L’imam Mahmoud Dicko, tenant d’un islam rigoriste, défie de nouveau le régime malien

Beaucoup de Maliens se sont rassemblés le 5 juin 2020 pour demander la démission du président à l'appel d'une coalition comprenant, entre autres, le mouvement du populaire imam malien.

Des manifestants qui brandissent une pancarte appelant le régime du président malien à \"dégager\" le 5 juin 2020 dans le cadre d\'un rassemblement organisé à Bamako par une coalition dont fait partie le mouvement de l\'imam Mahmoud Dicko. 
Des manifestants qui brandissent une pancarte appelant le régime du président malien à "dégager" le 5 juin 2020 dans le cadre d'un rassemblement organisé à Bamako par une coalition dont fait partie le mouvement de l'imam Mahmoud Dicko.  (MICHELE CATTANI / AFP)

La cible est toujours la même. "Nous condamnons la mauvaise gestion du régime, les malversations, les détournements, le mensonge", a déclaré l'imam Mahmoud Dicko le 5 juin 2020, lors d'une manifestation appelant à la démission du président malien Ibrahim Boubacar Keïta, la plus grande dans la capitale Bamako depuis celle organisée en avril 2019 par le leader religieux .

"IBK n'aime pas les ultimatum, mais cette fois, s'il ne nous écoute pas, il verra pire qu'aujourd'hui", a-t-il poursuivi, Place de l’Indépendance, devant une foule estimée à 20 000 personnes par une source policière et à un million par les organisateurs. Ces derniers se sont réunis dans une nouvelle alliance formée, entre autres, par la Coordination des mouvements, associations et sympathisants (CMAS) de l'imam Mahmoud Dicko, du Front pour la sauvegarde de la démocratie (FSD) qui regroupe des partis d'opposition dont le principal d'entre eux –  l'Union pour la République et la démocratie (URD) privé de son président Soumaïla Cissé qui a été enlevé dans le nord du pays depuis plus d'un mois , et d'Espoir Mali Koura (EMK), un mouvement de la société civile dirigé par le cinéaste et ancien ministre de la Culture Cheick Oumar Sissoko.

Dans un communiqué, rapporte RFI, le gouvernement malien s'est dit prêt au dialogue avec le collectif à l'origine de la manifestation du 5 juin. 

Un imam rigoriste allié avec l'opposition et la société civile

Seul ou dans une coalition, l'imam Dicko maintient savamment la pression sur le régime malien. En mars 2020, il avait annulé un appel à manifester à la demande de l'un de ses alliés traditionnels, le chérif de la localité de Nioro du Sahel (nord-ouest), Bouyé Haïdara. Le rassemblement avait pour objectif de dénoncer, encore une fois, les maux dont souffre le Mali. 

Un an plus tôt, lors de la manifestation d'avril 2019, il avait appelé à la démission du Premier ministre d'alors, Soumeylou Boubèye Maïga, qui avait rendu son tablier quelques jours tard, après la tuerie de quelque 160 civils peuls à Ogossagou (centre) et une série de manifestations contre la gestion de l'Etat.

Tenant d'un islam rigoriste et à la tête, jusqu'en avril 2019, du Haut conseil islamique du Mali (HCIM), principale organisation islamique d'un pays à plus de 90% musulman, l'imam Dicko entretient depuis des années des relations en dents de scie avec le chef de l'Etat.

Par le passé, il a fortement contribué à faire reculer les autorités sur l'octroi de davantage de droits aux femmes, l'interdiction de l'excision et un projet de manuel scolaire prônant la tolérance envers l'homosexualitéDepuis la création de son mouvement en septembre 2019, l'imam Dicko est devenu un critique vigoureux du pouvoir d'autant qu'il jouit d'une large assise populaire au Mali. Après le lancement du CMAS, beaucoup lui ont prêté des intentions politiques, ce dont il s'est défendu. Il a pourtant des propositions pour l'avenir de son pays.

Avocat d'un dessein religieux pour le Mali et du dialogue avec les jihadistes

Inspiré par la doctrine wahhabite, en vigueur en Arabie saoudite où il a reçu une partie de sa formation théologique, le religieux prône "une refondation" sur la base de valeurs sociétales et religieuses. L'imam Dicko est également partisan d'un dialogue avec les groupes jihadistes maliens. Il avait mené une "mission de bons offices" en 2017 auprès de ceux présents dans le nord et le centre du Mali.

En février 2020, le président Keïta a reconnu pour la première fois l'existence de contacts avec les groupes jihadistes, les justifiant par la nécessité de trouver une solution face à l'effusion de sang au Sahel.

Le Mali est en proie depuis 2012 à une profonde crise multiforme, sécuritaire, politique et économique. Les insurrections indépendantistes, puis jihadistes menées par les groupes liés à Al-Qaïda et à l'Etat islamique, ainsi que les violences intercommunautaires, ont fait des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés.

Parties du nord du Mali, ces violences se sont propagées au centre, puis au Burkina Faso et au Niger voisins. Elles se doublent de toutes sortes de trafics et de vastes pans du territoire échappent ainsi à l'autorité de l'Etat.