Niger : le barrage de Kandadji doit permettre l'électrification du pays et la réduction des crises alimentaires

Le Niger a lancé la construction de son premier barrage hydroélectrique qui rendra possible la création de 45 000 hectares de surfaces irriguées.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Un militaire nigérien monte la garde près du chantier du premier barrage que le pays construit sur le fleuve Niger, dans la région ouest des Trois frontières (Niger-Mali-Burkina Faso), l'une des zones du Sahel les plus touchées par les attaques jihadistes, le 10 septembre 2021. (BOUREIMA HAMA / AFP)

Programmé dès les années 70, le barrage de Kandadji situé à 180 kilomètres au nord de Niamey, sort enfin de terre. Il permettra au Niger de s'affranchir de sa dépendance énergétique vis-à-vis du Nigeria voisinA peine 15% des 21 millions de Nigériens ont accès à l’électricité, selon la Société nigérienne d'électricité (Nigelec).

Une digue de plus de 8 kilomètres 

Ce projet de 740 milliards de francs CFA (1,1 milliard d'euros) avec sa digue de 28 mètres de haut et ses 8,5 kilomètres de long aura une capacité de retenue de 1,5 milliard de mètres cubes. Une centrale de 130 mégawatts verra le jour, ce qui permettra au Niger de s'affranchir de sa dépendance énergétique vis-à-vis du Nigeria voisin.

Dans cet immense pays aux deux tiers désertiques, le rêve de ce barrage de Kandadji sur le fleuve Niger, dans l'extrême ouest du pays, date des années 70. Suite à une terrible famine, le général-président Seyni Koutché (1974-1987) avait envisagé à l'époque de doter le pays d'un barrage hydroélectrique de grande envergure. Et tous les chefs d'Etat qui lui ont succédé ont fait de cette infrastructure une priorité, mais le barrage n'a jamais vu le jour.

Une première pierre a bien été posée en 2008 sous la présidence de Mamadou Tandja, mais l'instabilité politique des années qui ont suivi a mis un coup d'arrêt au projet. D'abord confiés à la société russe Zaroubegevodstroï (ZVS), les travaux sont désormais opérés par l'entreprise chinoise Gezhouba Group Company Limited.

Déjà maintes fois repoussée – d'abord à 2016 puis à 2023 , la date de mise en eau est désormais fixée à 2025 selon les autorités, après de nouveaux retards dus à la pandémie de Covid-19.

50 000 personnes déplacées

Le financement du barrage est assuré par la Banque mondiale, la Banque africaine de développement et l'Agence française de développement. 50 000 personnes devront être déplacées, mais 7 000 ont déjà été relogées, assure l'Agence du barrage de Kandadji (ABK).

"Il y a sept ans de cela, j'étais sur ce site et j'étais reparti déçu, mais aujourd'hui je repars très satisfait des progrès accomplis", constatait en mai 2021 Ousmane Diagana, le vice-président de la Banque mondiale pour l'Afrique de l'Ouest qui assure un quart du financement.

Situé à quelque 180 kilomètres en amont de Niamey, en pleine zone des Trois frontières – aux confins du Niger, du Mali et du Burkina Faso , le projet a pour l'instant été épargné par les attaques jihadistes qui endeuillent régulièrement la région.

"Nous allons accroître le nombre de soldats pour permettre au chantier de tourner jour et nuit"

Mohamed Bazoum, président du Niger

à l'AFP

Une étude d'impact environnemental a été finalisée en 2018 par la Banque africaine de développement. Si d'autres options comme le solaire ou l'éolien ont été évaluées, le rapport a conclu que seul le barrage pouvait remplir les objectifs fixés, les énergies alternatives ne pouvant "pas répondre à des besoins énergétiques à grande échelle".

Réguler le fleuve Niger

"La seule solution qui peut régler le problème récurrent de l'insécurité alimentaire au Niger, c'est le barrage de Kandadji car il y aura 45 000 hectares de terres qui seront mises en valeur pour améliorer la production", explique Ousmane Danbadji, responsable du Réseau des journalistes eau et assainissement. L’irrigation est une nécessité dans un pays où 80% de la population vit d'une agriculture dépendante des pluies. Les projections estiment que 400 000 tonnes de riz, maïs et produits maraîchers seront produites en plus chaque année, selon l'Agence du barrage.

Le barrage régulera également le Niger, troisième fleuve d'Afrique qui traverse le pays sur 550 kilomètres et alterne entre baisse de son débit et crues mortelles chaque année. En dépit de sa courte durée de trois à quatre mois maximum – de juin à août ou septembre – la saison des pluies est régulièrement meurtrière.

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