Ce qu'il faut savoir sur Soumaïla Cissé, l'homme politique malien qui a été libéré avec l'otage française Sophie Pétronin

Soumaïla Cissé, le président de l'URD, a été kidnappé le 25 mars 2020 dans le nord du Mali alors qu'il était en campagne pour les élections législatives. 

Un homme tient une pancarte où est inscrit \"Libérez Soumaïla\" lors d\'une manifestation le 2 juillet 2020 à Bamako, au Mali, pour exiger la libération du chef de file de l\'opposition malienne.
Un homme tient une pancarte où est inscrit "Libérez Soumaïla" lors d'une manifestation le 2 juillet 2020 à Bamako, au Mali, pour exiger la libération du chef de file de l'opposition malienne. (MICHELE CATTANI / AFP)

Soumaïla Cissé, le chef de file de l'opposition malienne, est libre après plus de six mois de captivité. Il est arrivé à l'aéroport de Bamako, la capitale malienne, le 8 octobre 2020 avec l'otage française Sophie Pétronin. Le président de l'Union pour la République et la démocratie (URD) et sa délégation, soit douze personnes au total, avaient été enlevés le 25 mars 2020 dans la circonscription électorale de Niafunké (région de Tombouctou, nord-ouest du Mali) alors qu'il était en campagne pour les législatives du 29 mars.  

Sa libération, une revendication politique

Soumaïla Cissé était en déplacement dans son fief électoral quand il a été enlevé. Son garde du corps, Mohamed Cissé, a été tué pendant l'attaque et quatre personnes ont été libérées quelques heures après le kidnapping. Les autres le seront les jours suivants. L'enlèvement, inédit, de l'opposant malien n'a fait l'objet d'aucune revendication de ses ravisseurs.

Outre la démission du président Ibrahim Boubacar Keïta, qui a été renversé par la junte malienne en août 2020, la libération du leader de l’opposition malienne était devenue une revendication lors des différentes manifestations du M5, la coalition de la société civile malienne qui réclamait le départ d’IBK depuis juin 2020. Un appel qui sera relayé en dehors du Mali par de nombreux responsables politiques africains. Ils seront rejoints par plusieurs personnalités de la société civile. 

Un vétéran de la vie politique malienne

Soumaïla Cissé, que les Maliens surnomment affectueusement "Soumi", est une figure de la vie politique malienne depuis le début des années 90. Il est né le 20 décembre 1949 à Tombouctou, dans le nord du pays. Une appétence pour les sciences marque son parcours scolaire. Il fait ses études universitaires à Dakar et en France, à Montpellier. "En 1977, il est ingénieur en informatique et en gestion et major de sa promotion de l'Institut des sciences informatiques de Montpellier. Sa carrière universitaire est couronnée en troisième cycle par un certificat d’aptitude d’administration des entreprises obtenu en 1981 à l’Institut d’administration des entreprises de Paris", précise sa biographie officielle.

Après avoir travaillé pour plusieurs entreprises françaises – IBM, Thomson et Pechiney –, il retourne au Mali en 1984. Soumaïla Cissé rejoint la CMDT, l'entreprise d'Etat qui gère la filière coton, l'une des principales ressources du Mali dont il deviendra le directeur général par intérim. En 1991, année de l’avènement du multipartisme, il se lance en politique. En mai, il est l’un des cofondateurs de l’Alliance pour la démocratie au Mali (Adema) qui porte Alpha Oumar Konaré à la tête du pays. Soumaïla Cissé devient alors le Secrétaire général de la présidence. Il sera ensuite ministre des Finances (1993-2000), puis de l’Equipement, de l’Aménagement du territoire, de l’Environnement et de l’Urbanisme (2000-2002).

Aspirant à la magistrature suprême

Depuis 2002, Soumaïla Cissé souhaite accéder à la présidence malienne. La première fois où il brigue un mandat présidentiel, c’est sous les couleurs de l’Adema qui le choisit lors de primaires. Il est battu par Amadou Toumani Touré.

Il quitte alors la scène politique malienne pour rejoindre, en 2003,  l'Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) dont le siège se trouve à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. La même année, Soumaïla Cissé crée son propre parti l'URD qui devient la deuxième force politique du pays après l'Adema grâce aux députés élus aux législatives de 2007.

Entre-temps, en 2004, il a est devenu le président de la Commission de l'Uemoa. Après deux mandats de quatre ans, il quitte l'organisation fin 2011. Même s'il ne l'avoue pas, Soumaïla Cissé a déjà d'autres projets en tête. Ils se résument en deux mots : magistrature suprême.

Cependant, le Mali qu'il retrouve est un pays en crise. Des terroristes, affiliés à Al-Qaïda au Mahghreb islamique (AQMI), sont installés dans le Nord, en pays touareg. Dans la nuit du 21 au 22 mars 2012, un coup d'Etat va chasser Amadou Toumani Touré du pouvoir. Une transition s'installe et la présidentielle a finalement lieu en 2013. Ibrahim Boubacar Keïta, alias IBK, gagne le scrutin devant Soumaïla Cissé, candidat de l'URD. Il n'est pas devenu président de la République, mais Soumaïla Cissé intègre l'Assemblée nationale lors des législatives de cette année-la. Il représente la circonscription de Niafunké, dans la région de Tombouctou. En 2014, il devient le président de l'URD et un an plus tard, le chef de file de l'opposition malienne.  

En 2018, Soumaïla Cissé tente de nouveau l'aventure présidentielle. S'il a grâcieusement admis sa défaite à la présidentielle de 2013, ce ne sera pas le cas cinq ans plus tard. Le régime d'IBK est de plus en plus contesté. "Notre responsabilité historique est de veiller à ce que chaque Malien puisse choisir librement son candidat et que le vote soit sincère et crédible. Il y a péril en notre démocratie. L'unité d'action des candidats contre les dérives du régime en place n’a qu’une raison d’être : éviter le holdup électoral, sauver notre démocratie et exiger la mise en place de conditions minimalement acceptables en vue d’un second tour", confiait Soumaïla Cissé à franceinfo Afrique entre les deux tours de la présidentielle.