Somalie : des conscrits envoyés en formation en Erythrée auraient combattu au Tigré

Des familles sont sans nouvelles de leurs enfants depuis des mois. Le gouvernement somalien parle, lui, de "propagande".

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Le 10 juin 2021, des femmes manifestent dans Mogadiscio, la capitale de la Somalie. Elles réclament des nouvelles de leurs fils, conscrits envoyés en Erythrée pour suivre une formation militaire. (FEISAL OMAR / REUTERS)

Ce 10 juin, elles sont une poignée rassemblées dans le centre de Mogadiscio, la capitale de la Somalie, surveillées de près par des soldats en armes. Une pancarte sommairement réalisée à la main, ces mères tentent en vain d'obtenir du gouvernement des nouvelles de leurs enfants. Officiellement, ces conscrits ont rejoint l'Erythrée dans le cadre d'un accord de formation militaire entre les deux pays. Mais certains n'ont pas donné de nouvelles depuis plus d'un an. "Que sont-ils devenus ?", interrogent les parents. Les familles, qui se démènent depuis le début de l'année, ont saisi les parlementaires. La commission des Affaires étrangères a écrit au chef de l'Etat somalien, Mohamed Abdullahi Mohamed, pour s'enquérir du "nombre de soldats formés en Erythrée" et savoir "quand ils doivent rentrer au pays".

Combattants au Tigré ?

Face au silence des autorités somaliennes, la colère et la rumeur enflent. Ces jeunes conscrits auraient été envoyés combattre au Tigré, en Ethiopie, aux côtés des forces érythréennes alliées d'Addis Abeba. Certains y auraient trouvé la mort. Des récits qualifiés de "propagande" par le ministre somalien de l'Information, Osman Abukar Dubbe. "Il n'y a pas eu de troupes somaliennes combattant au Tigré et le gouvernement éthiopien n'a fait aucune requête en ce sens", a-t-il assuré le 19 janvier.

D'autres jeunes recrues, affirment des parents, ont eu un parcours très étrange. Officiellement envoyés au Qatar pour leur formation militaire, ces jeunes hommes n'y seraient jamais arrivés. Les autorités auraient masqué aux recrues leur réelle destination. En fait, ils s'envolaient pour l'Erythrée.

Les femmes prétendent que leurs fils ont été envoyés combattre au Tigré, enrôlés dans les troupes érythréennes. (FEISAL OMAR / REUTERS)

Hussein Warsame raconte à l'agence Reuters que son fils Sadam est parti en octobre 2019. Il n'a plus eu de ses nouvelles jusqu'en novembre 2020, quand il reçoit enfin un appel. Sadam et ses compagnons pensaient atterrir au Qatar. En fait, ils sont en Erythrée, et les nouvelles ne sont pas bonnes. "Papa, c'est pas une vie ici. On n’a rien à manger, et quand une recrue proteste il prend une balle", lui confie Sadam.

Mais le pire attendait Ali Jamac Dhoodi. Lui aussi pensait son fils au Qatar. Jusqu'au jour où des hommes des services secrets somaliens se sont présentés à son domicile. Ils lui ont demandé de reconnaître son fils sur une photo. "Il est mort", lui ont-ils annoncé alors. Et pour 10 000 dollars en cash, ils lui ont demandé de ne pas poser de questions.

Un millier de conscrits en Erythrée ?

Autant de témoignages impossibles à recouper, qui sont bien sûr sujets à caution. Désormais, des sources parlent d'un millier de jeunes conscrits envoyés en Erythrée en trois groupes. L'un est rentré, l'autre est toujours sur place, et le troisième est injoignable.

Que sont devenus ces enfants dont les familles sont sans nouvelles ? Pourquoi avoir parfois caché leur réelle destination ? Selon un spécialiste de la région, interrogé par l'AFP, l'envoi au Tigré d'un petit contingent de soldats somaliens entraînés par l'Erythrée est plausible.

La demande des familles semble enfin avoir été entendue. Le Premier ministre somalien Mohamed Hussein Roble a nommé samedi 12 juin un comité pour enquêter sur le sort de ces garçons disparus. Un comité composé de cinq membres dont le ministre de la Défense et l'ambassadeur de Somalie en Ethiopie.

Reste à savoir si cela relève d'un réel soucis de transparence, ou juste d'une manœuvre pour calmer l'agitation provoquée par l'affaire.

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