Manifestations contre Abdelaziz Bouteflika : "Les Algériens perçoivent comme une humiliation collective ce 5e mandat"

Kader Abderrahim, spécialiste du Maghreb, invité de franceinfo dimanche, a analysé la contestation en Algérie après l'annonce d'un nouveau mandat brigué par l'actuel  président, au pouvoir depuis 1999. 

Une manifestation le 23 février 2019 à Alger (Algérie) contre la nouvelle candidature à la présidentielle, dans deux mois, d\'Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 1999.  
Une manifestation le 23 février 2019 à Alger (Algérie) contre la nouvelle candidature à la présidentielle, dans deux mois, d'Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 1999.   (BILLEL BENSALEM / APP / MAXPPP)

En Algérie, des mouvements de contestation ont rassemblé des milliers de personnes depuis vendredi, à Alger et d'autres ville du pays, pour protester contre une nouvelle candidature d'Abdelaziz Bouteflika lors de la présidentielle du 18 avril. "Les Algériens perçoivent comme une humiliation collective ce cinquième mandat de la part d’un homme absent, malade et qui ne peut plus paraître ni s’exprimer en public", a analysé dimanche 24 février sur franceinfo Kader Abderrahim, spécialiste du Maghreb. L'actuel président est âgé de 81 ans et très affaibli physiquement.

franceinfo : Cette mobilisation va-t-elle prendre de l’ampleur ?

Kader Abderrahim : C’est probable, mais il est beaucoup trop tôt pour le dire et faire des pronostics. On verra si les choses se poursuivent et si le bras-de-fer qui est engagé pourrait tourner en faveur de la population. La grande nouveauté, c’est l’évolution des pratiques sociales et politiques en Algérie. On voit aujourd’hui quelle est l’importance des réseaux sociaux dans la mobilisation politique pour contester le pouvoir en place. C’est la jeunesse qui se mobilise et majoritairement de très jeunes gens qui sont concernés parce qu’ils ne voient aucune perspective et parce que malheureusement ce sont aussi les premiers qui tentent de trouver un avenir meilleur, notamment en Europe. Aujourd’hui l’Algérie est dans une impasse institutionnelle mais doit aussi faire face à une grave crise sociale, notamment sur la question de l’emploi pour les jeunes.

L’Algérie n’avait pas pris part aux "printemps arabes" en 2011. Cette fois la mobilisation se met-elle en marche ?

Il faut toujours être prudent, parce qu’on dit souvent que l’Algérie n’a pas bougé en 2011. Mais elle a bougé bien avant, dès 1988. Il faut se souvenir des émeutes d’octobre. Il y a eu cette décennie noire terrible, une guerre fratricide qui est encore très présente dans les esprits. Depuis les Algériens ne cessent de se mobiliser, de manifester, de protester pour des choses évidemment très prosaïques, ce n’est pas toujours très spectaculaire. Et là, je pense que les Algériens perçoivent comme une humiliation collective ce cinquième mandat de la part d’un homme absent, malade et qui ne peut plus paraître ni s’exprimer en public. Les Algériens ont pris conscience qu’il était temps de réagir pour tenter de s’opposer à ce cinquième mandat.

Jusqu’ici la figure d'Abdelaziz Bouteflika n’était pas forcément la plus contestée ?

Elle n’était pas la plus contestée parce que jusqu’à présent l’Algérie bénéficiait de la rente pétro-gazière qui permettait une relative distribution des richesses, d’acheter la paix sociale et en même temps de payer quelques clientèles. Aujourd’hui la situation est différente parce que le prix du pétrole a baissé : ce sont selon les estimations entre 40 et 50% de recettes en moins dans les caisses de l’État. Evidemment, cela provoque des réactions, parce qu’à court terme on ne voit pas la situation s’améliorer.