", a averti Jean-Yves Le Drian, le ministre français des Affaires étrangères, le 16 septembre 2021, sur les ondes de franceinfo. Le chef de la diplomatie française réagissait à une éventuelle coopération entre le Mali et le groupe paramilitaire. Mais qui est ce groupe Wagner et pourquoi suscite-t-il tant d’inquiétudes ? Voici quelques éléments de compréhension.

Une société militaire privée

Wagner ou PMC Wagner est une société de mercenaires russe créée par Dmitri Outkin, un ancien officier du GRU (renseignements militaires russes). Le groupe paramilitaire est connu depuis 2014 pour son implication dans le conflit en Ukraine puis son intervention en Syrie un an plus tard, dans le sillage de l’armée russe. Le groupe Wagner serait financé par un oligarque russe, Evguéni Prigojine. Surnommé "le cuisinier du Kremlin", l’homme d’affaires, proche de Vladimir Poutine, a fait fortune dans la restauration avant de conclure de nombreux contrats avec l’armée russe. Ce dernier est par ailleurs accusé par Washington être l’instigateur de l’Internet Research Agency, une "usine à trolls" spécialisée dans la publication massive de fausses nouvelles et de messages tendancieux sur internet.

Un "outil" géopolitique

Officiellement, Wagner n’existe pas en Russie où les sociétés privées militaires sont interdites. Mais en réalité, ce groupe illégal est un instrument géopolitique au service de Moscou. "Une corporation d’entreprises militaires privées serait un outil efficace pour réaliser les objectifs nationaux sans faire appel à la participation directe de l’Etat russe", disait Poutine en 2012, cité par l’Institut Open diplomacy. Le groupe de réflexion européen souligne que l’envoi de "volontaires" à l’étranger fait partie de la stratégie de Moscou qui vise à renforcer son influence tout en évitant d’apparaître ouvertement en première ligne.

Des missions opaques en Afrique

Le premier déploiement connu des "agents privés" de Wagner sur le continent africain a lieu en 2018 en Centrafrique. Il intervient dans le cadre d’un accord de coopération militaire qui permet à Moscou de bénéficier de concessions minières en échange de ses services. Mais la présence des "instructeurs" russes et leur mission restent opaques. Le groupe opère au même moment en Libye, au service du général Haftar, le chef de l’autoproclamée Armée nationale libyenne. Formation d’officiers, protection de sites pétroliers, renseignements… "Un mode opératoire multi-facettes", selon l’Institut Open diplomacy qui se décline au sein d’autres terrains en Afrique, comme au Soudan sous le régime d’Omar el-Béchir ou bien encore au Mozambique. Il s’agit souvent d’Etats en quête de soutiens économique, politique ou sécuritaire.

Des exactions et des interrogations 

L'Afrique subsaharienne a souvent fait appel à des sociétés militaires privées en raison de la faiblesse des institutions gouvernementales de certains pays et la nécessité de protéger des sites miniers, comme l’explique une étude du Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP), un centre de recherche belge. Mais la présence et le rôle du groupe Wagner est néanmoins opaque, n'a aucun cadre juridique et suscite de multiples interrogations.

En juillet 2018, trois journalistes russes de l’opposition ont tenté d’enquêter sur les activités de Wagner en Centrafrique et ses liens avec la richesse minière du pays, mais ils sont morts sur place dans des conditions mystérieuses. La version officielle a conclu à un crime crapuleux, alors qu'aucune enquête sérieuse n’a été menée à ce jour.

Toujours en Centrafrique, des rapports de l’ONU ont dénoncé récemment de graves violations des droits de l'Homme imputables aux sociétés militaires privées russes. Et comme la société fantôme Wagner n’a aucune existence légale en Russie, il est très difficile, voire même impossible, d’établir des responsabilités et de sanctionner les coupables. Une injustice de plus en Afrique où les crimes restent souvent impunis.

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