"Idir, un Kabyle du monde" : sur les traces d'une légende berbère

Le journaliste Farid Alilat retrace la carrière du chanteur berbère avec une biographie,"Idir, un Kabyle du monde", truffée d'informations. Indispensable.

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Le chanteur kabyle Idir au 10e Festival international de musique Mawazine-Rythmes du monde à Rabat, le 26 mai 2011. (ABDELHAK SENNA / AFP)

Pourquoi une biographie sur Idir ? Les raisons sont nombreuses, multiples. Parce que l'artiste, disparu en mai 2020 à l'âge de 75 ans, n'est pas un musicien ordinaire. "Idir n'est pas un chanteur comme les autres. C'est un membre de chaque famille", disait de lui le sociologue Pierre Bourdieu. Parce que celui qui est devenu interprète par accident a marqué plusieurs générations des deux côtés de la Méditerranée et au-delà. Parce qu'écouter Idir, c'est à la fois remonter le temps et entamer un voyage initiatique et politique. Avec Idir, un Kabyle du monde (Editions du Rocher), Farid Alilat nous fait suivre, pas à pas, le chemin parcouru par l'immense artiste. Le journaliste de Jeune Afrique a enquêté auprès d'une quarantaine de témoins qui ont vécu, travaillé ou chanté avec idir. Une mine d'informations.

De la Kabylie au monde

D'un coup, et d'un seul, l'Algérie découvrait un nouveau son et des textes qui font exploser le carcan culturel officiel des années 70. Dans l'Algérie autoritaire du président Houari Boumédiène, une génération d'artistes, appelée par l'écrivain Kateb Yacine "les maquisards de la chanson", apporte un nouveau regard, un nouveau narratif qui fissure, à coups de notes et de poésie subversive, l'unicité imposée par le régime. "Dans cette Algérie du début des années 1970, la promotion de la langue berbère est farouchement combattue par le régime de Boumédiène. Une nouvelle génération de jeunes chanteurs émerge pour porter cette langue et cette identité kabyles", relève Farid Allilat. 

"On connaissait la chanson traditionnelle avec mandole ou une lourde orchestration, des mélopées de violons inspirées de la chanson orientale. On découvre un jeune homme de 28 ans, seul, avec sa guitare et ses textes qui chante comme on n'avait jamais entendu chanter"

Farid Alilat, biographe

"Idir, un Kabyle du monde"

Humanisme et universalisme

L'artiste qui a emmené son village au monde a (difficile de parler d'Idir au passé, d'autant plus que son nom de scène signifie "il vivra" en kabyle) toujours prôné une identité plurielle apaisée. Le public français le découvre en 1975 avec sa chanson A Vava Inouva, diffusée sur France Inter par Jean-Pierre Elkabbach. Succès immédiat. La chanson est traduite dans une vingtaine de langues. Elle est le fruit d'un travail et d'une complicité avec le poète Ben Mohamed, qui a écrit près d'une dizaine de textes pour lui. A Ben Mohamed les racines, à Idir les ailes. Farid Alilat retrace la carrière d’Idir en France et nous fait vivre son dernier album (Ici et ailleurs) avec les grands noms de la chanson française.  

Dans la nuit du 2 au 3 mai 2020, El Hamid Cheriet, son vrai nom, décède à l'hôpital Bichat à Paris. Idir, son nom d'artiste, continue de vivre. 

Idir, un Kabyle du monde, de Farid Alilat, aux éditions du Rocher (avril 2022)

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