Mort d'un soldat français au Mali : "Cet acte de guerre tombe au plus mauvais moment pour le pouvoir français", selon un spécialiste

Un soldat français a été tué au Mali dans une attaque au mortier contre le camp militaire de Gao samedi. Il s'agit du 53e militaire français tué au combat au Sahel depuis 2013.

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Radio France
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Des soldats français patrouillent dans les rues de Gao, le 4 décembre 2021. Photo d'illustration. (THOMAS COEX / AFP)

L'attaque du camp militaire de Gao au Mali, dans laquelle est mort un soldat français, samedi 22 janvier, est "un acte de guerre" mais aussi "une provocation", estime Antoine Glaser, spécialiste de l'Afrique, dimanche sur franceinfo. "Ça tombe au plus mauvais moment pour le pouvoir français, selon le journaliste. À quelques mois de la présidentielle, Emmanuel Macron ne tient pas du tout à bouger sur Barkhane. C'est l'Afrique qui donne à la France sa diplomatie d'influence vis-à-vis de ses partenaires." Mais selon Antoine Glaser, "les jihadistes ont déjà gagné puisqu'il n'y a plus d'occidentaux de la Mauritanie jusqu'au Soudan".

franceinfo : Cette attaque est-elle un acte de guerre ?

Antoine Glaser : Absolument ! Non seulement c'est un acte de guerre, mais ça peut aussi être considéré comme une provocation. Gao est la dernière grosse base française au Mali, mais c'était là aussi que les jihadistes s'étaient installés en 2013.

Et puis, cela tombe au plus mauvais moment pour la France. Ses partenaires européens refusent de plus en plus de maintenir leur présence dans la force Takuba et les relations avec la junte malienne sont très compliquées parce qu'elle demande la révision des accords de défense, en particulier des accords aériens qui permettent justement d'alimenter la base de Gao à partir d'une base en Côte d'Ivoire. 

En plus, cela tombe à un moment vraiment compliqué pour le pouvoir français parce qu'on sent bien qu'à quelques mois de la présidentielle, Emmanuel Macron ne tient pas du tout à bouger sur Barkhane, même s'il a annoncé que le nombre de militaires allait être réduit de 5 000 à 2 500.

Quelle est la solution de repli ?

Je ne sais pas, mais on voit bien que la situation n'est pas à la lutte antiterroriste. Je pense qu'on est dans une nouvelle phase historique, une période de décolonisation. L'Afrique est en train de se mondialiser extrêmement rapidement. La France est donc de plus en plus hors-sol par rapport à une situation sociale, économique et politique qui ne correspond plus du tout à la période de la guerre froide, quand il y avait des dizaines de milliers de personnes autour de l'armée française, des coopérants, et une présence civile française extrêmement importante.

D'une certaine façon, les jihadistes ont déjà gagné puisqu'il n'y a plus d'occidentaux de la Mauritanie jusqu'au Soudan. Il suffit de regarder une carte de conseils aux voyageurs du quai d'Orsay : tout est en rouge ! Même le nord de la Côte d'Ivoire, du Togo, ou encore du Bénin.

Pourquoi ne pas partir ?

C'est une décision politique. C'est l'Afrique qui donne à la France et à Emmanuel Macron sa diplomatie d'influence vis-à-vis de ses partenaires. C'est la présence militaire française en Afrique. Ce n'est pas un hasard si le seul poste réellement important que la France contrôle encore aux Nations-Unies est celui du Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix. C'est pour ça qu'elle est entre le marteau et l'enclume et c'est pour ça qu'Emmanuel Macron est piégé. En février, il va organiser une grande réunion sur l'Afrique à Bruxelles, à l'occasion de la présidence française de l'Union Européenne. En même temps, il voit bien qu'il est seul au front au Sahel.

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