Pourquoi l'intervention de l'armée ougandaise contre les ADF dans l'est de la République démocratique du Congo suscite des inquiétudes

L’opération validée par Kinshasa vise l'un des groupes armés les plus meurtriers du Nord-Kivu.

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
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Des soldats congolais patrouillent dans le secteur Rwenzori, au nord-est de la République démocratique du Congo en mai 2021, après une attaque meurtrière de civils par le groupe ADF.  (ALEXIS HUGUET / AFP)

Avec le feu vert de Kinshasa, l'Ouganda a lancé fin novembre une opération militaire dans l’est de la République démocratique du Congo contre des positions rebelles des Forces démocratique alliées (ADF). Ce groupe d’origine ougandaise sème la terreur dans la région.

Une nouvelle stratégie

Deux armées plutôt qu'une pour traquer les ADF dans l'est de la RDC. La République démocratique du Congo parle d’opérations militaires conjointes avec l’Ouganda contre l’un des groupes armés les plus violents de ce secteur. Il s’agit de "rétablir la paix" dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, comme l’a affirmé la ministre congolaise de la Justice, Rose Mutumbo, en présentant cette nouvelle stratégie au Parlement. Elle a obtenu le soutien des députés qui exigent néanmoins des résultats sur le terrain, selon radio Okapi.

Carte de la République démocratique du Congo (Sophie RAMIS, Cléa PÉCULIER / AFP)

Une opération aux contours flous

L’opération a commencé par des frappes aériennes et des tirs d'artillerie à partir de l'Ouganda sur des positions des ADF en République démocratique du Congo. Elles ont été suivies par un déploiement des troupes ougandaises de l'autre côté de la frontière. Quels sont leurs effectifs ? Quelle est la durée de cette opération militaire ? Aucune précision pour l’instant. On sait seulement que cette nouvelle approche s’inscrit dans le cadre d'un partenariat militaire pour renforcer la lutte contre les groupes armés. Le président congolais Félix Tshisekedi avait décrété en mai dernier l'état de siège dans l'est du pays sans réussir à neutraliser les ADF. Il a récemment accepté l'"aide" proposée par son homologue ougandais, Yuweri Museveni. 

Qui ont les ADF ? 

Il est difficile de définir exactement ce que sont les Forces démocratique alliées, groupe armé implanté dans l'est de la RDC depuis 26 ans. Composées au départ de rebelles musulmans ougandais, les ADF se sont transformées en mouvement islamiste violent. Certaines de leurs attaques ont été revendiquées à partir de 2019 par l'organisation Etat islamique. C'est cette dernière qui a repris à son compte celles perpétrées en octobre et novembre derniers, pour la première fois depuis de nombreuses années en Ouganda. Malgré plusieurs opérations militaires, l'armée congolaise n'a pas réussi à les neutraliser. Rien ne dit aujourd'hui que les renforts militaires venus d'Ouganda permettront d'éradiquer le groupe armé terroriste.

Des pompiers pyromanes ?

Les Congolais sont partagés sur cette opération. Ils espèrent en finir avec le terrorisme dans la région et s'inquiètent en même temps du déploiement sur leur sol d'une armée étrangère. L'implication de l'Ouganda agace au plus haut point le Dr Mukwege, une voix qui compte dans l'est de la RDC. Dans un message publié sur Twitter, le Prix Nobel de la Paix dénonce implicitement le rôle néfaste des pays voisins en les qualifiant de "pompiers-pyromanes".

La présence de soldats ougandais sur le territoire congolais rappelle les heures sombres des années de guerre (1998-2003) lorsque l'Ouganda et le Rwanda étaient intervenus dans l'est de la RDC pour soutenir des forces rebelles contre le gouvernement de Kinshasa. L'Ouganda avait été condamné à l'époque par la Cour internationale de justice à La Haye pour "violations des droits de l'Homme" et "pillages et exploitations des ressources naturelles" du pays.

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