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Mozambique : trois clés pour comprendre la situation dans la province de Cabo Delgado, cible des jihadistes

Des milliers de personnes fuient le nord-est du pays après une attaque d'ampleur qui a fait des dizaines de tués parmi les civils. La région est en proie à une insurrection islamiste depuis plus de trois ans.

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Le port de pêche de Paquitequete près de Pemba, au Mozambique, le 29 mars 2021. C'est ici qu'arrivent à bord de bateaux à voile les personnes déplacées des côtes de Palma et d'Afungi suite aux des attaques des jihadistes. (ALFREDO ZUNIGA / AFP)

La montée en puissance des jihadistes au Cabo Delgado, dans le nord-est du Mozambiquecomplique la situation de ce pays pauvre d'Afrique australe, qui mise sur l'exploitation d'immenses réserves de gaz naturel pour augmenter ses revenus et s'assurer une stabilité économique. Retour sur la situation dans la région.

Le Nord, une région stratégique

Ancienne colonie portugaise, le Mozambique est indépendant depuis 1975 seulement. Après des années de guerre civile (1976-1992), des accords de paix ouvrent une période de stabilité relative. Situé sur la côte orientale du continent africain, ce grand pays multiconfessionnel de plus de trente millions d’habitants est l’un des moins développés au monde. Et pourtant, ses sols regorgent de richesses naturelles, avec notamment d’immenses réserves de gaz qui attirent les plus grandes compagnies internationales, dont le groupe français Total. Elles se trouvent au large de province de Cabo Delgado, dans le nord-est du pays. La zone est donc stratégique pour l’exploitation et l’exportation gazière. 

Carte du Mozambique localisant la province de Cabo Delgado et la ville de Palma (AFP)


L'émergence d'un groupe islamiste armé 

Le Cabo Delgado à majorité musulmane est l’une des provinces les plus pauvres du Mozambique. Le boom gazier et les investissements à plusieurs milliards de dollars ont renforcé la frustration des populations qui se sentent exclues par cet enrichissement promis. L’environnement a donc été favorable à l’émergence d’un mouvement insurrectionnel. Il sera islamiste avec la naissance d’abord d’une organisation religieuse prénommée Ansar al Sunna (les partisans de la tradition). Dès 2015, celle-ci prône la lutte contre la corruption et l'application de la charia (la loi islamique). Le mouvement que l’on appelle aussi al-Shebab (les jeunes en arabe) prend une tournure violente et mène ses premières attaques en 2017. Depuis, il monte en puissance et lance des actions, comme sur la ville de Palma le 27 mars dernier, au nom du groupe Etat islamique auquel il a prêté allégeance.

Une situation hors de contrôle ?

L'immense projet gazier piloté par le groupe français Total devrait faire du Mozambique l’un des principaux exportateurs mondiaux de gaz naturel liquéfié. Mais aujourd’hui, l'insécurité met à mal ce projet ambitieux.

L’armée mozambicaine s’est montrée incapable de contrer la guérilla islamiste qui contrôle une bonne partie de la zone côtière, y compris le port de Mocimboa da Praia, crucial pour l'arrivée du matériel nécessaire aux installations gazières. Après avoir sous-estimé la menace qu'il qualifiait de simple banditisme, le gouvernement mozambicain a finalement demandé à l'Union européenne, fin septembre 2020, son soutien pour stopper le péril jihadiste qui menace la stabilité du pays et de la région.

Depuis 2017, les violences ont fait au moins 2 600 morts et provoqué le déplacement de près de 700 000 personnes. C’est énorme pour ce pays pauvre qui a dû faire face ces deux dernières années à des intempéries dévastatrices, dont un cyclone et une pandémie. L’ONU s’inquiète face à cette escalade de la violence qui aggrave la crise humanitaire déjà en cours.

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