Discours d'Emmanuel Macron aux harkis : on vous explique pourquoi l'Etat français a mis 60 ans pour "réparer ses manquements"

Reconnaissant un "manquement" à l'égard de ces auxiliaires de l'armée française, le chef de l'Etat a annoncé qu'un texte de loi serait voté "avant la fin de l'année".

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Des vétérans harkis se préparent lors d'une cérémonie aux Invalides, à l'occasion de la  journée nationale d'hommage aux harkis, le 25 septembre 2018 à Paris. (PHILIPPE LOPEZ / AFP)

Une cérémonie pour "apaiser". Emmanuel Macron a présidé une réception consacrée aux harkis, lundi 20 septembre, pour "franchir un nouveau pas" vers la reconnaissance de la responsabilité de l'Etat français dans les souffrances de ces anciens combattants aux côtés de l'armée française durant la guerre d'Algérie. Ce rendez-vous avait été annoncé en janvier, lors de la remise du rapport de l'historien Benjamin Stora visant à promouvoir "l'apaisement des mémoires" autour de la guerre d'Algérie, mais s'est tenu à une date symbolique, à cinq jours de la journée nationale d'hommage aux harkis, célébrée tous les 25 septembre depuis 2001.

Qu'ont subi les harkis ?

Les harkis sont d'anciens combattants algériens – jusqu'à 200 000 hommes  recrutés comme auxiliaires de l'armée française pendant le conflit qui opposa de 1954 à 1962 des nationalistes algériens à la France. Ils tirent leur nom du mot "harka", qui signifie "mouvement" en arabe. Mais au lendemain de la signature des accords d'Evian du 18 mars 1962, consacrant la défaite française en Algérie, le gouvernement français refuse leur rapatriement massif. Une partie d'entre eux est alors victime de sanglantes représailles en Algérie. Quelque 42 000 autres, souvent accompagnés de femmes et d'enfants, sont transférés en France, tandis qu'environ 40 000 autres parviennent à rejoindre l'Hexagone par des filières clandestines. Mais à leur arrivée, ils sont placés dans des "camps de transit et de reclassement" aux conditions de vie indignes et durablement traumatisantes.

Que demandent-ils à la France ? 

Les harkis ont connu une intégration difficile en France, à la fois assimilés à des immigrés et rejetés par les immigrés. En 2000, le président algérien Abdelaziz Bouteflika les qualifie de "collaborateurs" et, tout en critiquant leurs conditions de logement en France, il exclut leur retour en Algérie, qui n'est "pas leur pays".

Depuis 1974, plusieurs enfants de harkis ont mené des grèves de la faim et marches de protestation pour obtenir la reconnaissance de leur drame et une amélioration de leur sort. Une plainte pour "crimes contre l'humanité" a été déposée par huit harkis en août 2001 à Paris. Celle-ci faisait état de 150 000 victimes mais n'a pas abouti.

Les associations de harkis réclament aujourd'hui, dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron, qu'une "loi de reconnaissance de l'abandon des harkis" soit votée d'ici "la fin de l'année". "On vous a vu avoir le courage de reconnaître des pages sombres de notre histoire, sur la guerre d'Algérie, le Rwanda ou les essais nucléaires en Polynésie", y écrit l'Association justice information réparation pour les harkis (Ajir).

"Nous avons espoir que vous serez celui qui mettra fin à soixante ans d'une certaine hypocrisie consistant à reconnaître l'abandon des harkis dans les discours mais à la refuser dans une loi."

L'Association justice information réparation pour les harkis

dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron

Quels gestes l'Etat français a-t-il fait ?

En août 2001, la France instaure la première journée d'hommage national aux harkis, fixée au 25 septembre. Ce jour-là, le président Jacques Chirac déclare que "les massacres commis en 1962, frappant les militaires comme les civils, les femmes comme les enfants, laisseront pour toujours l'empreinte de la barbarie. Ils doivent être reconnus"Le 23 février 2005, une loi prévoit une allocation de reconnaissance pour "les harkis, leurs orphelins et les rapatriés d'origine européenne".

En 2016, François Hollande reconnaît les "responsabilités des gouvernements français dans l'abandon des harkis, les massacres de ceux restés en Algérie et les conditions d'accueil inhumaines des familles transférées dans les camps en France"

En septembre 2018, la secrétaire d'Etat aux Armées Geneviève Darrieussecq présente un "plan harkis" comprenant le déblocage de 40 millions d'euros sur quatre ans pour revaloriser les pensions des anciens combattants et venir en aide à leurs enfants qui vivent dans la précarité. Un montant que les représentants harkis jugent alors très insuffisant. La même année, le Conseil d'Etat condamne pour la première fois l'Etat à indemniser un fils de harki ayant subi des "séquelles" liées aux conditions de vie "indignes" dans les camps où il a vécu en France.

Qu'a annoncé Emmanuel Macron ?

Lundi, quelque 300 personnes étaient invitées à l'Elysée : des harkis, tous très âgés, soixante ans après la fin du conflit algérien, mais aussi leurs descendants, des responsables d'associations et des personnalités. Emmanuel Macron a décoré Salah Abdelkrim, un représentant harki blessé au combat, un officier français, le général François Meyer, qui a organisé le rapatriement "de plusieurs centaines de harkis en désobéissant aux ordres", et une fille de harki, Bornia Tarall, "militante de l'égalité des chances et de la diversité". 

Lors de son discours, le président a demandé "pardon" aux harkis, qui "ont prêté leur force, ont versé leur sang, ont donné leur vie pour la France". Il a également annoncé la préparation, d'ici la fin de l'année, d'"un texte de loi de reconnaissance et de réparation". "C'est l'occasion pour la France de reconnaître et de réparer ses manquements", a assuré le président.

"Je dis aux harkis et à leurs enfants à voix haute et solennelle que la République a alors contracté à leur égard une dette."

Emmanuel Macron

lors de son discours à l'Elysée

Outre les différentes initiatives déjà prises (sur Maurice Audin, l'ouverture des archives ou l'assassinat de l'avocat Ali Boumendjel...), le président de la République entend encore participer à deux journées mémorielles en rapport à la guerre d'Algérie d'ici la fin du quinquennat : celle consacrée à la répression par la police française d'une manifestation d'Algériens à Paris le 17 octobre 1961 et une autre pour les 60 ans des accords d'Evian, signés le 18 mars 1962.

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