Volte-face de Ziad Takieddine : Henri Guaino s'interroge sur "le discernement des juges d'instruction"

L'ancien conseiller spécial à l'Élysée de Nicolas Sarkozy estime que le pouvoir des juges est "énorme" et qu'un "tel pouvoir ne peut continuer à être accompli sans avoir de comptes à rendre à personne".

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Henri Guaino, ancien conseiller spécial à l’Élysée de Nicolas Sarkozy, le 11 juillet 2017. (BERTRAND GUAY / AFP)

"Je me suis dit que le moment allait peut-être venir où il faudra se poser la question de savoir si la justice dans cette affaire, a agi avec le discernement nécessaire", a réagi jeudi 12 novembre sur franceinfo Henri Guaino, ancien conseiller spécial à l’Élysée de Nicolas Sarkozy alors que Ziad Takieddine, le principal accusateur de Sarkozy dans l'enquête sur les soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007, a changé de version auprès de Paris Match et BFMTV. L'homme d'affaire franco-libanais aujourd'hui en fuite, innocente désormais l'ancien président de la République.

franceinfo : Quand vous avez entendu ces propos de Takieddine hier soir, qu'est-ce que vous vous êtes dit ?

Henri Guaino : Je me suis dit ce que je me dis depuis le début de toutes ces affaires, qui concernent Nicolas Sarkozy et qui sont encore en cours, que j'ai le sentiment, d'abord, qu'elles ont toutes été instruites à charge. Et que le moment allait peut-être venir où il faudra se poser la question de savoir si la justice dans cette affaire, a agi avec le discernement nécessaire. On verra la suite de cette histoire, mais je ne suis pas l'avocat de Nicolas Sarkozy. Je ne suis pas partie prenante dans ce dossier. Je ne connais pas tous les éléments du dossier. [Depuis les annonces de Ziad Takieddine hier], je n'en ai pas rediscuté avec lui. On en a souvent discuté dans les années passées. Encore une fois, je ne suis pas son avocat et je ne suis pas dans le dossier, mais mon intime conviction - qui ne vaut pas preuve - c'est que tout ça ne tient pas debout. Maintenant, on verra ce qui reste dans le dossier après le démenti apporté par monsieur Takieddine.

L'ancien chef de l'État a été mis en examen le mois dernier, notamment pour association de malfaiteurs dans cette affaire, souhaitez-vous - comme Nicolas Sarkozy - que sa mise en examen soit levée ?

Encore une fois, après sept ans et demi, presque huit ans d'instruction et de procédures, il va être nécessaire de s'interroger - si ce dossier n'aboutit pas - sur le discernement des juges d'instruction. Parce que ce n'est pas neutre sur la réputation d'un homme ce genre d'incrimination. Ce n'est pas neutre sur les institutions parce qu'il s'agit d'un ancien président de la République. Et ça laisse quand même s'interroger sur le rapport entre notre système judiciaire et la défense des libertés de chacun.

En 2016, après les dernières révélations à l'époque de Ziad Takieddine au moment où Nicolas Sarkozy était candidat aux primaires de la droite, l'ancien chef de l'État avait dit qu'il ne fallait pas croire Ziad Takieddine "un homme qui a fait de la prison, qui est un menteur". Pourquoi faudrait-il le croire aujourd'hui ?

Je vais vous retourner la question : comment construire un tel dossier sur les dires d'un tel personnage ? Pourquoi le croire aujourd'hui ? Pourquoi l'avoir cru hier ?

Même si tout le dossier ne repose pas uniquement sur le témoignage de Ziad Takieddine, pensez-vous que les quatre juges qui l'ont entendu toutes ces années se sont fait avoir ?

Nous savons qui est monsieur Takieddine, comme nous savons d'ailleurs qui sont tous les gens qui ont accusé Nicolas Sarkozy dans ce dossier : des proches de Kadhafi etc. Est-ce que tout cela était crédible ? Les juges ont voulu croire que oui. Maintenant, on ne peut pas m'expliquer qu'il était menteur hier et qu'il est n'est pas crédible aujourd'hui.

La question est : a-t-il jamais été crédible ? Peut-on construire un tel dossier aussi à charge contre un ancien président de la République sur ce genre de témoignage ? 

Henri Guaino, ancien conseiller spécial à l’Élysée de Nicolas Sarkozy

à franceinfo

C'est une question qui est posée. On verra à la fin ce qu'en pensera le tribunal, si jamais on va jusqu'au procès, si le dossier tient jusque-là [...] J'espère qu'il y aura des procédures suffisamment sérieuses aussi pour vérifier comment la justice a mené cette instruction et s'il y a eu des pressions particulières.

Souhaitez-vous par exemple que le juge Tournaire - qui n'est plus en charge du dossier aujourd'hui - s'explique ?

Je ne sais pas si je souhaite qu'il s'explique, mais je souhaite qu'en fonction de ce qui sort de ce dossier il y ait une enquête sérieuse. Le fonctionnement de la justice aujourd'hui nous pose un vrai problème dans une société qui est déjà une société en crise. Il y a des questions qui se posent sur le fonctionnement de la justice et sur ce que monsieur Dupond-Moretti a appelé aussi la responsabilité des juges. Il faut qu'ils agissent. Ils ont un pouvoir énorme. Ils doivent agir avec discernement et un tel pouvoir ne peut pas être, ne peut continuer à être accompli sans avoir de comptes à rendre à personne. Ce qui va sortir de cette affaire est extrêmement important pour le climat général de la démocratie.

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